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L. BABoNNEIx et H. DARRÉ

lignes de l’angine diphtéroïde streptococcique, soit primitives, soit surtout secondaires aux scarlatines graves (voir scarlatine), où les fausses membranes envahissent avec une rapidité inouïe une étendue souvent considérable de la

muqueuse buccale et qui est presque constamment mortelle; c) la stoma=

lite ulcéro-membraneuse commune d’origine dentaire, décrite par Magitot et Galippe, débutant autour d’une molaire en éruption, gagnant de proche en

proche les gencives qui entourent les dents voisines, caractérisée par une ulcé-

ration à bords irréguliers, recouverte d’un exsudat diphtéroïde jaunâtre, adhérent, plus ou moins épais ; ces formes qui évoluent insidieusement, sans grande douleur, sans phénomènes généraux, peuvent tout à coup se généra-

liser à tout un côté de la bouche, déterminer du trismus, de la fièvre, une.

sialorrhée fétide, de l’engorgement des ganglions du cou, accidents qui disparaissent rapidement par l'avulsion de la dent. Ces infections buccales, dues aux streptocoques ou aux staphylocoques seuls ou associés aux divers saprophytes de la bouche, sont souvent décrites, à côté des stomatites ulcéreuses à bacilles fusiformes, comme une variété de stomatite ulcéreuse primitive (stomalile ulcéro-membraneuse à pyogènes ou poly microbienne de Vincent). Mais, comme le fait très justement remarquer Marfan, elles en diffèrent par leur caractère plus membraneux qu'ulcéreux, ce qui explique que Brelonneau en avait fait une forme de la diphtérie ; d) la stomatite diphtéroïde

des nouveau-nés, décrite par Bar, Brindeau, qui peut sévir épidémiquement

dans les crèches, due au streptocoque, associé parfois au staphylocoque. Elle débute le plus souvent à la voûte palatine, au niveau des plaques ptérygoïdiennes de Parrot, ou au frein de la langue ; elle peut envahir les gencives, les joues, la région sublinguale, la langue. Elle est caractérisée par un exsudat blanchâtre ou grisâtre, diphtéroïde, recouvrant de petites ulcérations à liséré rouge. [1 n’y à pas de fétidité de l’haleine, pas d'engorgement ganglion naire. Elle guérit en une quinzaine de jours, mais peut exceptionnellement se compliquer de broncho-pneumonie, de suppuration péri-buccale, ou d’érysipèle; e) la stomatite impétligineuse, qui en raison de sa grande fréquence chez l'enfant, mérite une description détaillée.

Stomatite impétigineuse.

Définition. — La stomatite impétigineuse, décrite d’abord par Bergeron,

puis par Comby qui lui a donné son nom, est la localisation sur la muqueuse

buccale de l’impetigo contagiosa, auquel elle est presque toujours associée ; elle est caractérisée par des ulcérations superficielles, recouvertes d’une fausse

membrane, d’où le nom de stomatite diphtéroïde, que lui ont donné Sevestre et .

Gastou.

Etiologie. — Très fréquente chez les enfants, elle s'observe surtout, comme l'impétigo cutané, chez les lymphatiques et scrofuleux, ou chez les convalescents de maladie infectieuse grave (rougeole surtout), particulière-

ment chez les enfants mal tenus, vivant dans de mauvaises conditions hygiéniques.

Elle survient presque toujours au cours de l’impétigo de la face, soit par

LES STOMATITES. Fasc. XIII. — 15

propagation directe, l'infection s'étendant du menton aux lèvres, puis à la bouche, soit par auto-inoculation à distance, l'enfant portant à la bouche les doigts chargés de produits septiques après grattage des lésions cutanées. Très exceptionnellement, l'impétigo muqueux précède l’impetigo cutané.

Pour Sevestre et Gastou, elle est causée par le staphylocoque doré ; on admet généralement aujourd’hui avec Comby, Beco, Balzer et Griflon et Sabouraud, qu'elle est due, comme l'impétigo cutanée, à une infeclionprimitivement streptococcique, le staphylocoque n'étant qu'un germe d'infection secondaire.

Symptomatologie. — D'après SevestreetGastou, l’impétigo buccal présente

trois caractères fondamentaux : sa localisation, sa lésion élémentaire (plaque diphtéroïde), sa bénignité.

.L'affection débute par la face interne des lèvres, surtout de la lèvre inférieure, et se cantonne souvent au vestibule de la bouche (lèvres et sillon gingivo-labial) ; c'est essentiellement une stomatite vestibulaire (Comby), une labialite (Marfan). De ce point, les lésions peuvent gagner la face dorsale de la langue, surtout vers la pointe, les gencives, et beaucoup plus rarement la face interne des joues ; la voûte palaline est presque toujours épargnée.

La plaque diphtéroïde qui la caractérise, de forme arrondie ou un peu irrégulière, de dimensions variables, mais pouvant atleindre un centimètre de diamètre, est constituée par une fausse membrane, d'abord opaline et demitransparente, puis plus opaque, jaunâtre, ou blanc-jaunâtre, plus rarement noirâtre, très adhérente, légèrement surélevée, à surface lisse ou gaufrée, ‘parfois cerclée d’un liséré rouge. Elle recouvre une ulcération superficielle, saignant facilement. Cette lésion est identique à celle de l’impétigo cutané, mais présente un aspect spécial en raison de l'humidité du milieu buccal; on n’observe guère la vésico-pustule, dont la paroi supérieure tombe à peine formée, et qui se réduit à la paroi inférieure tapissée par la fibrine coagulée exsudée des vaisseaux dermiques : on peut voir, comme l'a signalé Comby, une même pustule d’impétigo à cheval sur le bord labial, la demi-circonférence cutanée sèche et croûteuse, le demi-cercle muqueux ulcéré et recouvert d’un enduit diphtéroïde.

Les plaques sont peu nombreuses en général, mais la muqueuse buccale est rouge et légèrement tuméfiée dans son ensemble et les ganglions un peu engorgés.

Les signes fonctionnels sont peu marqués : peu de douleurs, mais une certaine gène de la mastication ; l’haleine est forte, plutôt que fétide ; la salivation n’est que légèrement exagérée.

L'affection, apyrétique, ne retentit pas sur l’état général.

Elle est presque toujours bénigne, les ulcérations guérissent en une ou deux semaines sans laisser de cicatrices. Les complications sont exceptionnelles : laryngite avec léger tirage (Bezy, Rocaz et Leuret), parfois même bronchopneumonie.

Cependant chez les enfants débilités par la tuberculose, une rougeole grave, des infections gastro-intestinales ou broncho-pulmonaires prolongées, la stomatite s’éternise et contribue à aggraver la cachexie, les ulcérations peuvent devenir phagédéniques et se compliquer de gangrène.

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