L. BAgonneix et H. DARRÉ
Mais au bout de 7 à 8 jours, à côlé de cette réaction inflammatoire banale, apparaissent les lésions caséeuses pathognomoniques ; elles se montrent d’abord tantôt aux amygdales, tantôt aux piliers, au voile, au fond du pharynx ou à la base de la langue sous forme de plaques jaunälres, Saillantes, plus ou moins étendues, de forme irrégulière, uniques ou multiples. Bientôt elles s'ulcèrent, donnant une ulcération à fond jaunûâtre, d'aspect caséeux, à bords irréguliers en jeu de patience, qui gagne assez rapidement en surface, mais surtout en profondeur ; il se forme ainsi de véritables cavernes tuberculeuses, anfractueuses, à fond végélant, couvert de fongosités molles et suppu-: rantes, parfois térébrantes et intéressant jusqu’au squelette. Les ganglions correspondants s’engorgent, deviennent caséeux et parfois même suppurent par infection secondaire.
Tantôt Les lésions restent limitées aux points où elles ont débuté, détruisant une amygdale, ravinant ou échancrant le voile ou les piliers, réduisant la luelte à un moignon informe, creusant la paroi postérieure du pharynx'ou la base de la langue ; tantôt elles sont plus diffuses, à foyers mulliples, qui apparaissent simultanément et plus souvent successivement, et l'on voit à la fois des ulcérations profondes, des nappes caséeuses non encore érodées, el, les séparant les unes des autres, une muqueuse en réaction inflammatoire violente, d'un rouge sombre, considérablement tuméfiée, avec çà et là des exsudats pseudo-membraneux et des plaques de nécrose superficielle ; l’arrière-gorge tout entière est envahie par ces diverses lésions, qui gagnent aussi la base de la langue et l’épiglotte. |
À mesure que les lésions s'étendent, les {troubles fonctionnels prennent progressivement une intensité croissante, causant au malade les plus vives tortures : douleurs violentes, irradiant vers les oreilles, avec des paroxysmes atroces, dysphagie absolue empêchant toute alimentation et provoquant un écoulement incessant de salive, insuffisance vélo-palatine avec voix nasonnée et reflux des liquides par le nez, par suite de l’infiltration et de l'épaississement considérable du voile du palais.
Les symptômes généraux s'aggravent en même temps : fièvre vive, à grandes oscillations, parfois de type hectique, anémie extrême, amaigrissement considérable, asthénie voisine de la prostration, pouls très rapide et considérablement hypotendu; bref, on observe cette association de cachexie et d'infection profonde, si particulière aux phtisies caséeuses à marche rapide.
D'ailleurs, d'autres localisations tuberculeuses analogues ne tardent pas à apparaître vers le 10° ou 15° jour : pneumonie caséeuse surtout, parfois broncho-pneumonie caséeuse à foyers disséminés, {tuberculose ulcéreuse de l'intestin avec parfois ulcérations tuberculeuses anales à marche rapide, gros foie, etc. |
L'évolution est rapide; la mort survient en huit à douze semaines; c'est une vérilable tuberculose galopante, dont le pronostic est absolument fatal.
Le diagnostic est facile; si pendant les premiers jours on peut croire à une angine aiguë ou à une angine de Vincent, bientôt l'aggravation rapide des désordres locaux, la gravité de l’état général, l'apparition des lésions pulmonaires ne laissent aucun doute sur la nature de l'affection et sur sa terminaison fatale à brève échéance.
TUBERCULOSE BUCCO-PHARYNGÉE. Fasc. XIII. — 169
Au point de vue anatomique, les lésions sont tout à fait différentes de celles observées dans la: forme miliaire. L'’infection moins massive, moins diffuse d'emblée, moins sidérante laisse aux réactions défensives organiques la possibilité de se manifester ; les réactions inflammatoires, l'infiltration embryonnaire et leucocytaire, les réactions exsudatives sont étendues à la muqueuse, à la sous-muqueuse et jusqu'aux couches musculeuses; au milieu d'elles, les lésions caséeuses nodulaires avec leurs réactions giganto-cellulaires ordinaires préparent la formation des ulcérations, « tandis que les follicules tuberculeux, pauvres en bacilles, mais puissamment caséogènes, s’infiltrent entre les glandes en grappe, profondément allérées, disloquent les fibres musculaires striées, infectent les veinules et les Iymphatiques jusqu’à leurs ganglions ré- Cepleurs. Dans ces cas, la tuberculisation des parties se montre plus régulièrement ordonnée, plus térébrante aussi que dans les formes suraiguës » (Letulle)
4° Tuberculose caséeuse chronique. — Nous serons brefs sur celle forme, tout à fait comparable à la précédente, dont elle se distingue seulement par une évolution beaucoup plus lente. Elle peut être primitive, mais apparaît le plus souvent au cours d’une tuberculose pulmonaire ou laryngée.
Son début est lent et insidieux et, pendant longtemps, on constate un seul foyer, localisé en général à l’une des amygdales palatines, mais pouvant occuper le voile, la paroi postérieure du pharynx ou même le cavum. L'aspect est absolument identique à celui de la forme précédente : plaque caséeuse, suivie d’ulcération profonde, d'aspect cavitaire. Mais la lésion, au lieu de se constituer en quelques jours, met plusieurs semaines à atteindre son plein développement.
Peu à peu, de nouveaux foyers apparäissent, qui progressent aussi avec une extrême lenteur, et ainsi une partie plus ou moins étendue du pharyÿnx, parfois toute l’arrière-gorge sont envahis et ravinés par la tuberculose, présentant alors l’aspect que nous avons décrit plus haut.
Les symptômes fonctionnels deviennent alors d’une extrême intensité; le malade se cachectise et succombe tant du fait des lésions pharyngées que des lésions des autres ‘organes : pulmonaires surtout (phtisie banale), laryngées, ét intestinales, particulièrement fréquentes dans les cas de tuberculose du pharynx. Parfois les lésions ulcéreuses buccales s'associent à celles du pharynx, créant une véritable phtisie bucco-pharyngée.
L'évolution progressive, parfois entrecoupée de poussées aiguës, se fait en sept à neuf mois, mais peut atteindre une année. On a publié quelques cas de guérison, terminaison très exceptionnelle sinon douteuse.
En raison de la lenteur de la marche, le diagnostic peut présenter dans cette forme quelques difficultés, du moins au début.
Les ulcérations syphilitiques gommeuses ont une marche plus rapide, sont plus étendues, plus profondes, avec des bords plus réguliers, taillés à pic, un fond bourbillonneux, ne retentissent pas d'ordinaire sur les ganglions et sont le plus souvent indolentes. Mais dans certains cas anormaux, le diagnostic est difficile ; il peut être grandement facilité par la constatation de bacilles de Koch dans le produit de raclage des ulcérations pharyngées.