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L. BABonneix et H. DARRÉ

les follicules tuberculeux typiques, riches en cellules géantes et en bacilles. se voient seulement dans les parties profondes, envahissant la couche celluleuse sous-muqueuse et au niveau de la langue la couche musculaire, dont les fibres sont atrophiées et ont perdu leur striation (Spillmann).

Le traitement, en dehors des indications générales de toute lésion tuberculeuse, comporte deux grandes indications locales : 1° Chercher à amener la cicatrisation des ulcérations par les applications de teinture diode, d'acide lactique au tiers, d'acide chromique, de naphtol camphré, de poudre de bleu de méthylène, d'huile goménolée ou les cautérisations au galvano-cautère ;

20 Calmer les douleurs, qui gênent l'alimentation, par les badigeonnages répétés surtout avant les repas avec des solutions de cocaïne,de stovaïne;, avec le liquide de Bonain, et chez les cachectiques, par les injections sous cutanées de morphine.

2 Gommes ou abcès froids tuberculeux. — Ces lésions, étudiées par Withmann, sont rares ; elles siègent surtout à la langue, très exceptionnellement à la voûte ou au voile du palais.

Au niveau de la langue, la gomme naît en plein tissu musculaire, évoluant vers la face dorsale. C’est d'abord une petité tumeur, grosse comme un noyau de cerise, une noisette, rarement une noix, indolente ou à peine gênante, se développant lentement. D'abord ferme, elle se ramollit ensuite, puis devient fluctuante au bout de quelques semaines et s'ouvre, laissant écouler un pus grumeleux. La fistule s’élargit et se transforme en une ulcération profonde, cratériforme, à bords épaissis, violacés et irréguliers, à fond tomenteux, sanieux, jaunâtre. L'ulcère est creusé dans une masse dure; il s'accompagne d'adénopathie caséeuse dure, et détermine alors des troubles fonctionnels importants. Il n’a pas de tendance à la cicatrisation et persiste généralement jusqu'à la mort, due aux progrès des lésions pulmonaires.

Au début, LE DIAGNOSTIC est très difficile avec la gomme syphilitique, dont l’évolution est cependant plus rapide. Lorsque l'ulcération est constituée, le diagnostic est assez facile : la gomme est indolente, a des bords plus réguliers, taillés à pic, un fond moins inégal, bourbillonneux, sécrétant moins, ne s’accompagne généralement pas d'adénopathies. Souvent les gommes sont multiples et accompagnées de glossite scléreuse caractéristique. Dans les cas difficiles, on recherchera la réaction de Wassermann, et surtout on aura recours prudemment au traitement spécifique, en surveillant bien le malade. La recherche des bacilles de Koch n'a ici aucune valeur; car ils sont rares dans l’abcès froid et ne peuvent être mis en évidence que par l'inoculation au cobaye. En

Le cancer ulcéré se distinguera aisément par l’induration ligneuse de la base, les bords végétants saignant facilement, le fond couvert d’une sanie fétide, l'adénopathie caractéristique, l'intensité extrême des douleurs.

Le traitement sera identique à celui des ulcérations tuberculeuses et donnera rarement de bons résultats.

TUBERCULOSE BUCCO-PHARYNGÉE. Fasc. XIII. — 163

I, — Tuberculose du pharynx.

Étudiées par Isambert, Bucquoy, Peter, Laboulbène, Barth, Cornil, Letulle, les lésions tuberculeuses du pharynx se présentent sous des aspects plus variés que celles de la bouche ; la richesse extrême de la muqueuse pharyngée en tissu réticulé, tissu de prédilection pour le développement du bacille de Koch, en donne une explication rationnelle.

Si l’on se base seulement sur les faits cliniques, la tuberculose du pharynx apparaît comme une manifestation exceptionnelle de la tuberculose, plus rare encore que la tuberculose de la bouche, elle-même pourtant peu commune. Mais si l’on lient compte des données anatomo-pathologiques, on peut se convaincre qu'elle est en réalité extrêmement fréquente et l'on doit dire justement avec Lelulle que « chez les tuberculeux chroniques, en particulier au cours de la phtisie pulmonaire, l'infection bacillaire des zones amygdaliennes du pharynx est à peu près la règle, l'intégrité de leurs follicules lymphatiques à peu près l'exception ».

Il faut donc envisager successivement : 1° la tuberculose latente des amygdales, d'intérêt presque exclusivement anatomique ; 20 les angines tuberculeuses, dont on doit décrire trois grands types : la forme granulique ou tuberculose miliaire aiguë pharyngée ; la forme caséeuse subaiquë, véritable tuberculose galopante du pharynx ; la forme caséeuse chronique ou pthisie pharyngée. Enfin, il y a lieu de mettre à part une forme à évolution très particulière et à tendance scléreuse, le lupus du pharynæ qui sera étudié plus loin avec le lupus buccal.

1° Tuberculose latente des amygdales. — Signalée par Cohnheïm et Weigert, elle a été bien étudiée par Letulle et Escomel. Sur 100 phtisiques autopsiés, on la rencontre plus de 80 fois.

A l'examen macroscopique, les amygdales apparaissent normales aussi bien à la surface qu’à la coupe ; tout au plus sont-elles parfois un peu grosses ou un peu congestionnées. C’est le microscope seul qui montre des lésions parfois-discrètes, souvent extraordinairement confluentes ; elles occupent sur-

: tout les amygdales palatines, mais aussi les amygdales linguales, la face supé-

rieure du voile du palais, le pourtour des choanes.

A côté de lésions banales : desquamation et dégénérescence vacuolaire de l'épithélium, infiltration mononucléaire diffuse, hyperplasie du tissu réticulé, hypertrophie ‘ou lésions dégénératives des follicules Iymphatiques, on trouve des lésions spécifiques, parfois au-dessous de l’épithélium, mais surtout dans la profondeur en plein tissu amygdalien : follicules tuberculeux avec cellules géantes et rares cellules épithélioïdes, infiltrats nodulaires, placards caséeux, abcès caséeux, ulcérations folliculaires, laissant échapper

des cellules géantes au fond des cryptes ou jusque dans l’épithélium, toutes

ces lésions souvent gorgées de bacilles de Koch.

Quel est le mécanisme de l'infection ? Faut-il admettre une inoculation de surface au contact des produits de l’expectoration pulmonaire ou une tinjfection profonde par embolus sanguin ou lymphatique ? Les deux processus s'as-

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