‹ Nouveau traité de médicine (volume 2)Chapitre 22 sur 195 · L. BABONNEIX et H. DARRÉ · texte numérisé non relu

L. BABONNEIX et H. DARRÉ

fondeur, détruisant toute la muqueuse, mais n'envahissant jamais les tissus sous-jacents. Elle est de forme irrégulière, avec des bords tuméfiés et taillés à pic, un fond couvert d’un exsudat gris-noirâtre et sanieux, formé de pus,de sang, de tartre et de débris muqueux nécrosés. Cet exsudat, qui se détache parfois par lambeaux, a souvent été pris pour une fausse mcembrane : mais il n’en a ni la structure, ni les caractères. Il n’est pas formé d'une : couenne fibrineuse ; il se désagrège toujours assez facilement dans l'eau ; on peut aisément le détacher avec un tampon d'ouate. C’est donc à tort que l'affection a été décrite par Rilliet et Barthez sous le nom de stomatite ulcéromembraneuse, comme l’a fait remarquer Bergeron. Débarrassé de.cet exsudat, le fond de l’ulcération apparaît tomenteux, irrégulier, anfractueux, grisâtre, semé de points eçchymotiques, saignant facilement. Tout autour de l’ulcération, pendant qu’elle s'accroît, la muqueuse est congestionnée, rouge et tumé-

fiée ; mais, fait important, on ne constate ni œdème, ni induration, ce qui | distingue la stomatite ulcéreuse du noma.

Un caractère fondamental, d’une haute valeur diagnostique, est l'unilatéralité des ulcérations, qui siègent indifféremment à droite ou à gauche; les formes bilatérales existent, mais sont tout à fait exceptionnelles.

Plus ou moins nombreuses, les ulcérations peuvent occuper les différentes régions de la cavité buccale. Mais elles atteignent avec prédilection les gencives, presque toujours la gencive inférieure où prédomine le tartre chez l'adulte, indifféremment l’une ou l'autre gencive chez l'enfant. Puis elles envahissent très fréquemment par auto-inoculation la face interne des joues. Elles sont plus rares sur la voûte palatine, la face postérieure des lèvres, les bords de la langue. Leur aspect est un peu différent suivant les régions atteintes.

Les ulcérations te débutent par le bord libre, au niveau du collet dentaire des molaires, des canines ou des incisives, se localisent le plus souvent à la face externe, déterminent un abondant dépôt de tartre à leur voisinage, sont couvertes d’un exsudat particulièrement épais et résistant.

Les ulcérations de la face interne des joues (ulcérations pariétales) se déve- . loppent sur une ligne allant de l’espace intermaxillaire à la commissure labiale, au-dessous de l'orifice du canal de Sténon, sont ovalaires à grand axe antéro-postérieur, unique ou multiples, souvent fusionnées deux à deux; l'exsudat est diffluent, formé de sang et de pus, mélangés de salive ; il recouvre des lambeaux de tissu mortifié, d’abord très adhérents, puis se détachant par fragments.

Les ulcérations de la voûte palaline, très superficielles, se continuent en avant avec une ulcération de la face postérieure des gencives.

Les ulcéralions des lèvres s'opposent à celles des gencives, situées exactement en regard et en procédant par auto-inoculation ; elles se fusionnent en fois au niveau du repli gingivo-labial

Les ulcérations de la langue, allongées, linéaires, superficielles, siègent sur les bords, en regard des ulcérations gingivales ou pariétales, qui en sont le point de départ. |

Les ulcérations déterminent toujours une adénopathie sous-maïxillaire, généralement modérée avec des ganglions fermes, un peu douloureux, mo-

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biles, exceptionnellement de la périadénite avec empâtement diffus ; elle régresse lentement après la guérison de la muqueuse.

La fétidité de l'haleine est aussi caractéristique que l'aspect des ulcérations et suffit presque au diagnostic, véritable odeur révélatrice. C’est une odeur écœurante, à la fois aigre et fétide, moins accentuée et moins putride toutefois que celle observée dans le noma.

La salivation est toujours très abondante.

La douleur locale est très vive, exagérée par la pr ession, gênant la phonation et la déglutition, empêchant la mastication, causant une insomnie pénible. Le trismus est exceptionnel, contrairement à ce qu’on observe dans les stomatites d'origine dentaire (Bergeron.

Les symptômes généraux dépendent étroitement des symptômes locaux : anémie, amaigrissement, asthénie, abattement, résultant des douleurs, de l’insomnie, de l'hypo-alimentation ; troubles digestifs (vomissements et surtout diarrhée), par déglutition de produits septiques ; la fièvre est modérée (37°,5 à 38°), exceptionnellement elle atteint 39° ; le pouls peu accéléré.

L'évolution estgénéralement rapide, si la maladie est correctement traitée; en 3 ou 4 jours, les ulcérations sont à leur maximum; elles se détergent ensuite, le fond bourgeonne, et la cicatrisation se fait en 10 à 15 jours, laissant subsister pendant plusieurs mois une tache lisse, rouge, qui pâlit peu à peu. Si elle n'est pas bien traitée, elle se prolonge pendant 2 ou 3 mois, mais finit cependant par guérir. |

On peut observer des rechules, généralement uniques, parfois doubles ou triples, plus bénignes que la première atteinte, dues à la persistance des germes pathogènes virulents dans le tartre dentaire.

Une forme clinique un peu spéciale résulte de la coexistence d'une stomalite et d'une angine ulcéreuses. L'angine précède, accompagne ou suit la stomatite ; elle en a les caractères et la marche ; elle siège du même côté. Considée comme rare par Bergeron, qui l'avait signalée, cette coïncidence s’observe assez fréquemment aujourd'hui : angine et stomatile sont deux localisations d'une même maladie. Exceptionnellement la stomatite peut se compliquer d'une angine de nature différente : angine à fausses membranes streptococcique ou diphtérique.

Complications. — Elles sont exceptionnelles. On peut voir des complications locales : chute des dents, nécrose du rebord alvéolaire dans certaines formes prolongées ; noma, A les sujets débilités, dont la stomatite n'est pas soignée; suppuration des ganglions sous-maxillaires. On a signalé des complications générales, encore plus exceptionnelles : accidents septicémiques plus ou moins graves dues à une infection secondaire streptococcique, à déterminations cutanées (purpura, érythèmes infectieux), séreuses (arthrites, pleurésies), viscérales (broncho-pneumonies, myocardite, néphrite).

Anatomie pathologique. — Comme nous l'avons dit plus haut, c'est une infection nécrosante, mortifiant la muqueuse de la surface à la profondeur, sans envahir le tissu sous-muqueux, ce qui la différencie du noma. La nécrose est due non à la compression des vaisseaux du derme par une sérosité abon-

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