‹ Nouveau traité de médicine (volume 2)Chapitre 106 sur 195 · L. BABonneiIx et H. DARRÉ · texte numérisé non relu

L. BABonneiIx et H. DARRÉ

La sporotrichose bucco-pharyngée est une inflammation surtout bourgeon- : nante, qui donne des ulcérations faisant relief, de coloration gris jaune sale, généralement extrêmement étendues, sans mutilation des parties atteintes, sans adénopathies cervicales ; le champignon pathogène peut en être isolé en quelques jours par culture sur le milieu de Sabouraud.

L'angine de Vincent, dans ses formes malignes, peut excaver une ou les deux amygdales, déborder sur la muqueuse avoisinante, corroder le bord libre du voile, décapiter la luette. Maïs son évolution est plus rapide, l’aspect des - lésions est différent ; les ulcérations sont moins profondes, couvertes de détritus pulpeux gris noirâtres, d’odeur fétide toute spéciale, donnent des phénomènes fonctionnels et généraux beaucoup moins importants; on y trouve l'association fuso-spirillaire ét surtout elles guérissent en quelques jours par l’arsénobenzol en applications locales ou en injections intraveineuses ou sous-cutanées.

Les lésions de cette forme caséeuse chronique sont identiques à celles de la forme subaiguë.

Le traitement doit intervenir activement dans cette forme à évolution lente; il peut amener des améliorations, et même très exceptionnellement des guérisons. Il consiste surtout en cautérisations au galvano ou au thermocautère, en applications de teinture d’iode, de bleu de méthylène, d'acide lactique au tiers. On modérera les douleurs par les collutoires cocaïnés ou par les injections de morphine.

»° Abcès froids tuberculeux. —- Très exceptionnels, ils siègent au voile du palais, à la base de la langue, dans le tissu cellulaire péri-amygdalien, ne tardent pas à s'ouvrir et à se fistuliser, suppurant interminablement ou pouvant guérir par un traitement bien conduit (injections d'huile goménolée, de naphtol camphré, etc...

Il. — Lupus bucco-pharyngé.

Parfois primitif, il succède le plus souvent à un lupus des fosses nasales ou de la face. Il débute en général chez les jeunes sujets, souvent indemnes en apparence de lésions tuberculeuses des poumons.

Il peut débuter en un point quelconque de la bouche ou du pharynx, mais très exceptionnellement il envahit la langue (Brocq).

Le début est insidieux et, comme l'affection est indolente, elle n'est souvent reconnue que tardivement, alors qu’elle a déjà causé des ravages importants. |

La muqueuse envahie prend d’abord une teinte rouge violacée, lie de vin, puis devient inégale, comme mamelonnée avec de petites saillies saignant au moindre contact; parfois l’épithélium recouvre la lésion d'un voile grisàtre, plus souvent il s’érode laissant voir des plaques d’un rouge vif, à surface granuleuse. Plus tard, le lupus peut présenter des aspects différents suivant les cas. Il peut rester plan, infiltrant modérément le derme, se cicatriser au centre alors qu'il progresse à la périphérie; il peut devenir ulcéreux, donnant des ulcérations généralement peu profondes, recouvertes de muco-pus;

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parfois il devient végétant ou fongueux avec des bourgeons charnus irréguliers faisant saillie sur le fond des ulcérations: dans d’autres cas, il prend l'aspect du lupus vorax, térébrant et phagédénique, rongeant, effritant, détruisant sourdement et lentement, pendant des mois et des années, les tissus et entraînant ainsi des délabrements considérables. Ces divers aspects peuvent coexister, se juxtaposer en des points différents d’un même lupus, donnant ainsi à la lésion un polymorphisme très caractéristique. Le lupus ne retentit pas sur les ganglions et n’attaque jamais le squelette. Il évolue sans phénomènes douloureux et sans troubles généraux, ne déterminant que des troubles fonctionnels dus à la destruction des organes envahis.

A la bouche, il débute en général par la muqueuse des lèvres ou des joues, peut envahir les gencives qui deviennent fongueuses, s’ulcèrent, déchaussent les dents et en amènent ainsi parfois la chute; il peut atteindre la voûte palatine et ravager toute l'étendue de la muqueuse buccale.

Au voile du palais, organe-le plus souvent atteint, la lésion débute en général par le bord libre; c’est là qu’on peut voir se produire à la longue les mutilations les plus importantes : disparition de la luette, effondrement des piliers, division du voile en deux ou plusieurs lambeaux flottants, qui pourront ensuite se souder aux parois du pharynx lui-même envahi et ulcéré; il en résulte de très graves troubles fonctionnels (nasonnement, reflux des liquides par le nez, troubles profonds de la déglutition).

Aux amyqdales, prises plus rarement, on retrouve le même aspect d'ulcérations peu profondes et lentement destructives.

Les parois du D'ÉRAERE peuvent être également FU par le lupus qui peut se propager à l'épiglotte et au larynx.

L'évolution est toujours d’une extréme lentéur et dure des mois et des années. Cependant le lupus est une tuberculose à tendance scléreuse, qui peut guérir et guérit même le plus souvent, laissant des cicatrices blanchâtres, sans pigmentation, souvent rayonnées, comme les cicatrices des scrofulides cutanées. Quand le lupus n’a pas été mutilant, la guérison est complète, sans troubles fonctionnels ; mais bien souyent elle n’est acquise qu'avec des défor- * mations accentuées, des adhérences qui entraïinent la persistance indéfinie de troubles fonctionnels occasionnant des infirmités gênantes ou graves. De plus, les récidives sont toujours à craindre, surtout dans le lupus des muqueuses, difficilement accessibles aux moyens thérapeutiques,

Le diagnostic est souvent difficile quand le lupus des muqueuses buccopharyngées n'est pas accompagné de lupus cutané.

Il doit être fait surtout avec la syphilis tertiaire ou héréditaire. Dans ses formes superficielles, il rappelle le syphilome en nappe, Si commun dans la cavité bucco-pharyngée; celui-ci diffère du lupus par sa marche plus rapide, l'atteinte de la langue presque toujours intacte dans le lupus, une surface moins inégale, une induration plus grande des tissus. Dans £es formes térébrantes et phagédéniques, le lupus doit être distingué des syphilides ulcéreuses qui s’en distinguent par leur début brique, leur marche rapide, leurs ulcérations plus profondes, à bords taillés à pic, entourés de tissus durs, leur aspect plus inflammatoire et moins torpide, par l'atteinte fréquente du squelette. Dans les cas difficiles, l’action du traitement spécifique permettra le

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