‹ Nouveau traité de médicine (volume 2)Chapitre 37 sur 195 · L. BABONNEIX et H. DARRÉ · texte numérisé non relu

L. BABONNEIX et H. DARRÉ

hasard chez des sujets bien portants, ni surtout avec les plaques fauchées des syphilitiques. |

Le traitemeht consiste à soigner la cause (dyspepsie, arthritisme, goutte), à faire nettoyer la bouche par un stomatologiste, à éviter toute cause d'irritation (tabac, alcool). On prescrira des bains locaux émollients (guimauve, orge, pavot, graine de lin), alcalins (borate, bicarbonate de soude) ; on n'emploiera les topiques qu'avec une extrême prudence, et on n'aura recours aux ablutions cocaïnées qu’en cas de nécessité absolue.

Langue noire pileuse.

Depuis Rayer et Bertrand de Saint-Germain, et surtout Gubler et Maurice Raynaud, on décrit sous le nom de langue noire une affection, assez rare, caractérisée par la coloration foncée de l'épiderme du dos de la langue et par une hypertrophie considérable avec hyperkératose des papilles filiformes.

Symptomatologie. — Ne déterminant aucun trouble fonctionnel, l’affection est reconnue par hasard, soit par le médecin, soit par le malade.

Sur Le dos de la langue, un peu en avant du V lingual, apparaît une fache noire qui s'élend peu à peu avec lenteur, rarement assez vite, de manière à occuper la plus grande partie ou même la totalité de la face dorsale de la langue. La coloration noire, maxima au centre, va en décroissant vers la périphérie. Parfois, la teinte est progressivement jaune foncé, marron, brunûtre, enfin noire.

Toutes les parties atteintes sont hérissées de fins /ilaments couchés dans le sens postéro-antérieur, comme des épis de blé sur un champ ravagé par l'orage (M. Raynaud) ; ce sont les papilles filiformes dont le revêtement épithélial est considérablement hypertrophié et qui peuvent avoir jusqu’à 1 centimètre de longueur. Quand on les écarte les unes des autres, on voit qu'elles sont surtout colorées à leur partie terminale, la base d'implantation étant souvent à peine jaunâtre.

Dans des cas exceptionnels, la coloration noire fait défaut; les poils papillaires sont d'un blanc mat; c'est la langue pileuse blanche (Bénard).

Après quelques semaines de durée, la tache noire se rétrécitgraduellement de la périphérie au centre et disparaît en même temps que la langue desquame. Elle reparaît en général au bout de quelques jours et parcourt de nouveau le même cycle évolutif. Avec ces alternatives, l'affection se prolonge quelques semaines, généralement quelques mois, parfois de longues années (jusqu’à vingt ans). R

Étiologie. —- Elle frappe les deux sexes, mais surtout dans la vieillésse. On l’observe chez des sujets bien portants, mais elle est plus commune chez les dyspeptiques, les diabétiques, les débilités, les cachectiques et, d’ ee Vollmer, souvent chez les syphilitiques.

Anatomie pathologique.—1Ils’agit d'hypertrophie des papilles filiformes, intéressant peu le chorion, portant essentiellement sur le revêtement épithé-

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lial qui subit un processus de kératinisation (présence d’éléidine dans les cellules superficielles du corps muqueux de Malpighy, nombreuses cellules cornées sans noyaux constituant essentiellement le poil papillaire).

Pathogénie. — Deux théories ont encore leurs partisans :

1° Théorie trophique (Gubler, Féréol); il s'agirait d’une dystrophie locale, soit portant seulement sur l’épithélium papillaire (Féréol), soit sur l'axe papillaire chorial et secondairement par hypernutrition sur le revêtement épithélial (Gombault, Surmont). La coloration noire serait due au noiïrcissement par vieillissement des cellules hyperkératinisées (Brossin) ;

2° Théorie parasitaire (M. Raynaud), la plus communément admise aujourd'hui. Lucet, Roger et Weil ont isolé et cultivé une levure, le Cryptococcus linguæ pilosæ ; Guégen, Thaon ont montré qu’il existe en outre en symbiose avec ce germe, un champignon, l’Oospora lingualis. C’est à cette symbiose qu'il faut rapporter la cause de la langue noire. Toutefois l’inocu- * lation n’a pas permis de la reproduire.

Certains auteurs ont décrit, à côté de la langue noire parasitaire, une langue noire médicamenteuse due à l'emploi local prolongé de l’eau oxygénée (Bizard, Giraudeau).

Diagnostic. — Il doit être fait avec les imprégnations par les colorants artificiels, l’argyrie, l’état fuligineux des pyrexies, la mélanoglossie des addisionniens et congénitale; dans tous ces cas, il manque l'hypertrophie papillaire.

Traitement. — On doit prescrire une hygiène bucco-dentaire sévère, des lavages fréquents de bouche avec les solutions alcalines, des attouchements avec une solution alcoolique d'acide salicylique à 1 p. 10 ou 1 p. 20, de teinture d'iode ou de liqueur de Gram (Lucet).

Glossite exfoliatrice mar$ginée.

La glossite exfoliatrice marginée (Fournier et Lemonnier), langue géographique (Bergeron), desquamation marginée aberrante de la langue (Brocq) est caractérisée par une desquamation de la muqueuse linguale qui se fait suivant des plaques aberrantes, nettement limitées du côté où elles s'étendent par un bourrelet blanc, incurvé, géographique, à convexité le plus souvent externe (Brocq). |

Symptomatologie. — Elle débute soit à la pointe, soit sur les bords par une tache blanche arrondie, très légèrement saillante, qui s'agrandit rapidedement par une partie de sa circonférence, tandis que l’autre disparaît.

. À sa période d'état, elle se caractérise par des plaques desquamées, ovales, à grand axe longitudinal, rouge vif, limitées du côté où elles s'étendent par une bordure festonnée blanc mat, presque argentée,

La plaque rouge, auniveau de laquelle la couche supérieure de l'épithélium a disparu, présente une surface lisse, luisante, brillante; les papilles fili-

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