L. BABONNEIx et H. DARRÉ
même les viscères, en un mot d’une maladie dont la marche rappelle beaucoup celle des fièvres éruptives.
Quant au germe qui cause l'infection, il est mal-connu. On admet généralement depuis les recherches de Lœffler qu'il s’agit d’un virus invisible passant à travers le filtre Berkefeld, mais arrêté par le filtre Chamberland B. On le trouve dans la sérosité des aphtes et dans les liquides contaminés par elle (salive, jetage, lait); ou a pu le constater dans le sang. Le virus est tué par la chaleur à 50° pendant un quart d'heure, à 70° pendant dix minutes; il résiste peu aux antiseptiques, à la dessiccation, à la lumière solaire. Le sérum des animaux atteints contient des anticorps et a une action préventive très nette. Toutes ces recherches ont été faites chez les animaux ; la bactériologie de l'infection humaine reste complètement à faire.
Les arguments qu’on peut invoquer pour admettre l'identité des infections aphleuses animale et humaine sont : l'infection caractéristique de l'homme par le lait d'animaux contaminés (Herwez, Mann, Wilhem, 1844 ; Bercher ; Demme, 1883, etc.); la contamination directe de l'homme ayant touché des animaux infectés (Esser, etc.); la reproduction d’aphtes cutanés chez l'homme par inoculation du liquide des vésicules aptheuses de l’animal (Rayer, 1843).
Récemment, Lebaïlly a essayé sans succès de transmettre aux bovidés la stomatite aptheuse de l'homme; d'autre part, il n'a pu contaminer l’homme avec le sang virulent provenant d'un bovidé. Il en conclut que la maladie humaine est différente de celle des bovidés et que. contrairement à l'opinion classique, celle-ci n’est pas transmissible à l'homme. Pourtant divers expérimentateurs (Schantyr, Bertarelli) ont pu transmettre à l'animal la fièvre aphteuse humaine. De nouvelles recherches sont nécessaires pour élucider cette importante queslion. À notre avis, l’homme peut prendre la fièvre aphteuse des animaux, mais l'organisme humain constitue un terrain peu favorable au virus aphteux animal (Nocard, Leclainche, Cadiot, Galippe; & n’est pas définitivement démontré que la fièvre ORRIVESS de l'homme est toujours identique à celle des bovidés ; il est possible qu'il s'agisse le plus souvent d’une infection particulière à l'homme, contagieuse d'homme à homme, et peutêtre de même nature que la stomatite aphteuse simple, dont nous allons nous occuper maintenant.
STOMATITE APHTEUSE
Symptomatologie. -— Elle évolue le plus souvent sans aucun trouble général; pourtant Rilliet et Barthez signalent quelques prodromes : fièvre légère avec soif vive, troubles digestifs (vomissements, diarrhée).
Le signe. fondamental est l’éruption buccale, absolument identique dans toutes ses phases à celle de la fièvre aphteuse et snr laquelle nous ne reviendrons pas. Elle est généralement discrète ; on compte deux ou trois aphtes, rarement davantage, souvent même chez l'adulte un aphte unique, un peu volumineux. Les sièges d'élection sont la face interne des lèvres, surtout Finférieure, le sillon gingivo-labial, les bords de la langue. L’éruption s’accompagne souvent de gingivite.
Les troubles fonclionnels sont assez marqués ; l’aphte est A
LES STOMATITES. Fasc. XIII. — 95
l'alimentation, trouble la mastication, la déglutition, la succion chez le nourrisson. À |
L'évolulion, extrêmement bénigne en général, ne dure guère plus d’un septénaire, parfois moins (aphles éphémères de Guersant). Dans quelques cas exceptionnels pourtant, l'aphte ouvre la porte à une infection secondaire, qui peut donner de graves complications locales ou générales.
On décrit, à côté de cette forme commune, une forme récidivante, coïncidant ou alternant avec des poussées d’herpès, avec l'acné, l’eczéma, etc., mais s'agit-il vraiment d’aphtes et non d'herpès ?
Étiologie. — La stomatite aphteuse est particulièrement fréquente chez les enfants, mais se voit à tout âge, plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes. Pour l'expliquer, on n’invoque guère que des causes extrèmement banales : causes générales, hérédité neuro-arthritique (Rilliet et Barthez), grossesse, menstruation et surtout troubles digestifs gastro-intestinaux (Jaccoud : ulcérations dyspeptiques de Butlin); causes locales, malpropreté de la bouche, lésions dentaires, abus du tabac et des aliments irritants, abus des noix, et chez le nourrisson malpropreté des tétines du biberon, hochets, etc., fermentation buccale des résidus lactés, poussées dentaires.
La pathogénie en est absolument inconnue.
Rapports avec la fièvre aphteuse.— Les auteurs allemands distinguent la fièvre aphteuse et la stomatite aphteuse banale, même au point de vue anatomique ; la première seule est vésiculeuse, l’autre est une stomatite maculofibrineuse disséminée, constituée par de petites fausses membranes sans vésicules. Ceci n’est pas admis en France,où on les considère comme identiques anatomiquement.
Comby et Leroux n'admettent que la fièvre aphteuse ; pour eux la stomatite aphteuse banale n'est qu’une stomatite herpétique.
La plupart des auteurs pensent qu'elles diffèrent étiologiquement et cliniquement. Mais comment les distinguer et en faire le diagnostic différentiel? Il faut bien reconnaître que les formes légères de la fièvre aphteuse sont cliniquement identiques à la stomatite aphteuse banale. D'après Grenet, lorsque le malade à des troubles digestifs, des lésions dentaires, se nourrit de lait bouilli ou stérilisé, on doit admettre qu'il s’agit de stomatite banale ; si ces causes sont absentes, s’il consomme du lait de vache cru, on est en droit de soupçonner la fièvre aphteuse, mais à condition que l'enquête étiologique démontre l'existence d'une épizootie dans la ferme, d'où provient le lait consommé. Le diagnostic clinique entre les deux affections est le plus souvent impossible. En pratique, on devra le plus souvent se contenter de porter Île diagnostic de stomatite aphteuse bénigne ou grave, sans pouvoir en préciser la nature. Pour notre part, sans nier que dans un certain nombre de cas, on puisse observer chez l’homme la fièvre aphteuse d’origine animale, nous pensons que la très grande majorité des cas d'infection aphteuse observés en clinique, qu'ils revêtent le tableau de la fièvre aphteuse ou de la stomatite aptheuse banale, sont la conséquence d’une méme infection, particulière à l'homme, absolument indépendante de la maladie animale, transmissible par conta-