B. — TROUBLES NERVEUX SECONDAIRES AUX GASTROPATHIES ; PRIMITIVES
Les gastropathies peuvent provoquer du côté du système nerveux des manifestations morbides fonctionnelles, d'origine toxique ou réflexe. Le coma dyspeptique et la tétanie gastrique en représentent deux types nettement individualisés, et que nous étudierons tout d’abord,
Puis nous passerons en revue un certain nombre de syndromes qui paraïssent pouvoir également se rattacher plus ou moins directement aux gastropathies, tout au moins dans certains cas, verliges, migraines, insomnies, névralgies de localisations diverses.
Nous verrons enfin jusqu’à quel point l’hystérie et les psychoses paraissent pouvoir être tributaires de gastropathies primitives.
Coma dyspeptique ou cancéreux.
Le coma dyspeplique, encore désigné sous le nom de coma cancéreux, est une complication rare des affections graves de l'estomac, et surtout du cancer. Il semble que la sténose en facilite l’éclosion chez les cancéreux, et l'on a même cilé quelques observations de coma dyspeptique par sténose sans CHRCE.
La pathogénie en est très discutée. On a invoqué, soit l'influence de l'inanilion ou de l’anémie, soit une intoxicalion par le suc cancéreux, par les toxines élaborées par les liquides de stase, par les dérivés toxiques dus à la désintégration rapide des albuminoïdes de l'organisme, par l’acétone et les autres agents dé l’intoxication acide.
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Nous pensons que les hépato-néphrites, sur lesquelles l'un de nous a particulièrement attiré l'attention, en montrant leur coexistence fréquente avec l'ulcère et le cancer, entrent pour une part assez large dans l'explication de ce coma.
Précédé par quelques jours de prodromes (agitation ou somnolence), le coma dyspeptique est caractérisé par de la dyspnée (type du coma diabétique ou de Kussmaul, ou type de l’urémie ou de Cheyne-Stokes), de la tachycardie, de l'oligurie.
Il est suivi généralement de mort rapide, en À à 3 jours a Cependant A. Robin et H. Bith ont, dans un cas, obtenu la guérison : il s'agissait de coma au cours d’un ulcus (2).
Tétanie gastrique.
La tétanie gastrique paraît appartenir presque exclusivement aux gastropathies accompagnées de rétention, c'est-à-dire à la sténose du pylore, à l’estomac biloculaire ou aux grandes dilatations avec atonie et stase prolongée. On a pu cependant en constater une forme atténuée et passagère chez des névropathes atteints de troubles gastriques sans rétention. Elle se montre d’ordinaire dans la sténose d'origine ulcéreuse, avec hypersécrétion et hyperchlorhydrie, mais aussi, quoique plus rarement, dans la sténose cancéreuse, avec une sécrétion et une quantité d'acide chlorhydrique diminuées. Elle devient d'ailleurs de plus en plus rare, au fur et à mesure que les interventions pour sténose sont plus fréquentes et plus précoces.
Elle se présente sous trois formes cliniques. Tantôt, et le plus souvent, il y à contracture et immobilisation dans l'extension des extrémités, mains, avant-bras, pieds et jambes, tandis que la face, le cou et le tronc sont indemnes. La contracture est parfois précédée de fourmillements ; elle est très
douloureuse, dure de quelques minutes à quelques heures, et peut se répéter
plusieurs fois dans la journée: Tantôt, avec un début semblable à la forme précédente, la contracture se généralise à la face, au cou et au tronc, et rappelle un accès de tétanos. Tantôt enfin, elle consiste en une attaque épileptiforme, avec convulsions toniques et cloniques généralisées, perte de connaissance, les convulsions étant suivies d’une période de coma,
Les excitations mécaniques peuvent réveiller les crises. Les trois formes se succèdent parfois chez un même malade, Ç
Lorsqu'on ne fait pas au moyen d'intervention chirurgicale disparaître la cause de la rétention gastrique, la tétanie entraîne dans les deux tiers des cas une mort rapide, précédée tantôt de délire avec tachycardie et hyperthermie, tantôt d'accidents cholériformes, avec algidité et collapsus.
L'apparition de cette complication augmente donc de beaucoup la gravité de la sténose. Mais les statistiques anciennes de mortalité (Bouveret, statislique de 1892: 16 mort sur 23) ne sauraient donner une notion exacte à ce sujet,
(1) Cape et Cx. Rouster, Coma dyspeptique et coma cancéreux. Arch. des Mal. de l’ap-
pareil digestif, avril 1913.
(2) A. Rosrx et H. Birm, Coma dyspeptique. Soc. Méd. Hôp. de Paris, 10 juillet 1914.
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car on peut se demander quelle est la part qui revient, soit à la tétanie même, soit à sa cause initiale, la sténose non opérée. Ce n’est qu'en tablant sur des cas plus récents, dans lesquels la sténose aura été traitée chirurgicalement, que l'on pourra connaître le degré de gravité qu'offre actuellement cette complication : une statistique de Jonnesco (1905) donne, sur 11 cas opérés, 8 guérisons.
Sa pathogénie a soulevé de nombreuses hypothèses. Prenant leur point de départ dans le fait que la tétanie est manifestement sous la dépendance d'une sténose du pylore douloureuse, trois groupes de théories ont été émises à son sujet.
Pour les uns il y aurait auto-intoxication par toxines élaborées dans les liquides résiduels (Bouchard, Bouveret et Devicelcn
Pour d'autres, elle serait due, comme les crampes du choléra, à la grande déperdition de liquides, et à la concentration du sang par vomissements ou tubages (Kussmaul, Fleixner, Jonnesco et Grossman, Fleig, etc.). Hayem fait entrer également en jeu la perte de chlorures.
Pour d’autres enfin, elle serait due à un réflexe d’origine gastrique (G. Sée, Muller, A. Robin, etc.).
On a pu d’ailleurs se demander si chacune de ces théories n'avait pas sa part de vérité, et si la rareté de la tétanie ne tiendrait pas à la nécessité de l'association de ces trois causes : déshydration des organes par concentration du sang, qui deviendraient ainsi plus aptes à subir l'influence de toxines nées et résorbées au niveau de l'estomac, les crises se déclenchant, dans un organisme ainsi sensibilisé, sous l'influence d'’excitations réflexes parties de la lésion sténosante (Hautefeuille, G. Durand).
Vertiges, migraine, insomnie, névralgies.
Le vertige gastrique est, depuis Trousseau, considéré comme une des plus
fréquentes variétés de vertiges.
Survenant à jeun, plus rarement après les repas sous forme de crises isolées, ou à l’état permanent, le vertige est un symptôme souvent accusé chez les. sujets qui souffrent de l'estomac.
Ilne semble pas cependant qu'il soit, dans la majeure partie des cas, d’origine à proprement parler stomacale. Suivant l’opinion soutenue par Bouveret, Hayem et Lion, Linossier, etc. il paraît lié à un trouble labyrinthique, mais qui se manifeste exclusivement ou tout au moins s’exagère considérablement. sous une influence gastrique. C'est un vertige auriculo-stomacal (Linossier), justiciable d'une thérapeutique à la fois auriculaire et gastrique.
Un autre symptôme névropathique, attribué également par la plupart des auteurs à la dyspepsie, est la migraine. Avec Bouveret, Sander, nous ne pensons pas que cette assertion soit justifiée. Que, d’une part, la dyspepsie s'accompagne fréquemment de céphalée, de lourdeur de tête, de névralgie à localisation cranienne, susceptibles d'affecter la forme d’une crise migrainoïde, cela est incontestable, Que, d’autre part, un régime sévère Soit capable d'atténuer, d’espacer les migraines, cela est non moins exact. Mais dans Ja
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wuajorité des cas ou bien la migraine vraie est d'origine endocrinienne, comme il est habituel pour les migraines féminines, ou bien elle constitue un accident anaphylactique, comme Pagniez, Vallery-Radot, Nost, etc., l'ont démontré. Combien de migraineux et surtout de migraineuses ont suivi en. vain les régimes Les plus sévères, les traitements antidyspeptiques les mieux établis, et dont les migraines ont disparu seulement quand est arrivé l’âge où les fonctions endocriniennes se sont ralenties.
Les troubles dyspeptiques sont incontestablement responsables d’un certain nombre d'’insomnies. Le fait n’est pas discutable quand le malade est réveillé par les douleurs de l'hyperchlorhydrie. Mais bien souvent le malaise gastrique est moins accentué, et après quelques heures de sommeil le malade se réveille, sans raison bien appréciable; cependant il éprouve une certaine gêne gastrique, et ne peut se rendormir avant plusieurs heures.
Même observation peut être faite pour les cauchemars. Insomnies et cauchemars sont justiciables d’une thérapeutique antidyspeptique, complétée par un traitement antinévropathique.
Le retentissement gastrique sur les nerfs périphériques sous forme de névralgies est connu depuis longtemps. Les nerfs intercostaux sont le plus souvent atteints. Beau, Revillout ont compris les névralgies intercostales parmi les aceidents secondaires de la dyspepsie. L'un de nous, avec Chantemesse, a signalé les névralgies intercostales bilatérales dans la dilatation de l'estomac {voir note, p. 322).
Récemment Lœper a étudié les modifications chimiques du pneumogastrique pendant la digestion, et a montré la diffusion dans ce nerf de la pepsine ou des substances toxiques introduites dans l'estomac.
Head avait antérieurement attiré l'attention sur les irradiations douloureuses thoraciques dans les affections gastriques.
Klippel et Weil ont décrit des polynévrites et un pseudo-tabes polynévritique parmi les complications nerveuses de l’ulcère de l'estomac (1).
Influence des gastropathies sur l’hystérie et les psychoses.
À côté des cas dans lesquels les troubles gastriques des hystériques et des mentaux ne paraissent justifiés par aucune lésion de l'estomac, et par conséquent dépendent directement de la névrose, il en est d’autres qu'accompagne une lésion organique ou un trouble fonctionnel manifeste de cet organe.
Pour ces derniers, on peut se demander non seulement s'ils ne justifient pas à eux seuls l'apparition du syndrome gastrique anormal, mais même s'ils ne jouent pas un rôle dans l’étiologie de la maladie nerveuse.
En réalité, bien que cette théorie ait été soutenue, il ne semble pas qu'une gastropathie primitive, quelles que soient sa gravité, son intensité et sa durée, puisse donner naissance, même exceptionnellement, à l'appari-
(1) Kzrppec et P. Weix, Presse médicale, 25 septembre 1911.
LE Noir et AGASSE-LAFONT.
tion de l’hystérie ou de l'une des formes de l’aliénation mentale. L'étude attentive des faits ne permet pas de considérer cette hypothèse comme vraisemblable, et l'opinion de la presque unanimité des cliniciens concorde actuellement sur ce point.
Mais par contre on voit des hystériques chez qui les crises sont manifestement déclenchées par l'apparition de quelque trouble gastrique (gastralgie, retard d'évacuation, ballonnement aérophagique, etc.), trouble qui, se manifestant sur un terrain prédisposé, provoque un retentissement nerveux autre qu’à l'état normal, à la fois plus intense et différent. De même l'auto-intoxi calion, par fonctionnement gastro-intestinal défectueux, a certainement sa part dans l’aggravation des psychoses, et dans l'apparition des accès de la folie intermittente et de la confusion mentale.
Au point de vue thérapeutique, il en découle la nécessité de ne pas négliger le traitement gastrique pour les malades de ce genre, et l'utilité chez eux soit de calmer et surtout de prévenir les douleurs par un régime et une médication appropriée, soit de faire une cure de désintoxication par la diète, la purgation ou le choix judicieux des aliments.