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IT RÉTENTISSÉMENT À DISTANCE DES MALADIES DE L'ESTOMAC

Nous venons de voir qu’il n’est presque pas de maladie organique ou générale qui ne puisse, soit se traduire à un moment donné par des symptômes gastriques, soit provoquer un syndrome dyspeptique capable d'en imposer pour une äffection stomacale, soit même être l'origine d’une véritable gastropathie.

Inversement, l'estomac peut réagir sur les autres organes, même les plus éloignés, soit par des manifestations isolées, soit par ün ensemble de symptômes reproduisant le tableau d’une maladié orgañique inexistante ou traduisant des altérations réélles.

Tantôt donc l'estomac réçoit des impressions parties d'organes éloïgnés, mais tantôt aussi il influeñce cés mêmés organes. Si l’on rémarque d'autre part qu'organes périphériques et estomac peuvént être malades simultanément et indépendamment les uns des autres, on comprendra en présence de quelle complexité de phénomènes on peut se trouver, et combien il peut être souvent difficile de déméêler l'origine première des symptômes observés. Aussi convient-il d'être prudent avant d'affirmer une relation pathogénique certaine, et est-il aisé d'expliquer les divergences des opinions émises. Cés observations s'appliquent à tous les chapitres de la pathologie, mais il n’en est peut-être pas dans lequel elles soient mieux à leur place que dans celui qui traite des maladies de l'estomac.

Retentissement des maladies de l’estomac sur l’appareil digestif: Il est tout naturel d'attribuer aux gastropathies une influence sur le fonctionnement des autres parties de Fappareil digestif.

La langue, longtemps considérée comme le miroir de l'estomac, ne pourrait, d’après certains auteurs, prétendre à ce titre; mais l'excitation par voie réflexe des glandes salivaires et la sialorrhée s’observent dans les maladies de l'estomac, particulièrement celles à hypersécrétion acide.

Le spasme œsophagien n’est pas rare.

Les réactions intestinales des affections gastriques paraissent également bien établies. La constipation résulte de l’action isolée ou du concours de causes diverses : réduction de la masse alimentaire, spasmes à point de départ gastrique, atonie consécutive à l’inanition, ptoses éoncomitatites, adhérénces par lésions inflammatoires. La constipation et le Spasme éntraînent à leur suite l’entérite muco-membraneuse.

La diarrhée, moins fréquente que la constipation, aecompagie très souvenit l’hypochlorhydrie et peut affecter la forme lientérique. La diminution de Facidité gastrique a pour effet de supprimer la fermeture intermittente du py2 lore, et de favoriser parfois l'élimination hâtive du contenu gastrique ; celui-ci, non digéré, devient pour l'intestin une cause d’irritation, et estexpulsé dans un transit accéléré. L'examen coprologique après régime d'épreuve montre la présence anormale du tissu conjonctif. Mais l'hyperchlorhydrie peut également

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s'accompagner de diarrhée, et en particulier de diarrhée par fermentation des hydrates de carbone, si un régime lacto-farineux à été prescrit trop longtemps et trop exclusivement.

Retentissement des maladies de l'estomac sur le foie. — En dehors du tube digestif, l'influence des gastropathies se fait sentir sur les. différents organes de la cavité abdominale. Les glandes annexes, le foie notamment, sont fréquemment touchés.

Souvent le foie est augmenté de volume, et cette congestion hépatique, d’ailleurs d’allure variable, peut résulter d’un excès de fonctionnement, comme de Faction toxique du contenu intestinal; maïs souvent aussi elle reconnaît la même cause qui à provoqué la gastropathie (alcoolisme, surmenage digestif).

Il n’est pas rare, par contre, d'observer chez les dyspeptiques amaigris et inanitiés une diminution de volume de la glande hépatique : Mathieu etJ.-Ch. Roux ont bien mis en évidence cette influence de l’inanition sur le volume du foie.

Mais l’action de la gastropathie peut être plus profonde. Hanot et Boix ont décrit des cirrhoses dyspeptiques. L'un de nous, avec Ch. Richet fils et À. Jacquelin, a montré la fréquence de l'insuffisance hépatique dans les gastropathies graves, plus particulièrement dans l’ulcère. l

Nous ignorons quelle peut être l'influence des maladies de l'estomac sur le pancréas et sur la rate.

‘Retentissement des maladies gastriques sur le rein et la composition des urines. — L'action des différentes maladies gastriques sur le rein et la composition de l'urine a été étudiée en détails; mais les opinions émises par les auteurs sont loin de concorder.

Ectopie rénale. — Il est incontestable, comme nous l’avons déjà signalé, que l’ectopie rénale coïncide souvent avec Fatonie gastrique.

Bouchard rattachait directement l'abaissement du rein à la dilatation gastrique. Voici l'interprétation qu'il proposait. Sous l'influence de la congestion hépatique si fréquente dans la dilatation (13 fois sur 100), le rein subit une pression de haut en bas qui a tendance à le projeter hors de sa loge. Mais, pour que cette pression puisse s'exercer efficacement, une autre condition est nécessaire : il faut quele foie soit gêné dans son extension, et ne puisse passer au-devant du rein, ce qui est réalisé par la présence du corset chez la femme, du ceinturon ou d’une ceinture chez l'homme. Aïnsi est expliquée la prédominance de l’ectopie rénale chez la femme et chez les militaires.

Cette pathogénie a été combattue par ceux qui font dépendre toutes les ptoses d'un même principe initial, l'atonie des moyens de suspension. Mais elle ne lui est qu'en partie opposée et les deux facteurs peuvent se conjuguer.

L'antagonisme par contre est plus profond entre l'opinion soutenu par Bouchard et la théorie de ceux qui, avec Bartels, font de l'ectopie rénale le point de départ de l’ectasie gastrique.

Néphrites. — Existe-t-il des néphrites d’origine gastrique ?

: Certaines lésions rénales d’étiologie obscure sont peut-être déterminées par

LE Noir et AGASSE-LAFONT,

une altération chronique du fonctionnement digestif. En tout cas une 'altération du parenchyme rénal plus ou moins accentuée nous à paru exister dans certains cas d’ulcère et de cancer gastrique, et se traduire par des signes biologiques en l’absence de symptômes cliniques caractéristiques (4).

Modificalion de la composition des urines dans les dyspepsies. — La composition des urines est fréquemment influencée par les maladies gastriques : diminution globale des matériaux dissous, dans toutes les maladies s’'accompagnant d’inanition (sténose, cancer, anorexie, etc.), oligurie dans les cas de sténose serrée, sont les conséquences de l'obstacle apporté à l'alimentation.

On a décrit (Robin) une phosphaturie digestive, qui s'observe de préférence chez les hyperchlorhydriques, et qui se traduit par l'émission d'urine laiteuse, laissant par le repos un dépôt gris blanc, Il ne s’agit pas réellement de phosphaturi ie, mais seulement de précipitation de phosphates due à l'alcalinité des urines. Elle s'accompagne de légers troubles vésicaux et de gravelle phospbhatique.

L'albuminurie digestive doit être distinguée de l’albuminurie dyspeptique.

La première nous paraît se rattacher à l’albuminurie orthostatique, et constituer avec elle un groupe d’albuminuries intermittentes curables, observées surtout chez les jeunes sujets à la période de croissance (2).

En ce qui concerne l’albuminurie dyspeptique, elle a été signalée par Bouchard dans la dilatation gastrique. Elle serait assez fréquente (20 p: 400) chez les hyperchlorhydriques d’après Robin. Hayem par contre "n’en a noté qu'une proportion beaucoup plus faible sur l'ensemble des dyspeptiques, et elle ne lui semble pas avoir de rapport avec un type gastrique déterminé.

La glycosurie a été observée par différents auteurs chez les gastropathes: Robin a constaté la glycosurie transitoire dans 5,18 p. 100 des cas d'hyperchlorhydrie. Hayem ne la croit pas plus fréquente que l'albuminurie: Toute glycosurie qui apparaît dans le cours de la digestion n’est pas liée nécessaï= rement à un mauvais fonctionnement de l'estomac, mais plutôt à un certain degré d'insuffisance hépatique. Nous avons vu que cette insuffisance. hépatique elle-même peut être d'origine stomacale. Par ce détour la glycosurie est bien elle aussi sous la dépendance de l'affection gastrique. Nous avons signalé la glycosurie spontanée ou provoquée chez les malades opérés de gastroentérostomie, et aussi chez les malades atteints d’ulcère gastrique. Il est pos-

sible que les premiers ne soient glycosuriques que parce qu’ils sont ou‘ont été atteints d’ulcère gastrique (3).

Retentissement des affections gastriques sur l’appareil génital de la femme. — L'amaigrissement, l’atonie de la paroi, consécutifs aux états

(1) P. Le Noir, Cu. Ricuer fils et A. JaAcqueuin, Hépatites et néphrites secondaires à l'ulcère rond de l’estomac. Annales de Médecine, t. IX, n° 4, août 1921.

(2) P. LE Noir, Note sur quelques cas d’albuminurie intermittente. Bulletins et mém. de la Soc. méd. des H6p., 19 juillet 1901.

(3) P. Le Noir, Glycosurie transitoire et épreuve de la glycosurie alimentaire chez les

opérés de gastro-entérostomie pour lésion pylorique ulcéreuse. Soc. méd. des H6p., 15 juil- 1ét11918:

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dyspeptiques prolongés, peuvent favoriser les déplacements utérins. L'aménorrhée permanente ou passagère peut résulter de l’altération générale de l'organisme et de l’anémie symptomatique. On attribue volontiers aux mauvaises digestions une influence sur la leucorrhée. Le rapport inverse nous paraît plus vraisemblable.

Influence des troubles gastriques sur l’appareil circulatoire. — Normalement l'acte digestif s'accompagne de l'accélération des battements du cœur, mais cette accélération est modérée et n’est pas perçue par le sujet. De même certaines modifications vasculaires et vaso-motrices sont en rapport avec les variations de la masse sanguine et de la pression artérielle, dues à la digestion,

Dans les dyspepsies, surtout chez les sujets à tempérament nerveux, ces phénomènes s’accentuent et deviennent l’objet de perceptions plus ou moins douloureuses.

Les troubles cardio-vasculaires des dyspeptiques sont connus depuis longtemps. Potain, après Chesnel, Beau, Lasègue les a minutieusement étudiés. On peut invoquer, pour les expliquer, tantôt une action mécanique, tantôt une influence toxique, tantôt enfin et le plus souvent une action réflexe par l’intermédiaire du pneumogastrique (Potain, François Franck).

La tachycardie est assez fréquente chez les dyspeptiques; les battements du cœur!peuvent être très précipilés et atteindre jusqu'à 120 à 160 pulsations.

Elle peut se présenter sous forme de crises de durée variable, s’accompagnant de dyspnée, d'anxiété, de sueurs froides.

Le ralentissement, l'irrégularité du pouls sont beaucoup plus rares.

Les palpitations, survenant après les repas, sont un des accidents également très fréquents. Elles sont le plus souvent interprétées par les malades comme ‘un symptôme d'affection cardiaque.

Les malades accusent fréquemment aussi des douleurs précordiales, simple irradiation d'une douleur gastrique, ou point douloureux correspondant à une névralgie intercostale, elle-même secondaire à la dyspepsie.

Les accès de gastralgie peuvent se traduire, en outre des douleurs épigastriques, par une sensation angoissante, constrictive, dans la région précordiale, qui rappelle l’angine de poitrine, mais qui diffère de l’angine vraie par la durée de la crise et son caractère névropathique manifeste.

Dans d’autres cas les malades éprouvent, d'ordinaire pendant la période dicestive, de la dyspnée, une sensation de constriction thoracique, exagérées par la marche, l'effort, la montée des escaliers.

L'examen objectif permet de constater l’arythmie, l'abaissement de la pointe du cœur, le retentissement du deuxième bruit pulmonaire, la dilatation de l'oreillette droite, parfois un bruit de galop.

L'écran radioscopique fait voir pendant la crise une augmentation de l'ombre cardiaque.

Ces accidents ont pour origine la dilatation des cavités droites du cœur, dépendant elle-même d’un spasme des capillaires du poumon et d’une élévation de la pression artérielle dans le domaine de l'artère pulmonaire.

Ils sont d'ordinaire passagers, mais à la longue ils peuvent déterminer

Le Noir et AGASSE-LAFONT.

une dilatation permanente du cœurdroit et conduire à l’asystolie. On à même décrit une asystolie aiguë d'origine gastrique (Potain, Hayem) qui paraît se rattacher plus spécialement à l'aérophagie.

Toutes ces réactions sont bien plus manifestes chez les malades déjà porteurs d’une affection cardiaque ou aortique.

Parmi les symptômes vasculaires, mentionnons, outre la rougeur de la face après les repas, le refroidissement des extrémités, les battements aortiques abdominaux déjà signalés parmi les signes de dyspepsie nerveuse.

Le retentissement des affections stomacales sur l’appareil respiratoire peut se faire de deux façons différentes. Tantôt il s’agit de troubles mécaniques réflexes ou toxiques, tantôt c’est du fait de l’altération de l'état général et de la diminution de résistance aux infections qu'une maladie pulmonaire se déclare.

Parmi les accidents du premier ordre, nous avons déjà mentionné la dyspnée accompagnée de troubles cardiaques. On a signalé aussi la présence de râles muqueux aux bases, souvent d'un seul côté et plus particulièrement à gauche. La toux gastrique est un phénomène réflexe de même ordre : elle peut exister chez les tuberculeux, mais elle peutaussi, chez les gastropathes indemnes de lésion pulmonaire, simuler la tuberculose.

Asthme et dyspnée existent souvent en même temps que les troubles gastriques ; mais il existe également un faux asthme dyspeptique, qu'Hayem considère comme le plus souvent secondaire à Faérophagie.

L'inanition, ou tout au moins l'alimentation défecteuse ou insuffisante, la suppression complète et prolongée de la viande nécessitée par le traitement, sont autant de causes qui favorisent l’envahissement du poumon par le bacille tuberculeux. Toute gastropathie grave, tout état dyspeptique prolongé apportant une restriction alimentaire, est susceptible de provoquer, ou de facikiter l’éclosion de la tuberculose pulmonaire. C’est une éventualité qué le médecin ne doït jamais perdre de vue, D'où cette règle qu’un dyspeptique, surtout s'il est jeune, d’hérédité tuberculeuse, ou s’il se trouve dans ün milieu où la contamination tuberculeuse est possible, ne doit pas maigrir, et que tout fléchissement du poids nécessite immédiatement un changement de régime et d'hygiène.

Retentissement de l’estomac sur la peau. — De nombreuses manifestations cutanées ont certainement une origine gastro-intestinale.

Nous avons déjà cité les rougeurs de la face survenant après les repas.

Bouchard invoquait, à côté de l'action réflexe, l’auto-intoxication et l’élimination d'acides gras volalils par la peau pour expliquer l'acné, la furonculose, l'eczéma des sujets atteints de dilatation gastrique.

Jacquet incriminaït la tachyphagie comme facteur de certaines dermites.

L'urticaire par contre semble bien être toujours d’ordrè anaphylactique, donc alimentaire plutôt que dyspeptique.

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