‹ Nouveau traité de médicine (volume 2)Chapitre 150 sur 195 · TUMEURS GASTRIQUES BÉNIGNES · texte numérisé non relu

TUMEURS GASTRIQUES BÉNIGNES

Les tumeurs gastriques bénignes sont, les unes du type conjonctif, les autres du type glandulaire.

Généralement sans histoire clinique, elles peuvent cependant parfois donner lieu à des symptômes graves, et même subir la transformation cancéreuse ; aussi leur existence peut-elle entraîner des erreurs de diagnostic.

Tumeurs bénignes d’origine conjonctive. — Les tumeurs bénignes de l'estomac, d'origine conjonctive, sont plus rares encore que les sarcomes, et surtout d'un intérêt clinique beaucoup moindre. N'’altérant en rien, par le fait de leur présence ou de leur développement, l’état général du sujet, elles passent le plus souvent inaperçues, et sont des trouvailles d’autopsie.

Mais il peut exceptionnellement en être autrement, soit que la tumeur atteigne des dimensions plus considérables, soit que, développée dans le voisinage du pylore, elle vienne produire un obstacle à ce niveau, et donner ainsi naissance à une symptomatologie qui peut être identique à cebe d’une sténose par cancer (1).

Ces tumeurs bénignes conjonctives appartiennent à différentes variétés, lipome, fibrome, fibromyome, myome pur, neuro-fibrome.

Les lipomes naissent dans le lissu cellulaire soit sous-muqueux, soit sousséreux. Ils forment à ce niveau, tantôt de petites masses unilobulées, allant du volume d’un pois à celui d'une amande, tantôt au contraire des masses multilobulées : dans ce dernier cas, le lipome polypeux fait saillie, soit vers la cavité gastrique, soit vers la cavité péritonéale.

Les Jibromes et les fibromyomes se présentent, au point de vue macroscopique, dans des conditions assez semblables aux lipomes, étant tantôt sessiles et tantôt pédiculés (fibromes polypeux), et pouvant de même envahir la cavité gastrique ou la cavité péritonéale. Une statistique de Tilger relève leur présence dans environ 1 cas sur 3.000 estomacs examinés. Un fait. étiologique important est leur présence presque exclusive chez les gens âgés, fait qui facilite la confusion avec le cancer, quand la tumeur, quoique de nature bénigne, vient produire un obstacle mécanique au niveau du pylore.

C'est donc là un argument de plus pour ne pas hésiter à opérer même les vieillards, chez qui une sténose paraît manifestement d'origine cancéreuse :

” (1) Une statistique récente de la Clinique Mayo (Easrmax et Ecmer G. SENTY, Surgery, Gynecol. and Obstétr., janv. 1922) relève 27 cas de lumeurs bénignes contre 2.1€8 de Lameurs malignes de l'estomac, opérées de 1907 à 1921.

LE Noir ct AGASSE-LAFONT.

quelques observations en effet ont été rapportées de sténose par tumeur

bénigne, que l’ablation de l'obstacle pylorique a définitivement guérie.

Le myome pur, plus rare encore que le fibromyome, est composé de fibres

musculaires lisses, et appartient donc au type du leiomyome.

Quant au neuro-fibrome, tout à fait exceptionnel, il rappelle la structure

des tumeurs de la maladie de Recklinghausen (4).

Lorsque ces différentes tumeurs conjonctives donnent lieu à des manifestations cliniques, celles-ci se montrent, comme nous l’avons vu, tantôt du côté de la cavité gastrique, tantôt vers le péritoine. Dans le premier cas le diagnostic se posera donc avec les tumeurs malignes, épithéliales où sarcomateuses. L'absence d'hémorragies occultes, de modifications de l’appétit, d'altération du suc gastrique, d'atteinte profonde de l’état général, sont autant de signes qui pourront tout au moins faire soupçonner la nature bénigne de la tumeur.

Quand c'est vers la cavité péritonéale que la tumeur pédiculée se déve= loppe, elle est, comme le sarcome exogastrique, aisément confondue avec toutes les autres tumeurs abdominales, même avec celles de l'utérus et des an-

nexes. Dans ce cas la radioscopie pourra montrer les liens étroits qui unissent l'estomac et la tumeur.

Que les symptômes soient endogastriques ou exogastriques, si la tüméür |

se révèle cliniquement, l'ablation est évidemment la seule thérapeutique indiquée.

Tumeurs bénignes d’origine glandulaire. — Que l’on range, avec cer-

tains auteurs, les adénomes dans le groupe des tumeurs formées aux dépens

du tissu glandulaire, ou qu'avec les autres on les considère comme des tumeurs composées, à la fois du type épithélial et du type conjonctif, ce sont de toute façon des néoplasies bénignes, différentes par conséquent, à ce point de vue, du sarcome et du cancer épithélial. Nous verrons cependant qu'il est possible que des liens étroits les unissent à ce dernier. |

Les adénomes se présentent macroscopiquement sous deux types différents.

Tantôt ce sont des tumeurs polypeuses, et que l’on désigne sous les noms divers de polypes muqueux, polypes glandulaires, adénomes polypeux. H s'agit alors de tumeurs de volume et de nombre variables : il peut n'y en avoir qu'une seule, ou au contraire plusieurs centaines sur un même estomac, très petites ou atteignant le volume d’une noisette. Elles sont sessiles ou pédicules, grises ou rougeâtres, molles, et peuvent se trouver sur toutes les régions de la muqueuse gastrique.

Tantôt, beaucoup plus rarement, il s’agit d'adénome en nappe, plaque plus ou moins étendue et saillante, présentant des replis comparés aux circonvolutions du cerveau, molle et mobile sur les plans sous-jacents.

L'examen histologique montre les caractères propres aux adénomes : augmentation de nombre et de longueur des glandes, qui peuvent former des tubes 5 à 6 fois plus longs que les éléments normaux, mais avec conservation

- (1) Prcquer, Tumeur gastrique d’origine nerveuse. Soc. de Chirurgie de Paris, 17 mai 1922.

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de leur régularité, de leur forme et de l'aspect normal de leurs cellules ; hypertrophie de la couche conjonctive sous-jacente à la muqueuse, qui forme ainsi le centre des éléments polypeux ; enfin, de toute façon, intégrité de la muscularis mucosæ, qui continue à former un cordon ininterrompu entre la tunique muqueuse et la celluleusé, de telle sorte que les éléments glandulaires n’envahissent pas cette dernière, différence essentielle avec le cancer.

Il existe cependant une variété d’adénome, décrite par Hayem sous le nom de polyadénome à type brunnérien, et dont plusieurs observations ont été rapportées, en particulier par Soca et Bensaude (1), variété dans laquelle, à l'inverse de la forme précédente, la muscularis mucosæ est perforée, avec envahissement du tissu cellulaire sous-muqueux. Il s’agit dans ce cas du développement simple de glandes de Brunner, normales ou aberrantes.

Tumeur bénigne, l'adénome semble cependant susceptible de subir la transformation cancéreuse : on a constaté en effet, dans certains cas, leur association, en particulier pour le polyadénome à type brunnérien.

Aussi longtemps que l’adénome reste à l'état de néoformation bénigne, il est sans histoire clinique, ou ne donne lieu qu’à des symptômes légers, et qui peuvent aussi bien être dus à la gastrite chronique habituellement concomitante. Quand la transformation cancéreuse se produit, les symptômes sont ceux du cancer gastrique, et le même traitement doit lui être appliqué.

(1) Soca et BENSAUDE, Sur un cas de polyadénome de l'estomac à type brunnérien. Arch. de méd. expér. etd’anat. pathol., n° 5, septembre 1900.

LE Norr et AGASSE-I AFONT.

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