‹ Nouveau traité de médicine (volume 2)Chapitre 125 sur 195 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'étude de la pathologie gastrique est généralement considérée comme pleine de difficultés. Le praticien, qui ne s’est pas spécialisé de bonne heure dans le traitement des affections de l'appareil digestif, n’aborde pas ce domaine sans quelque inquiétude. Il considère que les questions de sémiologie, de diagnostic et de thérapeutique y sont, beaucoup plus qu'ailleurs, entourées d'obscurités et d’incertitudes. Sur |

En réalité il n’en est rien. Sans doute dans ce chapitre, aussi bien que dans tous les autres de la pathologie, il existe des problèmes non résolus et des points sujets à controverse ; mais à côté d'eux il y a un très grand nombre de notions de clinique, d'anatomie et de physiologie pathologiques, enfin de thérapeutique, qui sont définitivement acquises, et sur lesquelles on peut tabler avec certitude en vue d’un diagnostic précis et d’un traitement efficace.

Ce qui explique cependant et justifie jusqu'à un certain point cette impression défavorable, c’est que, dans la description des affections gasriques, il est habituel de mettre précisément au premier plan ce qui est incertain ou controversé. Le rôle exact qu'il convient d'attribuer soit aux lésions anatomiques, soit aux troubles fonctionnels, soit à l'influence du système nerveux dans l'apparition et les manifestations cliniques des dyspepsies ou des gastrites, la définition et les limites du domaine propre aux gastro-névroses, la pathogénie de l’ulcus : tels sont, à titre d'exemple, des problèmes sans doute d’un intérêt primordial, et qui ne sauraient retenir trop longtemps l'attention des chercheurs ; mais par contre problèmes qui passionnent beaucoup moins celui qui, abandonné à lui-même dans la pratique médicale journalière, ne demande qu’une chose : diagnostiquer et guérir.

Le Noir ét AGASSE-LAFONT.

Aussi avons-nous pensé — dans la nécessité où nous sommes, pour ne pas dépasser le cadre de cet ouvrage, de faire une sélection entre des notions également intéressantes, — que c’est à mettre en pleine lumière les notions de pathologie gastrique actuellement bien établies que nous devons avant tout nous appliquer.

Notre plan est le suivant :

1° En premier lieu, un exposé de notions préliminaires, qu'il est indispensable d’avoir présentes à l'esprit pour aborder avec fruit l'étude des gastropathies. Nous passerons d’abord én revue les divers modes d'exploration de l'estomac, examen clinique direct par les méthodes courantes et par les procédés spéciaux (insufflation, radioscopie, etc.). Puis nous étudierons l'examen par les procédés dits de laboratoire, du contenu gastrique, et accessoïrement des fèces, des urines et du sang.

Les principales notions d'anatomie, rédac, et de physiologie gastriques seront rappelées en quelques mots, au moment opportun, dans ce chapitre et dans les suivants.

2° Ensuite viendra l’étude des différentes affections gastriques, rangées en un certain nombre de groupes, et que nous aborderons dans l'ordre que voici, allant des plus aux moins graves, comme il est logique de le faire en présence d'un malade que l’on voit pour la première Ton, et que l’on prend la responsabilité de traiter.

a) Le Cancer de l'estomac, affection si fréquente que cette localisation

représente à elle seule environ la moitié de la totalité des cas de cancers, qui,

cependant, malgré cette fréquence, est presque toujours méconnue à son début, et par suite inopérable, alors que l’on peut espérer pour ce cancer, quand on en saura faire le diagnostic précoce, les mêmes succès opératoires que ceux obtenus pour les cancers de l'utérus et du sein. Nous y joindrons l'étude des autres tumeurs non parasilaires ou à germes inconnus.

b) L’Ulcère de Cruveilhier a une importance au moins égale, peut-être même supérieure à celle de l'affection précédente, puisque, tardivement reconnu ou mal traité, il est à l'origine des complications les plus graves, et que par contre une thérapeutique bien conduite, médicale ou chirurgicale suivant les circonstances, donne avec lui les plus évidents et les plus remarquables succès. Les autres ulcérations gastriques, d’étiologie et d’allure clinique différentes, seront étudiées avec l’ulcus.

c) Les Infections gastriques forment un groupe d’affections très diverses, mais qui ont entre elles ce lien commun d'être dues à des germes connus et classés, et de produire, au niveau de Festomac, des manifestations morbides que l’on peut retrouver, identiques où semblables, en d'autres points de l'organisme, lorsque les mêmes germes sont en jeu. Nous y joindrons l'étude des infestalions gastriques, c'est-à-dire de l'envahissement de l'estomac par des parasites plus ou moins volumineux.

d) Les Affections gastriques de nature mécanique ont, en pathologie gastrique, un rôle capital, d'abord par la gravité des troubles auxquels elles peuvent donner naissance en ce qui touche la sémiologie même de l'estomac, mais-aussi par leur retentissement profond sur les autres organes ou appareils, en particulier sur le cœur et sur le système nerveux. Sténoses et incon-

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tinences gastriques, dilatation, déplacement, volvulus, ploses, hernies, autant de syndromes qu'il convient de bien connaitre, afin d'éviter les plus graves erreurs de diagnostic.

e) En présence d’un malade atteint de troubles gastriques, ce n’est qu'après avoir minutieusement envisagé l’hypothèse de l'existence de l’une des affections précédentes, et après les avoir toutes successivement éliminées, que l'on peut s’arrêter au diagnostic de simples troubles sécrétoires dus à des lésions histologiques, à des anomalies fonctionnelles ou à une perturbation du système nerveux. C’est donc par l'étude des gastriles et des dyspepsies que nous continuerons cette revue de la pathologie gastrique.

Nous n oublierons pas enfin qu’à côté des vrais gastropathes, il y a des malades considérés comme tels, et chez qui cependant l'estomac n’est nullement en jeu. Sans doute nous aurons déjà à parler de ces faits à propos du diagnostic de chacune des affections précédentes. D'autre part presque toutes les maladies, aiguës ou chroniques, peuvent présenter, à une phase de leur évolution, quelque symptôme ou syndrome gastrique susceptible d’entrainer à l’erreur. Mais nous aurons soin de nous limiter aux notions essentielles, en insistant spécialement sur les fausses gastropathies des cardiaques, des rénaux, des hépatiques et des nerveux.

Nous verrons d’ailleurs qu’une telle division des gastropathies, commode et nécessaire pour un exposé didactique, n’a rien d’absolu, qu'entre ces différents groupes se trouvent les liens les plus étroits, et que plusieurs de ces affections sont souvent associées. Ainsi ‘prennent naissance des types cliniques complexes, mais qu’un examen méthodique permet en général de débrouiller aisément.

3° Tout exposé clinique devant avoir nécessairement une sanction théra peutique — notion qu'il n'est pas inutile de rappeler, puisqu'il est assez souvent reproché, par des voix étrangères, aux meilleurs cliniciens français de n’en pas tenir suffisamment compte — nous avons jugé utile d'écrire un dernier chapitre à ce sujet. ÿ

Nous y donnerons, rangés dans l'ordre aphabétique, plus commode pour une recherche rapide, une revue des principaux médicaments et des principales médications utilisables dans les affections de l’estomac, en même temps que le résumé de la thérapeutique à appliquer aux syndromes gastriques que nous n’aurons pas eu l’occasion d'étudier encore individuellement : les détails en seront suffisants pour éviter au lecteur de faire ailleurs des recherches longues ou fastidieuses. Mais, étant donné le nombre considérable de médicaments utilisables, nous ferons une sélection, et nous n’étudierons que ceux dont l'usage est le plus courant et l'efficacité la mieux démontrée. Que l’on ne croie pas, par conséquent, que nous considérons nécessairement comme inefficaces ou nocifs tous ceux que nous passerons sous silence. Comme les instruments pour un chirurgien, les médicaments sont, pour un médecin, des armes dont il faut savoir se servir. Il a donc intérêt, pour pouvoir les étudier de près, à les utiliser en petit nombre. C'est surtout le résultat de notre propre expérience que nous donnerons ici.

LE Noir et AGASSE-LAFONT.

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