‹ Nouveau traité de médicine (volume 2)Chapitre 153 sur 195 · DÉFINITION. HISTORIQUE · texte numérisé non relu

DÉFINITION. HISTORIQUE

Définition. — Dans les pages qui précèdent, nous avons eu l’occasion déjà de parler de l'affection que nous allons maintenant décrire, l’ulcère simple de Cruveilhier, et d'indiquer que la pathogénie en est encore incertaine et discutée. Un fait, en particulier, est sujet à controverses, c’est celui de savoir s’il y a des liens, et de quelle nature, entre l’ulcère simple et les ulcérations symptomatiques que nous venons d'étudier.

On conçoit, dans ces conditions, qu'il soit impossible d'en donner une définition précise, c'est-à-dire d’en marquer exactement les limites, certains cas intermédiaires pouvant, suivant la conception pathogénique que l’on adopte, être admis dans le cadre de cette affection, ou rejetés en dehors de lui.

Quoi qu'il en soit de ces divergences, on s'accorde du moins à reconnaître que l’ulcère simple de Cruveilhier est caractérisé : par une ulcération débutant, le plus souvent, insidieusement et sans cause apparente ; à marche généralement chronique; localisée à l'estomac ou aux portions voisines de l’œsophage et du duodénum ; manifestement associée au syndrome hyperchlorhydrique, tout au moins pendant une partie de son évolution.

Nous verrons, au cours de son étude, l'importance relative de chacun de ces caractères, et les variations qu'ils peuvent subir.

Historique. — Nous aurons également à citer les principaux auteurs qui se sont occupés de cette affection, et leurs travaux les plus importants, Disons simplement ici que l'on peut distinguer dans son histoire trois périodes.

Avant Cruveilhier, des cas d’ulcère gastrique avaient été relatés, et des descriptions d'ensemble en avaient été faites. Il n’est pas jusqu’à sa thérapeutique qui n'ait été fixée avec précision, comme le démontre une curieuse observation de Jean Scultet (1622), qui signale l'efficacité dans ce cas du plâtrage de l'estomac au moyen de la terre sigillée (kaolin), traitement de tout point semblable à l'ingestion de fortes doses de bismuth, plus récemment préconisée. Mais, dans cette première période, en l’absence de recherches anatomo-pathologiques. suffisamment précises, il semble qu'ulcère simple et cancer ulcéré étaient souvent confondus.

LE Noir et AGASSE-LAFONT.

Aussi a-t-on jugé avec raison que les recherches de Cruveilhier ont marqué une ère nouvelle dans l’histoire de cette affection, et que c’est réellement à lui que revient le mérite d’en avoir fait une entité morbide bien individualisée. Dans son Atlas d'anatomie pathologique, en effet, il l'a différencié nettement du cancer (1830 et 1833); dans des mémoires successifs, parus en 1838, puis en 1856, ilen a précisé les caractères anatomo-pathologiques et cliniques, et il a montré que l’évolution pouvait en être favorablement influencée par un traitement bien conduit, dont le régime lacté constitue la base. Le nom d’ulcère de Cruveilhier est donc pleinement justifié.

Entre temps d’ailleurs, mais plusieurs années après les premières publications de Cruveilhier, Rokitansky, en 1839, en donnait une étude très documentée,

Depuis, d'innombrables travaux ont paru sur ce sujet. Les examens histologiques ont précisé la différenciation de l’ulcère et du cancer, et permis, d'autre part, de saisir, dès son début, la genèse d'une troisième lésion, l'ulcère secondairement cancérisé. [ls en ont également distingué des lésions assez semblables, les ulcérations tuberculeuses et syphilitiques de l'estomac. De même, les caractères cliniques en ont été précisés. Mais c'est surtout la pathogénie de l’ulcère qui a fait l'objet des plus nombreuses et des plus importantes recherches.

Malgré tout, bien des points restaient obscurs, dans l'impossibilité où l'on se trouvait souvent, en l'absence de vérifications anatomiques, d'affirmer le diagnostic d’ulcère avec certitude. Mais, dans une troisième et dernière période, cette difficulté se trouve enfin écartée. Actuellement, du vivant même du malade, on peut, pour ainsi dire, voir les lésions et en suivre l’évolution anatomique. C’est tout d’abord par le tubage de l’estomac, par l’examen du contenu gastrique et des fèces. L'étude du chimisme gastrique que les travaux d'Hayem, en particulier, ont précisé et vulgarisé, permet de connaître l’état de l'appareil glandulaire. L'examen microscopique, portant sur les microorganismes, les résidus alimentaires, les éléments cellulaires, associé à la recherche des produits de putréfaction ou de fermentation, révèle l’ulcération, la pyorrhée et la stase. L'examen des fèces, suivant qu'il montre la présence ou l'absence d’hémorragies occultes, est un indice précieux pour juger l’état de l’ulcération et en prévoir les complications.

C'est en second lieu, au moyen des examens radioscopiques et radiographiques : siège de l’ulcère, profondeur, adhérences, coexistence éntre le point lésé et le point douloureux, retard d'évacuation, sténose pylorique, estomac biloculaire, etc., autant de renseignements que la découverte de cette méthode nous a permis d'acquérir ou de préciser.

Il est enfin un troisième fait qui, plus encore que les deux précédents, a contribué à nous faire entrer dans une ère vraiment nouvelle de l’histoire de l'ulcère, c’est l'extension de plus en plus grande prise, au cours de ces dernières années, par la chirurgie de l'estomac. Au seul traitement chirurgical des sténoses ou des perforations, qui ne nous éclairait que d’une façon incomplète et dans les cas les plus graves, s'ajoute de plus en plus, par un essor auquel nos chirurgiens français ont pris une très grande part, l’ablation précoce de l’ulcère, pour en prévenir les complications

ULCÈRE DE CRUVEILHIER. Fasc. XIII. — 509

redoutables, sténose et surtout perforation, hémorragie foudroyante, cancé: risation : ces interventions qui se multiplient, cautérisation, excision, gastrectomie, ont enrichi la documentation, et précisé les notions dont nous allons faire l'exposé.

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