L. BABONNEIX ét H, DARRÉ
Stomatite des cirrhoses hépatiquès
Elle s’observe surtout dans la cirrhose atrophique de Laennec. La langue est rouge vif, lisse, unie, luisante, ainsi d’ailleurs que toute la muqueuse buccale ; la gingivite est habituelle, les gencives au niveau de leur bord libre sont fongueuses, ulcérées superficiellement et grisätres, saignant facilement; les hémorragies gingivales sont fréquentes et abondantes, et parfois même, dans des cas exceptionnels, ont pu déterminer la mort.
La valeur pronostique de la stomatite est grande dans la cirrhose; quand
elle est très marquée, elle indique en général une insuffisance hépatique irrémédiable.
Stomatite des dyspepsies.
Elles sont très communes, s’observent surtout dans des, dyspepsies du gros intestin (constipation chronique, côlites). Ce sont habituellement des stomatites catarrhales érythémateuses, et très fréquemment aussi des stomatites aphteuses. Les stomatites ulcéreuses ne se voient que dans les côlites graves
aiguës ou chroniques ; elles sont de pronostic sévère, ouvrant souvent la porte à des infections secondaires. à
Stomatite cataméniale et gravidique.
Certaines femmes font, à chaque époque menstruelle, une poussée de stomatite catarrhale, disparaissant en quelques jours ; parfois elle se complique d'arthrite alvéolo-dentaire; exceptionnellement la stomatite devient exsudative.
Pendant la grossesse, surtout à partir du troisième mois et pendant la lactation :1 n'est pas rare d'observer des poussées répétées de stomatite érythémateuse, se localisant surtout au bord libre des gencives où se voit un liséré rouge vif ; elles peuvent exceptionnellement devenir ulcéreuses, mais assez fréquemment elles se compliquent d’arthrites alvéolo-dentaires.
Stomatite scorbutique.
La stomatite est un des signes les plus constants, les plus précoces, les plus caractéristiques du scorbut, maladie par carence, sinon par avitaminose.
Elle s'observe dans le scorbut infantile comme dans le scorbut de l'adulte, et dans l’un et l'autre cas, sauf exceptions rares, elle manque chez les sujets qui n’ont pas encore ou qui n'ont plus de dents; chez l’adulte, elle est d’autant plus intense que les altérations préalables bucco-dentaires sont plus accentuées. | ea
Sur la muqueuse buccale, remarquablement pâle du fait de Fanémie générale, apparaissent des taches purpuriques au niveau des gencives, du voile, des piliers ; puis la gingivite se constitue, caractérisée d’abord par la congestion, l’œdème dur, le saignement au plus léger traumatisme, les ulcérations
LES STOMATITES. Fasc. XIII. — 53
du bord libre, rappelant celles de la stomatite ulcéro-membraneuse; puis, si la lésion progresse, les gencives prennent un aspect violacé et livide, se ramollissent, deviennent fongueuses, formant des bourgeons charnus qui se groupent en deux bourrelets rouge-violacés bordant le collet des dents et pouvant parfois les recouvrir; enfin ces bourrelets s’ulcèrent, donnant lieu à des hémorragies et à une suppuration fétide.
L'infection gagne l'articulation alvéolo-dentaire, les dents s ‘ébranient < et tombent; parfois même, les maxillaires, mis à nu, se nécrosent. L'haleine est horriblement fétide, la salivation souvent abondante. Les ganglions sousmaxillaires sont tuméfiés. Les douleurs sont extrêmement vives et empêchent toute alimentation. Des complications locales ou générales, plus ou moins graves, sobservent fréquemment (voir Généralités).
Aujourd’hui, on n'observe plus guère ces formes graves et mutilantes, si
souvent mortelles autrefois ; sous l’mfluence du traitement (absorption de végétaux frais, jus de-citron, d'oranges, pommes de terre), on voit, en même temps que l’état général s'améliore vite, les lésions buccales rétrocéder lentement ; les fongosités disparaissent et la bouche redevient normale. Le diagnostic est facile, en raison des conditions étiologiques, des earac- tères de la stomatile {fongosités, ecchymoses, hémorragies), des signes concomitants (anémie, purpura, hémorragies intra-musculaires, douleurs ostéoarticulaires, etc.).
Au point de vue anatomique,on constate une couche superficielle nécrosée, une couche profonde formée par la muqueuse extrêmement congestionnée, œdématiée, avec une riche infiltration de leucocytes mono et polynucléaires,
La pathogénie est celle de toutes les stomatites toxiques : l'intoxication diminue la vitalité des tissus; les dents cariées, les chicots, les dents en éruption servent de porte d'entrée aux microbes de la bouche, qui réalisent une véritable stomatite infectieuse, dont les caractères particuliers s’expliquent par les modifications du sang, des organes hématopoiétiques, etc... propres au scorbut.
Le traitement local doit être associé au traitement général, dont l'importance est capitale ; il ne présente rien de spécial (lavages, collutoires, etc.) ; les interventions (ablation des racines, détartrage)ne doivent être faites qu’en cas de nécessité, car elles exposent à des hémorragies souvent graves.
Accidents de la dentition.
Au cours de la première et de la seconde dentition, peuvent survenir des manifestations pathologiques locales ou générales, liées directement à l'évo lution dentaire, et dont nous devons donner un rapide aperçu général.
Ces accidents sont d’origine infectieuse et dus le plus souvent à l'infection primilive de la cavité péricoronaire (Gapdepont), avec propagation secondaire aux tissus voisins. |
Pendant le travail de la première dentition, ces accidents ne sont pas rares et s’observent surtout du 6° au 8° mois au moment de la sortie des incisives médianes, et du 16° au 20° mois au moment de l’éruption des canines.
On constate d’abord une rougeur et une tuméfaction des gencives, dont le