TRAITEMENT
A. — Traitement des formes aiguës. — Le traitement des gastrites aiguës et des accidents aigus au cours des gastrites chroniques ne prête guère à discussion. D'un commun accord, le repos général et le repos de l'organe en constituent les éléments essentiels.
Le malade sera donc mis au lit, même s’il n’a pas de fièvre et si les phénomènes douloureux sont peu marqués.
La diète est nécessaire, absolue si l'affection dure peu. En tout cas diète hydrique ou liquide, en permettant seulement des eaux minérales en petite quantité (eau de Vichy froide ou chaude, eau de Vals, etc.), des infusions (tilleul, camomille, thé), du bouillon de légumes. Tout aliment, même le lait, est inutile.
Si l'affection dure quelques jours, si la faiblesse est marquée, ou si l'on constate une appréhension excessive du malade et de son entourage à prolonger le jeüne,on peut y remédier par des lavements salés ou sucrés, par l'emploi du goutte-à-goutte de Murphy (voir p. 790), ou encore par des injections souscutanées (huile camphrée, sérum artificiel ou sérum glucosé à 40 p. 1.000, etc.).
Quant à la thérapeutique médicamenteuse stomacale, elle doit être abordée avec une extrême prudence.
I est nécessaire tout d’abord de faire une enquête sévère sur tout ce que le malade peut avoir l'habitude d’ingérer en fait de médicaments, et de les supprimer, Alcalins, eau chloroformée, potions à la cocaïne et à la morphine, poudres et boissons réputées digestives, hypnotiques et sédatifs nerveux, valériane, bromure, chloral, etc. : ce sont là souvent les causes directes des accidents aigus, et il convient d'en convaincre le malade.
On doit d'autre part éviter d’y ajouter un surcroît d'irritation de la muqueuse par l'administration de médicaments antiseptiques, de purgatifs trop énergiques et d’antithermiques.
Cependant il peut être nécessaire d'agir autrement que par le repos et la diète hydrique.
Quand l'estomac est manifestement encombré, il convient de Le débarrasser de son contenu. Le plus souvent d’ailleurs, dans l’indigestion, le malade ne manque pas de provoquer lui-même le vomissement qu'il sent nécessaire. Un vomitif peut être indiqué. On peut faire appel également au lavage de l'estomac, pratiqué avec de l’eau bouillie refroidie à 30°,
LE Noir et AGASSE-LAFONT.
D'autre part l'irritation et l'infection gaslro-intestinales, si elles sont à craindre, seront combattues avec succès et sans inconvénient par des poudres inertes, charbon, bismuth, kaolin, ou par la magnésie calcinée.
Si la température est élevée, et si un antithermique paraît utile, on le donnera par la voie rectale, en lavement ou en suppositoire.
B. — Traitement des formes chroniques. — Ce qui, de l'avis de tous, est l'essentiel, ce qui constitue la base la plus solide de la thérapeutique des gastrites chroniques, c’est d'une part un diagnostic exact, qui permet d'éliminer les médications inutiles, et par suite dangereuses ; d'autre part, une hygiène alimentaire bien réglée.
Pas de doute ni de divergence sur ce sujet, et c’est ce qui explique que tels ou tels spécialistes puissent obtenir des résultats sensiblement égaux, en employant par surcroît des médications très différentes.
Faut-il en conclure que les médicaments proprement dits sont inutiles dans la plupart des cas de gastrite, et pourraient sans dommage être laissés le plus souvent de côté? On a pu le soutenir, et avec d’assez bonnes raisons.
Ce qu'il ya de certain, c’est qu'il vaut mieux ne donner aucun médicament dans une gastrite, que donner trop de médicaments. Nous avons vu en effet qu’à côté de la gastrite alimentaire, il existe aussi une gastrile médicamenteuse, gastrite d'autant plus paradoxale qu’elle est provoquée le plus souvent par des médicaments ingérés dans le but de guérir des troubles gastriques, et qui ne font que les aggraver.
Mais par contre, si l’on sait rester dans une juste mesure et les utiliser à bon escient, l'emploi des médicaments est pour ces malades du plus grand profit.
Nous ne citerons d’ailleurs qu'un petit nombre des innombrables médications utilisées. Ce n’est pas à dire que les autres soient inutiles ou nuisibles: C'est simplement parce qu'il vaut mieux étudier peu de médicaments, et les bien connaître. Leur maniement n'’esi pas toujours facile ; il demande une longue expérience : ce sont des instruments de guérison, dont il fawt savoir se servir. ;
1° Dans la gastrite hyperchlorhydrique, il convient de faire appel aux médications aptes à diminuer l'irritabilité gastrique et l’hyperfonctionnement glandulaire. Sans qu'il soit en général nécessaire d'utiliser la belladone ou l'atropine, réservées aux formes graves avec menace d’ulcus, on obtient un résultat favorable au moyen des solutions salines, prises le matin à jeun (voir médicalion dialytique d'Hayem, p. 799) ou du plâtrage par le kaolin ou le bismulh, employés à fortes doses et le matin à jeun, ce qui donne des effets peut-être plus lents, mais plus sûrs (voir p. 791 et 782). Dans les cas légers, il suffit souvent de neutraliser l’excès de suc gastrique par des poudres de saturation prises après le repas ou au moment des douleurs : charbon, magnésie, carbonate de chaux, citrate de soude, etc. (voir Mémento thérapeutique, p. 119). Quant au bicarbonate de soude, il sera prescrit avec prudence, et, de toute façon, ne sera jamais laissé à la discrétion du malade : nous en don-
nons les raisons page 781. Les cures thermales sont également utiles, à la condition d'être bien dirigées.
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2° La dyspepsie par dilatation atonique, souvent accompagnée d’hypochlorhydrie, peut paraître au premier abord justiciable d’une thérapeutique médicamenteuse énergique, en vue d'augmenter la tonicité musculaire et d’exciter ou de suppléer la sécrétion déficiente. En réalité, quand on se lance d'emblée dans cette voie, on obtient moins souvent des succès que des dé- boires. La raison en est que ces malades, comme nous l'avons vu, sont souvent saturés déjà de médicaments, qui ont dépassé le but poursuivi, que leur hypopepsie est due en partie tout au moins à une gastrite médicamenteuse, et que leur estomac, pour retrouver son équilibre physiologique, a besoin de repos. Il est donc prudent de juger d’abord du résultat que l’on peut obtenir par la simple hygiène alimentaire, avec, comme adjuvant, l’un de ces médicaments inoffensifs, charbon, magnésie, craie, etc., de l'emploi desquels on attend parfois une action plus psychique qu'organique.
Par contre, lorsque cette thérapeutique est manifestement insuffisante, l'emploi des solutions salines (voir p. 799), des lavages d'estomac (p. 794), des cures thermales (p. 7182) est indiqué pour réveiller la tonicité et la sécrétion.
Enfin on fera appel, s’il y a lieu, à l’action tonique de la noix vomique ou de la strychnine, et à la thérapeutique de l’hypopepsie que nous allons indiquer. :
3° L’hypopepsie et l'apepsie simples, accompagnées généralement d’évacuation prématurée, sont traitées souvent avec succès par le képhir (p. 193), et les eupeptiques (voir p. 800). Si l'insuffisance de la sécrétion persiste après leur emploi, on fait appel à une médication de suppléance (pepsine, acide chlorhydrique (voir p. 801 et p. 798), et aussi à l’opothérapie gastrique (voir p. 801).
De toute façon, quelle que soit la forme de gastrite et la médication utilisée, il convient d'éviter les formules complexes et l'administration simultanée de trop de médicaments : comme dans toutes les affections chroniques sans danger immédiat, c’est en partant d’une thérapeutique très simple qu'il est le plus facile de juger les résultats et d'obtenir une amélioration progressive, en faisant par étapes les modifications nécessaires.
Le Noir et AGASSE-LAFONT.