TROUBLES DYSPEPTIQUES ESTOMAC ET ASSOCIATIONS MORBIDES
Notions préliminaires,
En présence d’un gastropathe que l’on examine pour la première fois, il est logique et nécessaire de songer tout d’abord à l’une des affections ou à l’un des syndromes graves que nous avons étudiés en premier lieu. Mieux vaut, en de telles circonstances, pécher par excès que par défaut, et soupçonner un cancer, un ulcère, une sténose que les examens ultérieurs ne confirmeront pas, plutôt que de risquer de méconnaître une maladie à évolution progressive, et d'apporter à la traiter convenablement un retard peut-être irréparable.
Mais il arrive, le plus souvent, que le malade n'est en réalité atteint ni de cancer, ni d’ulcère, ni de localisation gastrique d’une infection. D'autre part, si l’on découvre quelques troubles mécaniques, une situation et des dimensions anormales, une évacuation prématurée ou ralentie, cependant on ne peut trouver dans cette constatation une explication satisfaisante de toutes les manifestations gastriques que l’on constate, et de leur retentissement profond sur l’état général. C’est qu'il y a en réalité chez ce malade d'aulrescauses morbides, lésions glandulaires ,anomalies de la sécrétion, troubles de l’innervation, phénomènes pathologiques que nous avons laissés jusqu'ici dans l'ombre, et que nous devons maintenant étudier.
Nous sommes ici, il convient de le remarquer, sur un terrain plus difticile à explorer. Les hypothèses y sont nombreuses, et les théories y prennent une plus grande part. Quand il s’agit d’ulcère, de cancer, de syphilis, de sténose ou de ptose gastrique, malgré l'importance des problèmes que ces questions soulèvent, on peut dire que les principaux points de l'étiologie, du diagnostic et de la thérapeutique en sont, dans leurs grandes lignes tout au moins, faciles à régler, par le fait d’un accord presque unanime. Au contraire, dans les affections qui vont maintenant nous occuper, et qui consistent essentiellement en un fonctionnement défectueux de l'estomac, on peut, en s'appuyant sur des arguments d’une valeur indéniable, faire jouer le rôle primordial à l’un ou à l’autre des trois éléments qui sont en jeu, lésions histologiques, troubles fonctionnels glandulaires, troubles nerveux. 11 y a là en présence trois théories plausibles, et qui, de fait, ont trouvé chacune leurs défenseurs. Pour les uns c'est la lésion anatomique qui est à l’origine, entrai-
LE Norr et AGASSE-LAFONT,
nant nécessairement des anomalies de sécrétion, qui, par les perturbations qu'elles provoquent, relentissent à leur tour sur Île système nerveux. Pour les autres, le trouble de la fonction précède la lésion et lui donne naissance. Pour les derniers, enfin, c'est le système nerveux qui est primitivement touché : son dérèglement vicie la sécrétion, et ce sont les digestions défectueuses qui lèsent secondairement l'estomac.
Les divergences sont, on le voit, fondamentales entre ces différentes théories. Elles se manifestent tout d’abord dans l'appellation donnée aux syndromes que nous allons décrire. Met-on au premier rang le trouble fonctionnel, c’est le terme de dyspepsies qui s'impose. Est-ce au contraire la lésion anatomique qui paraît primitive, on adopte celui de gastrites. Enfin, si le système nerveux est considéré comme jouant le rôle capital, on parlera de dyspepsies secondaires ou de gastro-névroses.
En réalité cependant, malgré les apparences, ces théories ne sont pas inconciliables Chacune d'elles paraît renfermer une part de vérité. Tel malade est manifestement un névropathe primitif, qui, par le caprice qu'il apporte dans son hygiène alimentaire, altère secondairement son estomac. Chez tel autre, au contraire, la lésion glandulaire est certainement la première en date: elle est due par exemple à un abus de médicaments pour une affection extra-gastrique, et l'on peut constater l'apparition tardive et secondaire des troubles nerveux. Chez tel autre, enfin, il semble probable que des troubles mécaniques d'évacuation ou des excès alimentaires ont entrainé un hyperfonctionnement glandulaire, et que les lésions histologiques doivent être les conséquences, et non la cause, de cette hypersécrétion.
D'ailleurs, — quelque paradoxal que ce fait paraisse, — on peut dire que ces divergences, en apparence absolues, n’ont pas, au point de vue pratique, une importance capitale. C'est qu'il est un certain nombre de points essentiels sur lesquels tous les cliniciens sont sensiblement d'accord : ce sont les notions d'étiologie, et même de thérapeutique. Ge qui est nuisible et ce qui doit être évité (écarts alimentaires, vie déréglée, toxicomanie, fatigue) ; ce qui est utile et doit être prescrit avant tout (repos, hygiène alimentaire, hygiène générale): voilà ce que les uns et les autres s'accordent à reconnaître comme constituant la base du traitement, et ce qui est certainement, nous le verrons, à l'origine de toute guérison. Par suite les notions pathogéniques et la thérapeutique médicamenteuse proprement dite se trouvent, et avec raison, rejetées au second plan.
Nous pouvons donc, sans prendre parti systématiquement pour l’une ou l'autre de ces théories, aborder cependant avec fruit l'étude de ce dernier groupe de gastropathies.
Nous le diviserons en plusieurs chapitres qui nous paraissent mériler une étude distincte, malgré les liens étroits qui les unisssent.
1° Nous éludierons d'abord les gastrites ou dyspepsies, affections ou syndromes dans lesquels les troubles gastriques existent pour ainsi dire seuls, ou sont tout au moins prédominants. Nous emploierons pour les désigner, indistinctement, tantôt le terme de gastrite, et tantôt celui de dyspepsie,-sans vouloir juger de la préexistence soit des lésions anatomiques, soit des troubles fonctionnels.
GASTRITES ET DYSPEPSIES. Fasc. XIII. — 707
2° Les relations étroites entre l'estomac et le système nerveux permettent d'envisager un deuxième groupe de faits, dans lesquels troubles gastriques et troubles nerveux sont associés. Nous verrons qu'il convient de le subdiviser à son tour, suivant qu'il s’agit : soit d’affections nerveuses primitives à retentissement gastrique ; soit de gastropathies primitives avec troubles nerveux secondaires; soit d'associations complexes pour lesquelles le point de départ, nerveux ou gastrique, est difficile à déterminer, et que l’on désigne sous le nom de gastro-névroses.
30 Nous réservons un chapitre spécial au syndrome désigné sous le nom d'aérophagie, et qui touche à la fois aux dyspepsies et aux gastro-névroses. IL nous paraît utile de l’étudier isolément, afin de mieux mettre en évidence son importance clinique et son intérêt pratique.
4° Nous étudierons enfin les liens qui unissent l'estomac et les organes ou appareils autres que le système nerveux : c’est-à-dire, d’une part les troubles gastriques secondaires aux autres états morbides extra-gastriques, et d'autre part les retentissements extra-gastriques des gastropathies.
LE Noir et AGASSE-LAFONT,
L°— GASTRITESSEMDYSREPSIES