B. INFESTATIONS CAVITAIRES PAR PARASITES VOLUMINEUX OU MÉTAZOAIRES
Les parasites et leurs voies d’entrées. — Des parasites de grande taille, et visibles à l'œil nu, peuvent infester la cavité gastrique, et même y vivre pendant une période assez prolongée. Ces faits de parasitisme, quoique exceptionnels, sont intéressants à connaître, car ils donnent lieu à des troubles très marqués, et même à des accidents graves, et dont le diagnostic reste incertain jusqu’au moment où le parasite est expulsé.
On peut diviser ces parasites en deux groupes, d’après leur mode d'introduction dans l'estomac.
Les uns sont des vers, hôtes habituels de l'intestin, qui franchissent Île pylore et tombent ainsi dans la cavité gastrique. Ce milieu, d’ailleurs, paraît leur être peu favorable, et, s’ils ne retournent pas dans l'intestin, ils ne tardent pas, soit à remonter vers l’œsophage, soit à être rejetés par vomissements. Dans certains cas ils ont pu, en particulier chez les enfants, envahir
le larynx et provoquer des troubles asphyxiques. Des nématodes, lombric, ankylostome, trichine, oxyure sont ceux que l’on a le plus souvent rencontrés. Ajoutons aussi des anneaux de fénias, que l’on a pu trouver dans des matières vomies, roulés en boule, et enrobés dans des mucosités.
LE Noir et AGASSE-LAFONT.
Dans un deuxième groupe, l’étiologie de ce parasitisme gastrique est différente. Le parasite, cette fois, vient directement de l'extérieur, apporté par
Fig, 43. — Gordius aqualicus, parasile accidentel de l'estomac. Grandeur naturelle.
l'eau ou par les aliments, et peut séjourner un certain temps dans l'estomac, soil que son revêtement cutané le protège contre l’action du suc gastrique, soit qu’il puisse en tolérer le contact.
C'est ainsi qu’on a rapporté un petit nombre d'observations de malades ayant avalé des gordiens, vers filiformes Fig, #4. — Larve de Teichomyza fusca, vivant dans les flaques d’eau, les puits pars CEST ou les ruisseaux, expulsés ensuite par Grossiss. : 3. ; :
la bouche ou parfois par l'anus. De même, des larves de mouches, parasites de la viande, des légumes, des fromages, du lait, de l’eau, etc., peuvent, par l'intermédiaire de ces aliments, être introduites dans l'estomac. Citons enfin des myriapodes, ingérés avec des fruits crus mangés gloutonnement.
Conséquences cliniques et diagnostic. — Ces divers parasites manifestent leur présence par des crampes douloureuses, des nausées et des vomissements, parfois des hématémèses, révélant les érosions ou les ulcérations qu'ils ont provoquées.
Le diagnostic ne peut en être fait que par l'expulsion du parasite. Encore doit-on émettre un doute, quand on est en présence d’individus qui pourraient, par tare nerveuse ou par intérêt, être des simulateurs.
On a signalé aussi des symptômes extra-gastriques (toux, démangeaisons, syncope, elc.). |
IPRINEECTIONS-GASTRIQUES PARIÉTALES
Lorsque l’on envisage, dans leur ensemble, les infections gastriques pariétales, c’est-à-dire les lésions d’origine microbienne ou parasitaire des parois de l'estomac, on constate, qu'il s'agisse d'observation chez l’homme ou d’expérimentation sur l'animal, qu'elles appartiennent à deux formes.
Tantôt il s’agit de lésions pour lesquelles on ne saurait mettre en doute, ni l’action réelle de l'agent pathogène, ni le mécanisme de cette action, et cela pour une double raison. C’est que, d’une part, il est possible de déceler cet agent pathogène au niveau même de la lésion qu’on lui attribue. Et que, d'autre part, la lésion se présente avec les caractères habituels des altérations que produit, dans l'organisme, le microbe ou le parasite qui est en jeu. Un phlegmon gastrique dans lequel on trouve le streptocoque ou le pneumocoque, une gomme de la région pylorique qui se présente avec la structure histologique de la syphilis tertiaire, une fausse membrane de la muqueuse dans l'épaisseur de laquelle on décèle le bacille de la diphtérie, ce sont là des manifestations morbides dont la cause efficiente ne saurait être ni ignorée, ni discutée.
Tantôt, au contraire, il en est tout autrement. L'existence d’une infection ‘de l'organisme n'est pas douteuse, pas plus que celle de lésions de l'estomac. Mais ce qui est sujet à controverse, c'est la nature, et même, dans certains cas, l'existence réelle du lien qui les unit. Un malade au cours d’une pneumonie, d’une appendicite, d’une septicémie, ou de toute autre infection, présente des accidents gastriques, et les vérifications faites à l’autopsie montrent des lésions plus ou moins profondes. Mais ces lésions se sont-elles développées au cours de la maladie même? N'étaient-elles pas préexistantes, ou tout au moins n’ont-elles pas été préparées par l’état antérieur de l'estomac? Même s’il paraît démontré qu'elles sont d'origine récente, et se sont produites parallèlement à l'infection, est-ce par l’action nocive du microbe même, ou seulement de sa toxine, ou par le fait de quelque cause concomitante, pour laquelle ni le microbe, ni sa toxine, ni par conséquent l’infection, de quelque façon qu'on l’envisage, ne serait en jeu ?
La distinction que nous venons d'établir ne doit, d’ailleurs, pas être considérée comme absolue, et ces faits ne sont pas totalement indépendants les uns des autres. Il arrive, en particulier, que tel ou tel microbe est susCeptible de provoquer, à côté de lésions nettement caractéristiques, d’autres lésions communes à la plupart des états infectieux.
LE Noir et AGASSE-LAFONT.
ILest cependant commode, pour la clarté de la description, de les envisager isolément.
Nous allons donc étudier d’abord les infections pariétales nettement individualisées, syphilis, tuberculose, abcès circonscrit, pitégrer diffus, charbon, mycoses, infections pseudo-membraneuses. Puis nous réunirons en un seul groupe les faits qui concernent les gastrites toxi-infectieuses, pq elles présentent entre elles de nombreux points communs, bien qu'ayant à leur origine des microbes très différents.