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L. BABONNEIx et H. DARRÉ

entre 39° et 40°, quelquefois même convulsions chez les très jeunes enfants. Plus tard apparaissent les troubles fonctionnels : langue saburrale, haleine un peu fétide, bouche sèche, puis cuisante ; sialorrhée assez abondante. Enfin au bout de deux à trois jours, quelquefois tardivement, l'éruplion se montre à la langue, sur ses bords, sa pointe, son frein, à la face interne des joues, à la voûte palatine, dans les sillons gingivo-labiaux, à la face interne des lèvres sans alteindre habituellement leur face cutanée ou les commissures, beaucoup plus rarement sur les gencives, les amygdales et le pharynx (angine aphteuse), causant alors une dysphagie violente. | L'éruption est d’abord maculeuse, constituée par de pelites plaques rouges disséminées, douloureuses au toucher, puis papuleuse ; au centre des papules apparaissent ensuite des vésicules, grosses comme un grain de chènevis, blanc-jaunâtres, légèrement saillantes, à contenu crémeux, entourées d'une auréole inflammatoire rouge-vif. Ce stade vésiculeux, très caractéristique, est éphémère; en vingt-quatre heures les vésicules se rompent ou s'affaissent et font place à des ulcérations arrondies, grosses comme une tête d’épingle ou une lentille, assez superficielles, entourées d’une zone rouge, à bords nets, à fond tomenteux, se recouvrant vite d'une /ausse membrane Jibrineuse, jaunâtre, très adhérente; elles sont très douloureuses au contact.

L'éruption est généralement discrète, formée d’une dizaine d'éléments en

moyenne, disséminés çà et là, jamais groupés en bouquet comme les vési-

cules d’herpès, signe diagnostique important. Parfois cependant les éléments

sont plus nombreux et peuvent en certains points fusionner, donnant des ulcérations à contours polycycliques, mais non microcycliques comme les plaques herpétiques.

Les ganglions sous-maxillaires ne sont généralement pas tuméfiés, ou 1 du moins le sont assez modérément.

En même temps que sort l’éruption, la fièvre et les phénomènes généraux diminuent progressivement ; les phénomènes fonctionnels, au contraire, deviennent plus intenses; la douleur est très vive et gêne la mastication et la succion.

L'évolulion est rapide; généralement elle se fait en une seule poussée, mais il peut se produire des poussées successives; en deux à trois semaines, souvent même en huit à quinze jours, la guérison est complète, l’ulctration est remplacée par une tache rouge lisse qui disparaît sans laisser de trace.

Formes cliniques. — On décrit : 1° PR Jorme prolongée, qui évolue par: poussées successives et peut durer jusqu’à trois mois, sans présenter de gTravité particulière ; 2° une forme avec éruplion cutanée, rare mais intéressante, où l’éruption frappe non seulement la muqueuse bucco-pharyngée, mais

s'étend aux mains et aux pieds sous formes de vésicules arrondies qui se re-

couvrent de croûles et laissent au bout de cinq à dix jours une cicatrice per-

sistante. On signale même, chez les personnes occupées à la traite des vaches,

une forme exclusivement culanée, où l'éruption se limite aux doigts, aux mains, à la face, au tronc, l'envahissement des muqueuses faisant défaut,

forme exceptionnelle et même douteuse; 3° une forme grave, cohérente et confluente, caractérisée par l'intensité des phénomènes locaux et généraux ;

LES STOMATITES. Fasc. XIII. — 23

éruption buccale d'une extrême richesse, avec de vastes ulcérations polycycliques, par confluence des éléments éruptifs; éruption concomitante du pharynx, de l’æœsophage (spasmes très douloureux), du larynx, de la trachte (aphonie et bronchite), de l'intestin (diarrhée dysentériforme), de la peau (membres, tronc, mains et pieds); fièvre extrêmementélevée(40, 41°), avec état adynamique, vomissements, diarrhée, érythèmes infectieux scarlatiniformes ou purpuriques. Cette forme septicémique guérit généralement malgré sa gravité, mais peut se terminer par la mort; 4 une forme légère, qui évolue sans phénomènes généraux, comme une stomatite aphteuse banale,

Pronostic. — Il est généralement bénin, sauf dans certaines épidémies, ou par passage d'homme à homme, l'infection devient assez virulente pour être mortelle (21 décès sur 170, épidémie de Berlin, 1890).

Chez le nourrisson, l'impossibilité de la succion expose l'enfant à l’inanition, et le prédispose aux infections secondaires graves (broncho-pneumonies, septicémies, etc.); cependant le pronostic, même à cet âge, reste le plus souvent assez bon.

Anatomie pathologique. — La lésion de l’aphte intéresse, non les glandes mucipares (Van Swieten, Bichat, Billard), mais le corps muqueux de Malphigi (Damaschino), dont les cellules se tuméfient, séparées les unes des autres par des cavités remplies de liquide séreux, puis louche; les papilles du derme sont congestionnées et infiltrées de leucocytes ; puis l’épithélium se nécrose et tombe laissant à nu une ulcération qui se recouvre d'une fausse membrane fibrineuse avec des cellules épithéliales en dégénérescence granulo-graisseuse. (Voir l’article Fièvre aphteuse, tome IT, page 327 : Histogénèse de l’Aphte).

Etiologie et pathogénie. — La fièvre aphteuse est une maladie contagieuse et souvent épidémique (petites épidémies de crèche, de pensionnat, de maison, de village).

On admet généralement aujourd’hui qu'elle est identique à La fièvre aphteuse des bovidés, ovidés, caprins et porcins, affection infectieuse, contagieuse, inoculable, évoluant sous formes d’épizooties et caractérisée par de la fièvre et des éruptions phlycténoïdes autour des narines, dans la bouche, aux mamelles, aux pattes.

Elle se communique de l'animal à l’homme soit par contact direct (chez les personnes qui soignent les animaux malades), soit le plus souvent par l’ingestion du lait cru contaminé. Le lait des animaux malades n’est virulent que par mélange avec le liquide des vésicules aphteuses siégeant sur les trayons ; recueilli au moyen de tubes trayeurs ou chez des animaux indemnes de lésions mammaires, il n’est pas nocif (Nocard). La transmission par le lait explique la fréquence particulière de l'affection chez les nourrissons et les jeunes enfants. L'agent pathogène pénètre donc généralement par la cavité buccale, exceptionnellement l’inoculation se fait au niveau d’une ulcération cutanée. Le début par une phase de phénomènes généraux donne à penser

qu'il s’agit d’une infection septicémique passagère se localisant ensuite sur la muqueuse buccale et plus rarement sur les autres muqueuses, la peau et

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