L. BABoNNEIx et H. DARRÉ
tiques non récidivantes, étaient considérées comme un zona du trijumeau par Ollivier, reprenant les idées de Bærensprung qui faisait de l’herpès labial un zona ; Lermoyer et Barozzi admettaient cette conception pour les formes'unilatérales et signalaient même quelques cas de zona bucco-pharyngé double symétrique. Quant aux formes récidivantes, on les considérait comme des éruptions zostériformes, consécutives à une lésion nerveuse durable périphérique ou centrale. Le démembrement de l’herpès ‘bucco-pharyngé était complet.
Toutes ces discussions ne doivent plus être rappelées aujourd'hui que pour mémoire. Les recherches microbiologiques récentes ont montré que toutes les formes de l’herpès sont dues à la méme cause, un microbe spécifique le virus herpétique, appartenant au groupe des virus filtrants invisibles. La sérosité des herpès muqueux apyrétiques ou fébriles inoculée dans la cornée du lapin, produitune kérato-conjonctivite intense, qui peut être réalisée en série chez le lapin, par passage de cornée en cornée (Grüter, Lôwenstein); outre la réaction locale cornéenne, elle produit parfois chez l'animal une infection générale fébrile, s’accompagnant d’encéphalite mortelle le plus souvent (Dôerr et Vôchting, Blanc et Caminopetros). L'injection intra-veineuse de grosses doses de sérosité herpétique détermine cetle infection générale avec les accidents nerveux typiques ; cette encéphalite peut être reproduite en série par inoculation ‘subdurale chez le lapin et même chez le cobaye. Ces lésions cornéennes et cérébrales sont caustes par un virus filtrant, qui résiste à la dessiccation, se conserve dans le vide, est détruit par la bile et se localise chez l’animal dans le tissu nerveux, qui seul est virulent. Des réactions d'immunité locale et générale peuvent se développer dans l'organisme des lapins qui résistent à une première atteinte de l'infection.
Ce qui est particulièrement intéressant, ce sont les affinités étroites de "ce germe avec le virus filtrant de la salive normale et le virus de l'encéphatite épidémique. Par des expériences de vaccination croisée, Levaditi, Harvier et Nicolau, puis Doerr et Schnabel ont montré que ces virus sont de même nature mais de virulence inégale et d’affinité dissemblable.
Ainsi le virus Étant de la salive normale augmentant de virulence sous l'influence du refroidissement brusque, de diverses infections intercurrentes, d’une irritation locale violente, deviendrait le virus qui réalise l’herpès buccopharyngé, véritable auto-infection spécifique. Plus virulent encore, il pourrait déterminer l’'encéphalite épidémique de Von Economo. Cette conception inté-! ressante ne nous paraît pas pouvoir être admise sans conteste ; car des covaccinations sont possibles entre virus voisins, mais non identiques, comme le prouve la vaccination jennérienne qui immunise contre la variole, bien que les deux virus ne puissent être considérés comme identiques.
Quoi qu'il en soit, l'existence du virus herpétique est indiscutable et explique la pathogénie des herpès bucco-pharyngés fébriles ou apyrétiques, uniques ou récidivants, comme des autres herpès.
Traitement. — On combattra les phénomènes généraux par la quinine, les stimulants diffusibles ; le vomitif, recommandé par Lasègue, n'est plus guère employé.
LES STOMATITES. Fasc. XIII. — 921
Localement, on aura recours aux lavages antiseptiques faibles, aux pulvérisations d'eau bouillie, aux collutoires cocaïnés ou mentholés qui calment les douleurs; la glycérine phéniquée à 3 p. 100 a été recommandée par Ruault.
Dans les formes récidivantes, surtout dans la stomatite, il faudra en outre, dans l'intervalle des accès, recommander une hygiène buccale sévère, supprimer les mets irritants, l'alcool, le tabac. Il faudra surtout modifier le terrain: hygiène, régime alimentaire, alcalins, cures hydro-minérales chez les arthritiques; traitement antisyphilitique, cures sulfureuses chez les spécifiques. Dans toutes ces formes, les cures de Saint-Christau donneront souvent de bons résultats.
Stomatite aphteuse.
Sous le nom d’aphtes, les anciens auteurs confondaient presque toutes les inflammations buccales. Les ulcérations ptérygoïdiennes, disposées de chaque côté du raphé de la muqueuse palatine, chez les nouveau-nés athrepsiques étaient décrites sous le nom d’aphltes de Bednar ; on donnait le nom d’aphtes confluents à la plupart des stomatites ulcéro-membraneuses graves ; le muguet lui-même devenait l’aphla lactescens.
Plus tard, à la suite des travaux de Guersant, Billard, Rilliet et Barthez, on réserva le nom d'aphte à une affection vésiculo-ulcéreuse particulière des parois buccales et bucco-pharyngiennes.
Mais si l’on s’entend aujourd’hui sur les caractères de la lésion aphteuse, on discute encore sa nature. Les uns la considèrent comme spécifique, caractérisant une maladie infectieuse, contagieuse, épidémique et inoculable, la fièvre aphleuse, analogue sinon identique à la fièvre aphteuse ou cocotte des bovidés. (Ruault, Houssay, Comby, Leroux, etc.). Les autres n’y voient qu'une réaction locale, de caractères anatomo-cliniques particuliers, mais pouvant relever comme la fausse membrane de causes diverses, soit d’une cause spécifique, déterminant da fièvre aphleuse épidémique, soit de causes banales, réalisant la stomatite aphteuse, affection locale ni épidémique, ni contagieuse (Moizard et Grenet, Variot, Roque, Paisseau).
En l'absence de critérium microbiologique, il n’est pas aisé de prendre parti. Ne considérait-on pas l'herpès il y a quelques années comme une réaction particulière de cause banale, alors qu’il est démontré aujourd'hui que
sous ses divers aspects cliniques, fort dissemblables, et ses conditions étiologiques très variables, il est en réalité toujours causé par un même virus spécifique? Semblable démonstration sera peut-être faite un jour pour l’aphte. En attendant, il faut rester sur le terrain clinique et décrire successivement les deux types communément admis aujourd'hui.
FIÈVRE APHTEUSE
Symptomatologie. — Après une période d'incubation, qui varie de trois à dix jours, la maladie commence assez brusquement par des symptômes généraux : malaise, courbature, céphalalgie, frissonnements, troubles digestifs (anorexie, vomissements, diarrhée), fièvre oscillant entre 38°,5 et 39°, rarement