L. BABONNEIx et H. DARRÉ
Symptomatologie. — Depuis la description magistrale de Fournier, on distingue trois formes : légère, moyenne et grave. I. Forme légère localisée. — C’est la stomatile d'alarme (Fournier),
souvent négligée parle malade, que le médecin doit savoir dépister, pour éviter les accidents plus graves, en suspendant le traitement mercuriel. Ces stomatites légères et partielles, rapidement curables, peuvent revêtir quatre types principaux :
1° Décollement rétromolaire. — TI est caractérisé par le déchaussement de la gencive en arrière de: la dernière grosse molaire inférieure, soit à droite, soit à gauche, du côté où la malade dort [(Ricord) (?)]. La gencive forme à ce niveau une petite languette rouge, effilée, mobile, quelquefois ulcérée. Il y a à peine un peu de tension et de gêne.
2° Gingivite périphérique. — C'est une gingivite localisée autour d'une dent cariée ou d’un vieux chicot.
3° Gingivile médiane inférieure. — Ce type, très fréquent et déjà plus in-
tense, intéresse la sertissure des incisives inférieures du côté vestibulaire, la partie linguale restant en général normale. Les gencives sont rouges, boursouflées, avec un liséré purpurique : la pression provoque une vive douleur et fait sourdre une gouttelette de liquide séro-purulent entre la gencive décollée et les dents; rarement la gencive présente des ulcérations verticales à fond jaunâtre (Milian). Les signes fonctionnels sont un peu plus marqués : agacement des dents, gêne de la mastication ; drôle de goût à la bouche (Fournier) ; haleine un peu forte, aigrelette.
% Hémi-stomatite. — L'inflammation unilatérale dont le siège est déterminé par le décubitus à cause de la stagnation des liquides buccaux pendant le sommeil, intéresse les gencives et la joue, qui est souvent légèrement excoriée. Cette stomatite latéralisée détermine une sensation de cuisson ou de brûlure, un,peu de salivation, de la fétidité de l’haleine.
Ces formes, de gravité croissante, sont cependant toutes bénignes, mais passent rapidement, si on les néglige, à la forme généralisée, Désaces plus rebelle au traitement.
Il. Forme moyenne généralisée. — C'est la forme commune, que caractérisent des symptômes physiques, fonctionnels et généraux.
Les signes physiques sont caractérisés par quatre ordres de symptômes (Fournier).
1° On constate une ee intense de la muqueuse buccale, prédominant aux trois foyers d'élection et de début (grosse molaire inférieure, dents cariées, incisives inférieures), mais généralisée aux parties intermédiaires.
Les gencives sont rouge foncé, purpurines, tuméfiées, tendues, avec des érosions et même des ulcérations, notamment au sommet des languettes interdentaires (Cruet), ayant les mêmes caractères que celles de la stomatite ulcéro-membraneuse; elles saignent facilement et sont très douloureuses au palper.
Les dents, déchaussées, sont couvertes d’un enduit limoneux et fétide gris sale jusqu'au tiers ou au quart de leur hauteur.
La face interne des lèvres est rouge et excoriée.
LES STOMATITES. Fasc. XIII. — 47
La muqueuse des joues est tuméfiée, œdémateuse, ulcérée, prenant l’empreinte des dents.
La langue, qui se mobilise difficilement, est augmentée de volume, œdématiée; la face dorsale est couverte d’ un enduit neigeux (Fournier); sur les bords s’impriment les dents.
Les lésions s'arrêtent brusquement au niveau des piliers et du voile; le mercure respecte l’arrière-bouche (Fournier).
2° Il existe une adénopathie sous-matwillaire, souvent très marquée. Les glandes sous-maxillaires, et même parfois les parotides sont gonflées et douloureuses et l'aspect de la face peut rappeler celui des oreillons (Fournier).
3° L’haleine prend une fétidité extrême, si intenseet si particulière qu’elle impose de, loin le diagnostic (odeur révélatrice de Fournier).
4° La salivation est un des signes les plus importants à cause de son extrême abondance. La quantité rendue en 24 heures atteint un litre et plus; épaisse, blanchâtre, filante, elle s'écoule sans cesse, même pendant le sommeil,
Les symptômes fonctionnels sont très pénibles. Il existe des douleurs souvent vives, même au repos, mais surtout à l'occasion des mouvements, gênant la parole, empêchant la mastication et rendant même parfois difficile l’ingestion des liquides. Les douleurs s’exagèrent au moindre contact et provoquent souvent un certain degré de trismus, quand on cherche à ouvrir la bouche.
Les symptômes généraux sont la conséquence de ces troubles fonctionnels . et aussi de l’intoxication mercuriellé. L’anorexie, l’insomnie déterminent vite .de l’anémie, de l’amaigrissement, de l’asthénie, et un état nerveux avec agitation ou prostration. L’albuminurie est fréquente, La fièvre fait généralement défaut. |
Bien traitée, cette forme guérit en 2 ou 3 semaines.
III. Forme intense généralisée. — Beaucoup plus rare aujourd'hui qu'autrefois, elle ne s’observe guère qu'à la suite des injections d'huile grise mal réglées. Elle présente la même symptomatologie que la précédente, mais exagérée, vue à la loupe (Fournier).
Les ulcérations sont multiples et profondes, RE devenir gangrenèuses ; la langue, énorme, pend hors de la bouche et souvent se sphacèle par larges lambeaux ; l’haleine est horriblement fétide, vraiment gangreneuse; la salivation, considérable, atteint 3 à 4 litres en 24 heures.
Les douleurs sont intenses, et toutes les fonctions buccales impossibles.
L'état général est grave, les malades ont le teint pâle, plombé, sont plongés dans un état d’adynamie profonde, maigrissent à vue d’œil, présentent de la diarrhée profuse, de la fièvre, atteints d’une véritable cachexie aiguë.
Malgré la gravité du tableau clinique, la guérison se produit pourtant le plus souvent, mais après 3 ou 4 mois de maladie, et une longue convalescence; fréquemment les gencives restent boursouflées et ramollies, et un certain nombre de dents tombent.
IV. Forme grave. Stomatite historique de Fournier. — Fréquente autrefois, lorsqu'on cherchait systématiquement à provoquer une salivation abondante par un traitement intensif et prolongé, elle est absolument exceptionnelle aujourd'hui et ne s’observe guère qu'après des injections d'huile grise faites par erreur à dose massive ou trop rapprochées.