L. BABoNNEIx et H. DARRÉ
formes y font défaut, tandis que les fongiformes y font saillie. Get état est surtout prononcé à côté du bourrelet -périphérique d'extension ; au fur et à mesure qu'on s’en éloigne la rougeur et la desquamation s’atténuent progressivement et insensiblement jusqu’à la muqueuse saine.
La bordure périphérique d'extension, parfois circulaire ou ovalaire, plus souvent incomplète et arciforme, très fréquemment festonnée soit par accollement de deux ou plusieurs plaques voisines, soit par extension capricieuse d’une même plaque, est constituée par un liséré blanc-argenté, blanc-jaunâtre, ou jaunâtre, large de 4 à 2 millimètres, à limite externe convexe très nette, à limite interne concave, tournée vers la plaque dépapillée, moins régulière. Elle paraît présenter à la vue un relief très net, qui, en réalité, est à peine appréciable au toucher. Elle est constituée d’une série de petits éléments blanchâtres, ‘arrondis, semblables à des papilles dont l’épithélium serait hypertrophié, rangés les uns à côté des autres, extrêmement adhérents et quil est presque impossible d'enlever par le raclage.
Un des caractères essentiels de ces plaques est: leur développement 3 aberrant ; elles subissent des déformations journalières, la convexité du bourrelet ayant tendance à se porter vers la ligne médiane et la partie postérieure de la langue, tandis que la concavité est dirigée vers les bords ou Ja pointe.
. Parfois on voit se former sur la surface d’une plaque un deuxième, puis un troisième liséré concentrique au premier, distants les uns des autres de 5 à 15 millimètres ; d'où une disposition en cocarde très particulière.
Les plaques occupent le dos de la langue et très rarement atteignent sa face inférieure. On note parfois une seule plaque, généralement plusieurs, qui tantôt commencent par un côté de la langue, peuvent y rester limitées ou vagner ensuite l'autre côté, tantôt au contraire débutent simultanément où successivement des deux côtés. |
Les plaques finissent par s’éteindre, les unes après avoir à peine évolué, les autres après avoir parcouru presque toute l'étendue de la muqueuse : le bourrelet cesse de progresser, s’efface peu à peu, tandis que la rougeur de la partie desquamée pâlit graduellement; la muqueuse reprend son aspect normal. |
Les signes fonctionnels sont nuls ou très légers : sensibilité légère aux contacts irritants, démangeaisons, exagération de la sensibilité gustative. ”
On a décrit plusieurs types cliniques : 1° le type classique géographique de Bergeron, à bordure nette, où la langue est parsemée de figures polycycliques en cartes de géographie ; 2 le {ype de Mibelli, où la bordure ést à peine appréciable, le contour des plaques restant net; 3° le type diffus de Guinon, dans lequel il existe au centre de la langue une seule plaque sans bourrelet et sans limites nettes.
La maladie évolue par poussées durant chacune 10 ou 15 jours, et davantage. Elle se prolonge pendant des mois et des années. Elle disparaît au cours des maladies infectieuses (Guinon) pour reparaître ensuite. Chez l'enfant, elle guérit fréquemment vers l’âge de 5 ou 6 ans. Sinon, elle persiste jusqu’à l'âge adulte. Le pronostic est toujours d'une extrême bénignité.
s AFFECTIONS DE LA LANGUE. Fasc. XIII. — 61
Anatomie pathologique. — Guinon a montré qu’il n’y à pas d’altération du derme muqueux, mais seulement une desquamation incomplète de l’épithélium, dont une mince couche persiste au sommet des papilles. Dans le bourrelet, on trouve de nombreuses cellules .épithéliales normales à côté de quelques cellules déformées et granuleuses.
Étiologie, — Elle s'observe surtout dans la première enfance, de 6 mois à 3 ans, mais n’est pas absolument rare chez l'adulte.
Elle frappe surtout les débilités : enfants dyspeptiques. rachitiques, syphilitiques ; adultes dyspeptiques, alcooliques, syphilitiques, eczémateux, herpétiques, nerveux, etc.
L'hérédité a été invoquée. Elle se développe souvent sur les langues scrotales.
Pathogénie. — Parrot en faisait une lésion syphilitique (syphilis desquamative de la langue), Fournier une affection parasyphilitique, opinion abandonnée depuis Sevestre, Guinon, Comby. Besnier la considérait comme un eczéma lingual circiné, analogue à l'eczéma séborrhéique de la peau (eczéma en aires ou marginé desquamatif de la langue), Unna une trophonévrose, - comparable à la pelade, opinions non admises actuellement. L'évolution de l'affection tend à faire admettre sa nature parasitaire, soutenue par Gübler, défendue par Guinon et Comby, qui admettent l'infection par la tétine des enfants nourris au biberon, car elle ne se voit pas chez les enfants au sein; mais le parasite reste inconnu.
Diagnostic. — Il est facile de la distinguer des glossites scléreuses superficielles, de la leucoplasie, du lichen plan, de la langue scrotale. Le diagnostic est difficile dans certaines formes, avec les syphilides linguales, surtout les plaques lisses ou fauchées, qui sont plus fixes, non aberrantes, sans bourrelet périphérique, et s'accompagnent d’autres signes de syphilis.
Traitement. — Il faut soigner l’état général, qui paraît jouer un rôle important dans la persistance des lésions et prescrire une hygiène buccodentaire sévère. On prescrira des lotions alcalines ou émollientes, et, dans les formes invétérées, des pulvérisations sulfureuses (Unna), l'usage de l’eau de Saint-Christau, et même des cautérisations à l’acide salicylique, la solution iodo-iodurée de Gram, le bleu de méthylène à 1! p. 100 ou 1 p.50. Mais dans la plupart des cas, les traitements proposés restent sans action.
Leucoplasie buccale.
Définition. — La leucoplasie buccale estune inflammation chronique de la muqueuse buccale, caractérisée par le développement de plaques blanches à évolution très lente, presque toujours d'origine syphilitique, et se compliquant très souvent d'épithéliome.
Entrevue par Alibert, Rayer, Samuel Plumbe, qui la dénommaient 1chtyose linguale, elle a été bien décrite par Bazin, puis Debove et Mauriac sous le