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MÉTHODE D'HAYEM ET WINTER

L'étude de cette méthode est assez délicate. Mais quand elle est pratiquée suivant une technique rigoureuse, et que les résultats en sont correctement interprétés, elle donne des indications du plus grand intérêt,

Elle s'appuie sur deux ordres de renseignements. Les uns sont fournis par l'analyse chimique du suc gastrique et le dosage de ses divers éléments chlorés : aussi la désigne-t-on souvent sous le nom de méthode chlorométrique. Les autres sont obtenus par l'étude de la concentration : cette étude a été spécialement poursuivie par M. Winter, qui a publié sur elle plusieurs mémoires ; elle permet d'apprécier l'évolution dè ta. MIÉCAUE la quantité de la sécrétion, le mode d'évacuation. ue

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Technique.

À. Repas d’épreuve et extraction. — Le repas d'épreuve est celui que nous avons indiqué plus haut (voir p. 389), mais avec adjonction de 10 grammes de sucre, pour faciliter l'étude de la concentration.

L'’extraction est faite suivant deux modes différents.

Tantôt on fait une extraction partielle, de demi-heure en demi-heure, jusqu'à ce que l’on ne retire plus rien, ce qui arrive généralement après une heure et demie à deux heures pour ce repas. Il faut retirer chaque fois au moins 30 centimètres cubes, quantité nécessaire à l’analyse chimique. Mais il faut n’en retirer guère plus, sinon les extractions suivantes seraient insuffisantes.

Tantôt on fait au contraire une extraction unique après une heure, ce qui est évidemment moins pénible pour le malade; dans ce cas, on arrive par l'étude de la concentration, comme nous le verrons, à suppléer aux renseignements que donnent les extractions successives, et à savoir si l’on est bien au point culminant de la digestion.

B. Analyse chimique. — La technique d'analyse chimique, dont l'exposé complet est trop long pour être donné ici, est d’ailleurs rarement pratiquée par le médecin lui-même (1).

(1) V. en particulier G. Hayxeu et Lion, Maladies de l'estomac, Baillière,1913 ; ou E. AGAssE- Larowr, les Applications pratiques du Laboratoire à la Clinique, Vigot, 1920.

LE Noir et AGASSE-LAFONT.

C. Définition et technique de la mesure de’la concentration. — On appelle concentration du contenu gastrique le poids de la matière dissoute dans l'unité de volume.

On peut adopter une unilé de volume quelconque, mais qui doit rester, bien entendu, toujours fa même pour que les résullats soient comparables. Quand il s’agit du contenu gastrique, le centimètre cube est l'unité la plus commode : c’est celle que Winter a choisie.

Prenons un exemple :

Supposons que l'on fasse évaporer 15 centimètres cubes de contenu gastrique, filtré (V — 15), et que le poids du résidu obtenu soit 0,75 (R=0,75). Dans ce cas, la concentration (r), c’est-à-dire la quantité de matière dissoute dans l'unité de volume, ou centimètre cube, est évidemment

En d’autres termes, la concentration r — . Il en résulte que l’on peut

encore définir la concentration : le rapport du poids de la matière dissoute, c'est-à-dire du résidu (R), au volume (V) de la dissolution. -

La densité et le degré cryoscopique du contenu gastrique sont des valeurs différentes de la précédente, et qui ne sauraient être confondues avec elle,

Pour mesurer la concentration, on prélève, avec. une pipette soigneusement jaugée, suivant la quantité de liquide dont on dispose, 2 à 5 centimètres cubes de contenu gastrique filtré, qu'on laisse écouler lentement dans un verre de montre taré. On expose le verre et son contenu à la vapeur d’un bain-marie bouillant. L’évaporation se fait très vite; on achève la dessiccation en plaçant lextrait pendant cinq à six heures sous la cloche à acide sulfurique ; on pèse alors rapidement.

Si, du poids trouvé, on retranche la tare du verre de montre, on a le poids (R) de résidu abandonné par le volume (V) du liquide gastrique évaporé. Il n’y a plus alors qu’à effectuer le calcul. Quand le suc gastrique contient de l’'HCI libre que l’évaporation chasse, on en tient compte, dans le calcul du résidu.

Les résidus fournis par les repas d’épreuve composés de pain ne sont que faiblement hygrométriques, mais il n’en est pas de même pour ceux qui proviennent de liquides à jeun, généralement riches en matières salines. Il convient alors de peser à l'abri de l’humidité ambiante.

Comme pour le dosage chlorométrique, les chiffres varient du tout au tout suivant la nature du repas ingéré. Il convient donc d'adopter toujours le même. |

Nous verrons plus loin l'explication de ce fait (p. 398).

Chiffres fournis, à l'état normal chez l'adulte, par la méthode d'Hayem et Winter.

A. — Chiffres fournis par l’analyse chimique. — Nous avons vu que, dans cette méthode, l'extraction du repas d'épreuve est tantôt faite en une fois, après 1 heure, tantôt en trois fois de 30 en 30 minutes.

Indiquons les chiffres que l’on trouve à l’état normal, puis la signification de ces difiérentes valeurs.

RECHERCHES DE LABORATOIRE. Fasc. XIII. — 39%

Si l’on fait une extraction unique du repas d’épreuve après 1 heure, on obtient les chiffres suivants, chez l'adulte (chez l'enfant l’évolution est plus lente) : ;

MORETIS Totale une MN ANT I RSS PRE 1070/1869 Acide chlorhydrique libre. . . . . H : 0,044 Chlore combiné organique . . . . C An 0/68 CITES Se Te RENAN A TP: PTE PE EL CR LOERS OEM ENT MIRE LE RE MR ET "0394 LS A PSS EP EN 7 es 05409 Rapport du chlore total au chlore fixe T/F MN Rapport à # en a : 0,86.

Toujours à l’état normal, si l’on fait, non pas une, mais plusieurs extractions successives, de demi-heure en demi-heure, on trouve les variations que voici :

Après 1/2 heure Après 1 heure Après 1 heure 1/2

A 0,075 0,189 0,196 H 0,000 0,044 0,044 C 0,073 0,168 0,106 H+cC 0,073 0,212 0,120 T 0,955 0,321 0,284 F 0,182 0,109 0,164 T/F 1,4 3 1,7

Interprétation des valeurs T, F, H, C. — Que représentent ces différentes

valeurs, et pour quelles raisons peuvent-elles nous permettre de juger de l'état de l'estomac et de la puissance de sa sécrétion ?

Envisageons-les successivement. Mais au lieu de suivre l’ordre dans lequel il est habituel de les énoncer, considérons-les d’une façon différente, et qui rendra les notions qui vont suivre plus aisées à saisir.

On sait que, dans le travail de la digestion gastrique, le chlorure de sodium, apporté au niveau de l'estomac par le sérum sanguin, est transformé en acide chlorhydrique, par un mécanisme dont le siège et la nature sont discutés. Quoi qu'il en soit, l'HCI, en s’unissant aux matières albuminoïdes d’origine alimeutaire, donne naissance aux combinaisons organiques du chlore, qui représentent le premier stade de la peptonisation.

Donc nous trouverons, ou nous pourrons trouver, dans le contenu gastrique au cours d'une digestion, le chlore sous trois formes : chlorure de sodium ou chlore minéral ou chlore fixe (F), acide chlorhydrique libre (H). enfin acide chlorhydrique combiné aux albuminoïdes ou chlore combiné orqganique (C).

Le total de ces trois valeurs peut être désigné sous le nom de chlore total, T(T—=F +H + C). D'autre part, ily a également intérêt, nous le verrons, à connaître la somme des deux valeurs, acide chlorhydrique (H) et chlore combiné (GC), somme désignée sous le nom de chlorhydrie (H + C).

Le chlore total (T) est évidemment, d'après ce qui précède, la première

LE Noir et AGASSE-LAFONT,

valeur sur laquelle il est logique de porter son attention. Elle nous renseigne sur la quantité totale d'éléments chlorés, éléments dont nous venons d'indiquer l'importance dans le travail de la digestion gastrique. Un taux élevé peut faire prévoir un travail digestif intensif, un taux moindre, une digestion moins active. Mais il n'y a là qu'une probabilité : seuls les chiffres suivants donneront la certitude. “

L'un des éléments du chlore total, en effet, c'est le chlore fixe ou chlore minéral (F). Or ce chlore fixe est du chlore sans doute utilisable, mais inutilisé au moment où l'examen est pratiqué : c’est le résidu non utilisé de la sécrétion chlorée (1).

Au contraire, les deux éléments suivants représentent la partie active de la sécrétion : d’une part l'acide chlorhydrique libre (H), d'autre part le chlore combiné organique (C).

Pour Hayem et Winter, comme nous l'avons déjà indiqué, l’acide chlorhydrique libre n’est nullement l'élément principal : il ne serait au contraire, à l'encontre de la théorie admise généralement, qu'un produit accessoire, en quelque sorte accidentel, de l’acte digestif, tandis que le chlore combiné organique a un développement directement lié au travail de peptonisation. Quand la valeur de C est élevée, on doit en conclure que letravail chimique de l'estomac est intensif. Ajoutons d’ailleurs, à titre de renseignement, que la nature exacte des combinaisons chlorées organiques est inconnue.

Quoi qu'il en soit, on voit maintenant que, si l'on peut avoir quelque probabilité sur l'intensité du travail digestif par la valeur plus ou moins élevée du chlore total (T), en réalité, ce qui renseigne le plus directement, c'est la valeur de IH et surtout de C, ou mieux encorede l'association de ces deux valeurs, c'est-à-dire de la chlorhydrie (H + C). |

, 1 Interprétation du rapport MÈTE Mais on comprend d'autre part qu'il est

utile de comparer, dans la valeur totale des éléments chlorés (T), d’une part le résidu inutilisé, c'est-à-dire le chlore fixe (F), d’autre part la partie utilisée, c'est-à-dire la chlorhydrie (H + C). Or, c’est cette comparaison qu’établit le ] , * , à. F+H+C red rapport 5, qne l’on pourrait encore écrire ET pure Il est évident que ce rapport serait égal à 1, si tout le chlore était inutilisé, et restait sous forme de chlore fixe (F), c'est-à-dire si H et C étaient absents. Au contraire, plus les valeurs H + C s'élèvent, et plus F diminue, c’est-à-dire plus grande est la

"pr

partie utilisée du chlore total, plus le rapport Ft élevé au-dessus de l'unité. Interprétation de la valeur À et du rapport x. — Mais nous n’avons parlé

encore ni de la valeur À, ni du rapport & ou - G

La valeur À représente l’acidité totale, c’est-à-dire l'acidité due à des élé-

(1) On voit que, dans cette méthode, la lettre F représente le chlore minéral ou chlore fixe. Or, dans d’autres méthodes d'analyse chimique du suc gastrique, la même lettre F représente les acides de fermentation. IL y a là une cause de confusion et d’erreur. C’est une raison de plus pour qu’il soit indispensable de tenir compte de la méthode utilisée, quand on veut interpréter une analyse chimique de suc gastrique.

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ments très différents, comme nous l'avons vu: l’acidechlorhydrique libre (H); les acides organiques, quand il y en a ; enfin la majeure partie des combinaisons organiques du chlore, ces combinaisons étant — c’est une remarque importante à noter, — les unes acides, les autres neutres.

Par conséquent, en ce qui concerne chacun de ces éléments en particulier, cette valeur ne peut donner ancun renseignement précis. Il n’en est plus de même si l’on considère le rappert «.

Ce rapport, en effet, est établi en enlevant de A la valeur H, eten divisant le résultat par C. Il est donc facile de voir que lorsque l'acidité est due presque exclusivement à des éléments chlorés, c’est-à-dire à l'acide chlorhydrique libre (H), et au chlore combiné (C), ce qui est le cas à l’état normal, le rapport —— devient égal à I. Ou du moins il en serait ainsi si la valeur C était complètement acide. En réalité nous avons vu que les combinaisons organiques du chlore ne sont acides qu’en partie. Aussi, dans l'hypothèse précédente,

a est à l'état normal, un peu inférieur à l'unité, à l’acmé de la diges-

tion : 0,86.

Par contre, lorsque les éléments anormaux, et en particulier des acides organiques, interviennent dans la valeur À, le coefficient « s’élève au-dessus de l'unité, et s'élève d'autant plus que ces éléments anormaux l'emportent sur les autres. Nous verrons, dans l’étude des variations pathologiques, l'intérêt de ce coefficient pour le diagnostic.

B. — Chiffres fournis par la concentration. — Nous avons indiqué ce qu'il faut entendre par concentration du contenu gastrique, et comment on la mesure. Quels sont les chiffres obtenus dans la méthode d'Hayem et Winter, c'est-à-dire après ingestion du repas d'Evald ? Dans ce cas, la concentration suit une marche progressivement décroissante, et va des grandes vers les petites valeurs.

On trouve :

AUTO DIENTIRULES ee ee 0 0:090 — 60 == ce ge 0060 — 90 — nn ie 0,090 — 4150 — Né nsestumit/r #20. (01

Cette dernière est la concentration moyenne de suc gastrique pur.

Explication de ces chiffres. — Comment s'explique cette marche décroissante de la concentration ?

Ce sont des notions qu'il est indispensable d'exposer en détail, car elles sont nécessaires pour comprendre comment on peut, par l'étude de la concentration, juger de l’évolution de la digestion.

Il suffit dans ce but de saisir l’enchaînement des faits que voici :

1° Le suc gastrique pur a une concentration qui oscille entre 0,006 et 0,012, en moyenne 0,010.

2 Quand on considère la concentration du contenu gastrique, retiré dans

LE Noir et AGASSE-LAFONT.

398 SÉMIOLOGIE DES AFFÉCTIONS DÉ L'ESTOMAC.

telle ou telle condition, il convient de se rappeler que le taux de sa concentration est dù à des facteurs multiples :

a) Le suc gastrique même, sécrété en abondance plus ou moins grande;

d) Le liquide que l'on à absorbé, et leséléments qu'il tenait en dissolution (eau pure, eau sucré® lait, etc.) ;

c) Les matières amylacées dissoutes sous l'influence de la salive ;

d) Les éléments dissous sous l'influence du suc gastrique lui-même, en particulier les matières albuminoïdes (viande, gluten, caséine de lait, elc.).

3° Ceci nous explique qu'après un repas d'épreuve déterminé, la concentraltion évolue toujours dans un même sens; — mais d'autre part qu’elle évolue dans des sens différents suivant la nature même de ce qui est ingéré.

Prenons quelques exemples typiques.

Ingestion d'eau pure. — Peu après l’ingestion, le liquide retiré de l’estomac est évidemment presque exclusivement de l’eau pure : la concentration en est très faible. Puis la sécrétion gastrique s’y ajoute en proportion de plus en plus forte et la concentration s'élève : c’est ce qui explique que, pendant la digestion de l'eau, la concentration est ascendante.

Ingestion d'aliments déjà dissous avant d'arriver dans l'estomac. — TantôL il sont en dissolution dans le liquide ingéré (sucre, sel, matières extractives), tantôt ils se dissolvent sous l'influence de la diastase salivaire (matières amylacées). Quoi qu’il en soit, ce repas avec ses éléments dissous étant presque nécessairement de concentration plus élevée que celle du suc gastrique, au fur et à mesure que la digestion avance et que la proportion de sécrétion gastrique devient plus abondante, il est évident que le mélange a une concentration moindre : la concentration est descendante.

Ingestion d'aliments qui se dissolvent sous l’action propre du suc gastrique (matières albuminoïdes, viande, gluten, caséine, etc.). — Dans ce cas la quantité de matière dissoute augmente par l’activité même du travail digestif, et la concentration est d'abord ascendante ; puis le travail de dissolution étant ralenti ou terminé, tandis que la sécrétion gastrique continue à se produire, la concentration décroît.

Ingestion d'aliments mixtes, tels que ceux du repas d'épreuve d'Ewald. — Le pain est un aliment complexe. Il appartient donc simultanément aux deux groupes précédents d'aliments à évolution différente. Par suite, la concentration subit, pendant la digestion du pain, deux évolutions antagonistes.

Dans une première phase, qui dure à peu près 95 minutes ‘phase amylolytique), la concentration suit une marche franchement décroissante, analogue à celle qui se produirait avec la matière amylacée pure. L'action diluante de la sécrétion se fait seule sentir, et elle se traduit par l’abaissement de la concentration. |

Dans une deuxième phase, quand la concentration atteint, dans sa chute progressive, des valeurs voisines de 0,03, la dissolution de la matière azotée fait sentir son action (phase peptique) et maintient la concentration au-dessus de 0,01 jusqu'à la 150° minute, à l'état physiologique; alors que, sans elle, cette dernière atteindrail sa limite inférieurelongtemps auparavant.

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Renseignements fournis par la concentration. — Les renseignements que l'on peut tirer de l’étude de la concentration sont les suivants :

a) La concentration indique l’évolution de la digestion. — La concentration nous fournit tout d'abord un premier renseignement. Elle nous indique, en présence d'un liquide donné, obtenu après repas d'Ewald, s'il s’agit d'un liquide de commencement, d'acmé ou de fin de digestion, Suivant que la concentration est au-dessus de 0,060, voisine de ce chiffre, ou au dessous de lui (entre 0,060 et 0,01)

Donc elle nous permet de préciser l’évolution de la digestion, l’évolution normale étant celle qui donne, pour le repas que nous avons choisi (repas d'Ewald), au bout d'une heure, une concentration de 0,06. Au contraire, une concentration plus forte ou plus faible indique, comme nous le verrons, une anomalie de l’évolution.

b) La concentration indique la quantité de la sécrélion. — À côté de la qualité de la sécrétion, c’est-à-dire de ses propriétés chimiques, on conçoit que la notion de quantité est également importante.

Elle se pose de deux façons.

D'une part, quand on extrait un contenu gastrique, quelle est, dans le liquide extrait, la part qui revient à la sécrétion, et la part du repas ingéré ? ce qui permettra d'établir la relation proportionnelle entre l'une et l’autre.

D'autre part, — notion évidemment toute différente, — quelle est la quantité totale de sécrétion provoquée par un repas donné ?

Winter (1) a également pu établir ces quantités en se basant sur la concentration. On trouvera dans ses différents Mémoires à l’Académie des Sciences ces notions que nous ne pouvons exposer ici el qui sont d’ailleurs encore aujourd'hui rarement utilisées en pratique.

Rappelons que le rapport de sécrétion ou coefficient de sécrétion est le rapport qui existe, A un moment donné de la digestion, entre le volume du suc sécrété et contenu dans l'estomac et le volume non encore évacué du repas.

Le rapport de sécrétion varie, bien entendu, chez un même individu, au cours de la digestion de son repas.

À l’état normal, après 1 heure, ce rapport oscille entre 1,5 et 1,2.

c) La concentration permet d'apprécier le mode d'évacuation de l'estomac. — C’est une notion que l’on a tendance aujourd’hui à demander plutôt aux examens radioscopiques, mais sur laquelle l'étude de la concentration peut également renseigner.

Déductions à tirer de la méthode d'Hayem et Winter à l’état pathologique.

D'après ce qui précède, on se rend aisément compte, qu’en présence d’une analyse de suc gastrique effectuée suivant cette méthode, nous devons chercher à en tirer deux ordres de renseignements.

D'une part nous envisagerons les résultats de l’analyse chimique, pour

(1) J. Winter, De la quantité de sécrétion contenue dans un liquide gastrique donné. Académie des Sciences, 11 juillet 1910.

LE Noir et AGASSE-LAFONT.

voir ce que nous pouvons déduire du taux individuel dec haque valeur, À, H, C, etc., et des rapports entre ces valeurs, c'est-à-dire de T/F et de «. Nous connaîtrons ainsi la qualité de la sécrétion.

Mais d'autre part c'est la concentration qui nous permet d'apprécier la quantité de la sécrétion

Quant à l’évolution digestive et à la marche de l'évacuation, elles peuvent être établies par des analyses chimiques portant sur des liquides extraits par tubages successifs. Mais la concentration permet d'arriver par un seul tubage, au même résultat.

Variations pathologiques de la qualité de la sécrétion. — Les diftérentes valeurs que cette méthode permet de mesurer peuvent varier dans de grandes limites. Ainsi se trouvent créés des types chimiques fort nombreux, dont nous allons indiquer les principaux.

Mais puisque ces valeurs varient d’un moment à l’autre au cours d'une digestion, nous ne pourrons évidemment les interpréter correctement que Si nous sommes en état d'apprécier, en présence d’une analyse, le moment de l’évolution digestive auquel elle se rapporte, et savoir s’il s’agit de l'acmé, d'un début ou d'une fin de digestion.

Or, ce point est facts à préciser.

Nous avons vu qu'à l'état normal l’acmé de la digestion du repas d'Ewald est atteinte au bout d’une heure, et c’est la raison pour laquelle il est habituel de faire l'extraction à ce moment-là.

Pour savoir si dans le cas que l’on étudie il en est bien ainsi, deux moyens peuvent être employés.

Ou bien on fait des extractions multiples et successives, de 30 en 30 minutes, et l'on considère comme se rapportant à l’acmé de la digestion le moment où la valeur H + C atteint le chiffre le plus élevé, que ce chiffre soit obtenu avant 60 minutes, à 60 minutes ou après.

Mais si l'on ne fait qu’une extraction unique, à 60 minutes, comment saura-t-on si l’on était réellement à l’acmé de la digestion, ou au contraire en deçà ou au delà ? C'est ici qu'intervient, pour nous renseigner, le chiffre de la concentration. Reportons-nous en effet à ce que nous avons dit plus haut. Puisque la concentration, avec le repas d'épreuve que nous avons choisi, est progressivement décroissante du début à la fin de la digestion, et qu'au moment de l’acmé elle est voisine du chiffre 0,060, si nous avons, dans notre analyse, un chiffre qui se rapproche du précédent, c'est que nous sommes réellement à l'acmé de la digestion : nous n’avons donc qu'à interpréter simplement et directement, sans corrections, les chiffres obtenus pour les différentes valeurs, T, H, C, etc.

Au contraire, si le chiffre de la concentration est, pour une extraction faite après 60 minutes, plus élevé, c'est-à-dire au-dessus de 0,060, c'est que la digestion est ralentie et que l’acmé n’est pas atteinte : il faut donc considérer les valeurs 'de H, C, etc., comme inférieures à ce qu’elles devraient être, et un nouveau tubage, plus tardif, ou une correction de ces chiffres est nécessaire.

Si d’autre part la valeur de la concentration est plus basse, entre 0,060 et

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0,010, c'est que la digestion a été accélérée, que l'acmé est avant 60 minutes : il faut donc également ou une correction des chiffres, ou un tubage plus précoce (1).

Ceci étant posé, envisageons les variations pathologiques des différentes valeurs, considérées au moment réel de l’acmé de la digestion, puis les principaux types chimiques qui en résultent. |

À ou acidité totale. — Les variations pathologiques de A doivent être étudiées surtout au point de vue des modifications qualitatives, pour les raisons

ren r Q NT [! r Ê que nous avons déjà données : voir le rapport —{ç—0u +, que nous étudions plus bas. ,

IH où acide :«chlorhydrique libre. — 11 peut être égal à 0, ou au contraire

monter jusqu'à 0,450. Mais il est essentiel de noter que, contrairement aux idées anciennes, la digestion peut être active sans acide chlorhydrique libre; et que, par contre, elle peut être défectueuse alors que H est en proportion exagérée.

C ou chlore combiné organique. — Ses variations sont parallèles à l'intensité du travail chimique de l'estomac. Elles se font sur une grande étendue : C peut être absent, ou au contraire monter à 0,350.

H+ Cou chlorhydrie. — Les limites extrêmes que l'on a trouvées vont de 0 à 0,480.

Les variations, isolées ou associées, de ces trois valeurs, H, GC, H — C, caractérisent les différents types d'hyperpepsies et d'hypopepsies (voir page suivante).

T ou chlore total ou chlorurie. — La chlorurie peut être augmentée ou diminuée. Les chiffres extrêmes que l'on a trouvés sont 0,570 et 0,060.

F ou chlore minéral ou chlore fixe. — Représentant le résidu non utilisé de la sécrétion chlorée, on comprend que sa quantité sera normale ou diminuée dans les processus intenses : il peut descendre à 0,060. Au contraire, quand le pouvoir de digestion est faible, F pourra être très élevé.

Rapport Le Les variations pathologiques de ce rapport sont intéressantes à étudier surtout dans les anomalies de l’évolution digestive (voir p. 402).

Rapport « ou .— On tirera des renseignements intéressants surtout

de l'élévation de «, qui peut monter à 2,3 et même 50. Lorsque sa valeur atteint 3 à 4, elle est la conséquence de fermentations,qui parfois atteignent un développement considérable. Ces fermentations sont presque toujours dues aux acides lactique et butyrique, assez souvent associés. Elles ont une signification pathologique incontestable. Hayem n’a trouvé des valeurs s’élevant à 3 et au-dessus que dans les sténoses serrées, et particulièrement dans celles qui résultent de la présence d’un cancer ou d’un ulcéro-cancer.

Types chimiques pathologiques. — La division en hyperchlorhy;drie, hypo-

(1) J. Winter ayant mesuré la concentralion dans plusieurs milliers de cas, a trouvé comme chiffre le plus élevé, après 1 heure, exceplionnellement 0,195. Mais il convient de noter que les chiffres au-dessus de 0,110 sont relativement très rares.

LE Norr et AGASSE-LAFONT.

chlorhydrie et anachlorhydrie, autrefois admise, doit être modifiée d’après Hayem qui décrit les principaux types suivants :

L'hyperpepsie est caractérisée par l'augmentation de la chlorhydrie (H + C).

Tantôt ces deux vileurs, H et C, sont augmentées toutes les deux: l'hyperpepsie est générale. |

Tantôt C seul est augmenté : c’est l'hyperpepsie chloro-organique.

Tantôt H seul est augmenté : c’est l’hyperpepsie chlorhydrique où hyperchlorhydrie.

La fermentation acétique se rencontre généralement avec les différents types d'hyperpepsie.

L'hypopepsie est marquée par la diminution de la chlorhydrie. Son degré extrême est l’apepsie, dans laquelle la fonction de l'estomac se trouve supprimée.

La fermentation lactique est souvent associée à l'hypopepsie et à l’apepsie.

Variations pathologiques de la quantité de la sécrétion. — Ce renseignement, fourni par l'étude de la concentration, permet de constater une anomalie tantôt par excès, tantôt par défaut.

Variations pathologiques de l’évolution digestive ou cycle chimique.— Si les anomalies qualitatives ou quantitatives de la sécrétion ont un grand intérêt au point de vue du diagnostic, il en est de même de ce qui concerne l’évolution de la digestion.

Avec des valeurs soit normales, soit anormales de la sécrétion, la digestion peut être normale dans son évolution, ou au contraire présenter différentes anomalies, qui répondent aux trois types suivants.

Accélération du processus digestif. — Les différents stades se précipitent.

Si l'on a fait plusieurs tubages successifs, de demi-heure en demi-heure, il est facile, par la ÉRAUREU END des résultats obtenus, de voir que l’acmé de la digestion est plus BE écoce qu'à l'état normal.

Si l’on ne fait qu’un seul tubage, après une heure, on constate que la concentration du liquide est basse (au-dessous de 0,060). Pour les raisons que nous avons expliquées plus haut, on peut conclure, d’après ce chiffre bas de concentration, que la digestion est déjà à son déclin, et que, par conséquent, le processus eu est accéléré.

Cette accélération du processus digestif peut se rencontrer aussi bien daus l'hyperpepsie que dans l'hypopepsie et l'apepsie.

Ralentissement du processus digestif. — Dans ce cas l’apparition de l’acmé de la digestion est retardée, et la durée du processus peut être doublée.

On en juge, comme dans le cas précédent, soit par des tubages successifs, soit par un seul tubage, à 60 minutes, qui montre un liquide de concentration encore élevée (entre 0,060 et 0,090).

Ce ralentissement est fréquent dans l’hyperpepsie et dans l'hypopepsie. I1 est exceptionnel dans l’apepsie.

Continuité du processus digestif. — Dans ce cas la digestion est indéfiniment prolongée, l'estomac n’est jamais vide. On en est averti par ce fait que

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le malade n'ayant pris aucun aliment depuis 10 à 12 heures, on constate cependant du clapotage, et que l’on est forcé de vider son estomac avant de lui faire prendre le repas d’épreuve.

C'est un signe presque pathognomonique de sténose du pylore, car il ne se montre en dehors d'elle qu’exceptionnellement, dans des cas de grande dilatation avec atonie très accentuée,

Variations pathologiques de l’évacuation gastrique. — Le repas d'épreuve de pain et de sucre, — celui adopté dans cette méthode, — ne séjourne normalement que 2 heures et demie dans l'estomac ; et même, dans la dernière heure, on n’en trouve plus qu’une infime fraction.

Un repas normal, chez l’homme normal, est évacué en 5 à 6 heures.

Nous avons déjà signalé que les anomalies d'évacuation sont peut-être plus importantes que les anomalies de sécrétion dans l'explication des syndromes digestifs.

Pour apprécier ces anomalies, nous avons vu que la concentration donne des indications, mais actuellement c’est surtout à l'examen radioscopique que l’on s'adresse pour être renseigné à ce sujet.

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