L. BABONNEIx et H. DARRÉ
Étiologie. — On l'observe dans les éempoisonnements aigus, dans les intoxications professionnelles ou médicamenteuses.
1° Dans les empoisonnements aigus, accidentels, solaire ou criminels, en particulier après ingestion de sublimé, mode le plus fréquent, lastomatite | ne manque guère, si les accidents n'ont pas été foudroyants ; mais elle reste au second plan, masquée par les autrès manifestations de l'hydrargyrisme aigu, ou bien est déformée par les lésions dues à l’action caustique du sublimé corrosif ;
20 Dans les intoxications professionnelles, qui s’observent chez les mineurs d’Almaden et d’Istria, les doreurs au mfercure, les étameurs de glaces, les fabricants de fulminate de mercure, les constructeurs de thermomètres et baromètres, les ouvriers coupeurs de poils pour la chapellerie et la fourrure, les fabricants de piles électriques, de fils pour lampes à incandescence, etc..., l'intoxication se fait lentement et d’une manière chronique ; la stomatite est fréquente, de grande importance, àévolution chronique très particulière, associée d'ailleurs aux autres manifestations de l'hydrargyrisme chronique. |
3° Les intoxications médicamenteuses sont la cause la plus commune des stomatites mercurielles. Si, dans quelques formes sévères, chez les sujets particulièrement sensibles, elle s'associe aux autres manifestations plus ou moins graves de l’hydrargyrisme subaigu (troubles intestinaux, rénaux, cutanés), dans les formes habituellement observées, elle constitue pour ‘ainsi dire à elle seule toute la maladie, les autres symptômes toxiques restant absents ou effacés ; elle présente donc un intérêt considérable pour le médecin, véritable accident d'aiarme, qui commande la cessation de la médication mercurielle, mettant ainsi le malade à l'abri d’une intoxication grave, dangereuse pour sa vie. |
L'apparition de la stomatite est commandée par deux facteurs étiologiques : le mode d'administration du mercure et les prédispositions individuelles du sujet traité.
1° Influence du mode d'administration du mercure. — 11 y a lieu de tenir compte à ce point de vue moins de la dose employée, à cause des variations individuelles, et du produit administré (mercure ou ses différents sels) que de la voie d'introduction du mercure. Cependant ces trois éléments, bien que de valeur inégale, ont chacun leur importance.
L'ingestion des préparations mercurielles donne lieu à une stomatite lente à s'établir, partielle, à évolution progressive et peu grave : l'absorption du. mercure se faiten effet très régulièrement à travers les voies digestives. Chez l'individu sain, la dose employée ne doit pas dépasser pour chaque préparation une limite qu'il est bon de rappeler : pour le proto-iodure, 0 gr. 10 par jour chez l’homme, et 0 gr. 075 chez la femme ; pour le sublimé, 0 gr. 03; pour le calomel 0 gr. 02 ; pour le sirop de Gibert, 3 cuillerées à soupe.
Les injections mercurielles exposent à la stomatite d'une facon bien difrérente suivant le produit employé. Les injections de sels solubles (intra-musculaires ou intra-veineuses) donnent rarement des accidents buccaux, moins souvent que l'administration par voie digestive des mêmes produits : l'absorption se fait dans les deux cas avec la même régularité, mais les doses employées en cas d'injections, sont moindres. Il est bon cependant de ne pas
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dépasser pour le benzoate ou le bi-iodure 0 gr. 02 à 0 gr. 06 par jour: pour le cyanure 0 gr. 02.
Au contraire, l'injection de produits insolubles, calomel et surtout huile grise, détermine assez souvent une stomatite à début tardif, toujours rebelle, souvent grave et pouvant se terminer par la mort. Dans la majorité des cas, ces accidents sont imputables à de lourdes fautes thérapeutiques (doses trop élevées ou injections trop fréquemment répétées) ; elles peuvent cependant survenir au cours d'un traitement correctement conduit. En effet, l'absorption en est irrégulière ; ces produits peuvent s’enkyster dans le tissu musculaire ; puis sans cause nette ou sous certaines influences | traumatisme local, ingestion d'iodure de potassium (Brocq), action de certaines cures minérales sulfureuses)], une absorption brutale et massive fait passer dans la circulation une dose énorme de mercure accumulée après toute une série d’injections. Il ne faudrait pas cependant exagérer la fréquence de ces faits, qui restent, somme toute, assez exceptionnels pour ne pas faire renoncer à une médication qui rend souvent les plus grands services.
Les frictions mercurielles sont, de tous les modes d'administration du mercure, celui qui provoque le plus souvent la stomatite (Fournier). Cette stomatite est à début brusque, à invasion rapide, généralisée d'emblée, tenace et grave. parfois maligne. L'absorption ;du mercure est, en effet, éminemment variable, suivant l’état de la peau, plus ou moins irritée, la région frictionnée (la peau du scrotum absorbe très fortement). En pratique, il n’est pas prudent de dépasser 6 grammes par jour chez un adulte.
Plus rarement, la stomatite succède à des cautérisations au nitrate acide de mercure, à des gargarismes au bichlorure, etc...
En dehors du traitement de la syphilis, on peut la voir survenir à la suite d'injection vaginale au sublimé chez les accouchées, à la suite de frictions à l’onguent gris contre la phtiriase pubienne.
2° Influence des prédispositions individuelles. — Elles jouent un rôle considérable et expliquent l'apparition de la stomatite après un traitement très prudemment conduit.
En premier lieu, l’état de la bouche et surtout des dents est capital. Les dents cariées, les chicots, le tartre dentaire, les gingivites banales, l'absence des soins d'hygiène buccale sont des conditions nécessaires au développement de la stomatite mercurielle. Pas de dents, pas de stomatite, comme l’a dit Galippe : c’est ce qu’on observe chez les nourrissons, les vieillards édentés ; chez les mineurs d'Almaden, les accidents buccaux disparaissent dès la chute de la dernière dent.
L'état du rein, du foie, de l'intestin, voies d'élimination normales du mercure, joue certainement un rôle important, leur insuffisance entrainant une élimination vicariante par la salive. L'insuffisance rénale est particulièrement importante (Brasse et Wirth, Galippe), d'autant plus que le rein est souvent lésé soit du fait de la syphilis, soit même du seul fait du traitement mercuriel un peu prolongé. L'insuffisance hépatique (Teissier, Roque et Simeraÿ), les lésions intestinales (Letulle) semblent également entrer en jeu.
Enfin l'état général doit entrer en ligne de compte (Kussmaul) ; toutes les causes de débilitation organiques : infection syphilitique grave, grossesse,