L. BABONNEIX et H. DARRÉ
D4 AFFECTIONS DE LA BOUCHE. j
bord est devenu plus large et plus plat. Bientôt, au point où doivent se montrer les dents, le tissu gingival se soulève, présentant une teinte opaline, puis bleuâtre et presque ecchymotique; parfois même, une érosion superficielle occupe son bord libre; la palpation est extrêmement douloureuse. L'enfant est agité, dort mal, pousse des cris parfois incessants, refuse le sein, car la succion est devenue douloureuse; on observe des poussées vaso-dilatatrices au niveau des joues (feux de dents) et souvent un léger mouvement fébrile (gingivite dentaire). Souvent l'infection envahit toute la muqueuse buccale et provoque une salivation abondante, mais sans fétidité de l’haleine (stomatite dentaire). Ces accidents ne présentent pas de gravité, cessent avec l'éruption. dentaire; leur durée, variable suivant que la gencive oppose plus ou moins de résistance à la sortie des dents, varie de quelques jours à quelques semainés. Les infections locales plus graves (ostéopériostile ou ostéomyélite du maxillaire, adénites ou adéno-phlegmons sous-maxilldires) sont très rares.
Pendant des siècles, les médecins ont vu dans l’évolution dentaire la source de la plupart des maladies du nourrisson. Aujourd'hui, par une de ces réactions si fréquentes en histoire médicale, on refuse aux inflammations d'origine dentaire tout rôle pathogène. IL n’est pas douteux, cependant, que l'inflammation catarrhale de la bouche, consécutive à l’éruption des premières dents, ne puisse être l'origine de quelques complications; l'infection, partie de la bouche, peut envahir les segments sous-jacents du tube digestif et plus rarement de l'appareil respiratoire. Ainsi peuvent prendre naissance des pharyngites qui sont l’origine de ces toux quinteuses de dentition, des gasti'o-entérites légères ou graves se traduisant par des vomissements et de la diarrhée et plus rarement des laryngites, des bronchiles, voire même des broncho-pneumonies; ces infections digestives ou respiratoires peuvent déterminer des réactions méningées, expliquant les convulsions qui accompagnent exception: nellement la poussée dentaire. Ces complications sont rares, généralement bénignes. Elles suffisent cependant à justifier les mesures prophylactiques qui s'imposent chez tous les nourrissons pendant l’évolution de la première dentition : le lavage de la bouche après chaque tétée (tampon d'ouate imbibé d'eau bicarbonatée\ fait partie des soins journaliers à donner aux jeunes. bébés. Contre les accidents locaux, on emploiera les préparations calmantes (sirops de dentition, solution cocaïnée ou stovaïnée à 1 p. 100, en application locale), les antiseptiques faibles (eau oxygénée à 1 p. 100); l’incision de la gencive, souvent préconisée autrefois, n’est indiquée qu'exceptionnellement, en cas de collection liquide sous-gingivale. Une sévère hygiène digestive pré-. viendra les complications gastro-intestinales, les plus communes. |
Au cours de la seconde dentition, qui s'effectue de 6 à 14 ans, les infections buccales sont rares ; car, d’une part, sous l'influence de la mastication, la cavité péricoronaire s'ouvre plus rapidement, et ensuite la péricoronarite est plus rare; d'autre part, il s'agit d'enfants plus résistants, dont les moyens de défense vis-à-vis des germes pathogènes sont infiniment plus efficaces que ceux des nourrissons. Cependant, l’éruption des premières (6 à 7 ans) et: deuxièmes grosses molaires (12 à 13 ans) détermine parfois des accidents rappelant ceux des dents temporaires. De plus, les stomalites ulcéro-membraneuses surviennent souvent à l’occasion d’une poussée dentaire.
LES STOMATITES. Fasc. XIII. — 55
C'est surtout au cours de l'évolution de la troisième grosse molaire ou dent de sagesse, chez l'adolescent ou chez l’adulte, qu’on observera des accidents infectieux parfois graves. Nous n'avons pas à décrire ici les accidents nom breux, qu'elle peut.déterminer, et qui sont étudiés dans les ouvrages de chirurgie; qu'il nous suffise de mentionner les ulcérations buccales, les douleurs névralgiques de la face et du cou, les périostites alvéolo-dentaires, les ostéo: périostites des mâchoires, les adénites et les adéno-phlegmons sous-maxillaires, les septicémies buccales, le trismus passager ou la constriction permanente des mâchoires. Presque tous ces accidents sont justiciables du traitement chirurgical.
Localisations buccales des dermatoses.
Au point de vue embryologique, l’épithélium buccal est d'origine ectodermique ; aussi, la muqueuse buccale et la peau peuvent-elles réagir d’une manière à peu près analogue à certaines causes pathogènes. Nous avons déjà étudié les stomatites de l'impétigo et de l'herpès. Mais beaucoup d’autres dermatoses peuvent intéresser la muqueuse buccale : parmi les plus importantes, citons: l'urticaire et les æœdèmes aigus circonscrits (maladie de Quincke), les pemphiqus (pemphigus aigu fébrile, pemphigus chronique, dermatite polymorphe douloureuse de Brocq), l’hydroa, le lichen plan de Wilson, l’érythème polymorphe (surtout les formes vésiculeuses et bulleuses), le purpura, l'érythème scarlatiniforme récidivant, l'eczéma, le psoriasis, la sclérodermie, le xanthelasma, la porokératose, l'acanthosis nigricans, la dermatite exfoliatrice, les papillomes, etc. Le médecin doit bien connaître ces localisations buccales des dermatoses, que nous ne pouvons que signaler ici, faute de place, et pour l'étude desquelles nous renvoyons aux traités de dermatologie.
Zona buccal.
Dans la très grande majorité des cas, le zona buccal n’est qu'une manifestation du zona du trijumeau (nerf maxillaire supérieur et inférieur). Il se traduit par l'éruption caractéristique (groupes de vésicules d'herpés, faisant rapidement place à des ulcérations microcycliques généralement superficielles), occupant une moitié de la bouche, siégeant sur la langue, les joues et surtout les gencives au voisinage des dents; tout autour des plaques, la muqueuse est congestionnée et généralement insensible. Exceptionnellement, chez les débilités, les diabétiques, les ulcérations gagnent en profondeur, et peuvent déterminer des complications ostéo-périostées avec déchaussement et ébranlement des dents. En même temps que les lésions buccales, on constate l'éruption cutanée caractéristique et les douleurs névralgiques.
Dans des cas très rares, le zona se limite à la muqueuse buccale ; citons notamment le zona de la langue, caractérisé par une hémiglossite avec gonflement inflammatoire et douloureux accompagné de vive rougeur, et formation de groupes de vésicules vite ulcérées. L'unilatéralité, l'intensité des douleurs {névralgie linguale), l'évolution cyclique permettront de le distingucr de la stomatite herpétique.