‹ Nouveau traité de médicine (volume 2)Chapitre 39 sur 195 · L. BABoNNEIx et H. DARRÉ · texte numérisé non relu

L. BABoNNEIx et H. DARRÉ

nom de psoriasis buccal, puis par Devergie sous le terme de plaques blanches épithéliales de la bouche, et par Besnier et Doyon sous l'appellation de leucokératose buccale. Merklen, Vidal, puis Leloir l'ont désignée sous le nom de leucoplasie buccale, le plus communément employé aujourd'hui,

Symptomatologie. — L’affection se localise sur les parties latérales de la face dorsale de la langue, cette face dorsale tout entière, les bords de langue, beaucoup plus rarement sa face inférieure; elle est très commune à la face interne des joues, au niveau de l’interligne dentaire, surtout au: voisinage des commissures, à la face interne des lèvres; elle atteint plus rarement les gencives, la voûte palatine, très rarement le pharynx:

Nous décrirons d’abord la leucoplasie linguale, la plus importante; sinon Ja plus commune. :

La leucoplasie débute par un stade érythémateux, rarement observé d'ailleurs, sous forme de petites macules rouges, lisses ou parsemées de fines granulations dues à la tuméfaction des papilles fongiformes. Bientôt, les taches deviennent opalines, laissant encore voir par transparence la rougeur de la muqueuse, puis s’épaississant, s’opacifient, déviennent blanc grisâtre, puis blanc d'argent. En même temps elles s'étendent et se fusionnentret l'affection arrive à la période d'état.

Dans la forme vulgaire ou commune, il existe une ou plusieurs plaques occupant la face dorsale de la langue depuis le V lingual jusqu'au tiers antérieur. Les plaques sont plus ou moins étendues, de forme variable (flots, arrondis, ovalaires ou polygonaux, ou traïnées), leurs bords sont assez nets, parfois abrupts; elles sont tantôt de niveau avec les parties voisines, tantôt et plus souvent nettement surélevées, tantôt, surtout quand elies sontanciennes; légèrement déprimées, par suite de la rétraction de la muqueuse :sousjacenteenflammée ; leurcouleurestblancnacré; leur surface semble dépapillée, la couche épithéliale nacrée ayant en quelque sorte noyé les papilles, d'abord lisse et unie ; leur consistance est ferme et résistante, puis indurée, par suite de la sclérose de la muqueuse sous-jacente.

Bientôt elles se compliquent de sillons et de fissures, dès qu'elles ont d'assez grandes dimensions. Les sillons sont des plis surtout antéro-postérieurs, entrecroisés par d’autres plis transversaux, qui donnent à la surface de la plaque un aspect polygonal de mosaïque ; on les fait disparaître en tendant la plaque. Les Jissures se forment au fond de ces sillous, mais il s’agit d'une véritable complication nullement constante, que nous étudierons plus loin. s1r}#tQ

Les plaques desquament partiellement, tantôt d’une manière insensible}: tantôt sous forme de petites lamelles opalines plus ou moins épaisses, que le malade rejette de temps en temps (desquamation en copeau de Fournier): 1

À côté de cette forme vulgaire, on décrit une forme légère, car aétérisée: par de petites plaques disséminées, une forme accentue, où la face dorsale tout entière est recouverte d’une cuirasse blanche, tantôt mince et'assez souple, tantôt épaisse, inextensible et craquelte. } |

Le reste de la langue présente une muqueuse épaissie, rouge sur les bords et la face inférieure, grisâtre sur la face dorsale par hypertrophie du revête-

AFFECTIONS DE LA LANGUE. Fasc. XTII.

ment épithélial des papilles; les veines sont variqueuses, turgescentes et violacées.

Telle est la forme typique de la leucoplasie, qui peut présenter des aspects un peu différents. Dans la forme papillomateuse ou hyperlrophique de Vidal, les plaques, très épaisses, sont hérissées de saillies irrégulières, dures, cornées, séparées par des sillons ; ce sont les papilles hypertrophiétes recouvertes d'épithélium corné; cette forme doit être distinguée des plaques en voie de transformation épithéliomateuse.

Dans la forme fruste ou allénuée de Bénard, le début est insidieux, caractérisé par un aspect décoloré grisâtre avec accentuation des sillons normaux de la langue et légère hypertrophie des papilles (période préparatoire de Bénard, préleucokératosique de Besnier). Puis la leucoplasie apparaît au fond des sillons séparant les papilles hypertrophites et décolorées avec un aspect blanc nacré caractéristique. La marche est extrêmement lente.

Les troubles fonctionnels sont souvent peu marqués : sensation de sécheresse, parfois de cuisson et d’élancement, perte de souplesse de la langue, ce qui gène un peu la parole et la mastication. Le goût est conservé, parfois un peu amoindri. Au fur et à mesure que l'affection progresse, les troubles fonctionnels augmentent, mais ne deviennent vraiment intenses qu’en cas de complications par des érosions et des fissures (douleurs intenses provoquées

et spontanées, salivation abondante, etc.).

| Au niveau de la face interne des joues, la leucoplasie forme assez souvent des plaques symétriques, triangulaires à sommet postérieur, connues sous le nom de plaques commissuraires, plaques blanches des fumeurs, le plus souvent lisses, opalines, parfois aussi de surface un peu irrégulière, comme granuleuse, d’un blanc d'argent ou même nacré.

Au niveau des lèvres et des gencives, elle apparaît sous forme de traiînées, d’ailleurs plus rarement observées.

L’évolution peut se faire suivant deux types, tantôt d'une façon lente et insensible, tantôt et plus souvent par poussées subaiquës, plus ou moins espacées ; au moment des poussées, on voit, en certains points, la muqueuse rouge, tuméfiée, douloureuse, dépapillée, parfois excoriée, avec sur le fond rouge quelques taches leucoplasiques à peine marquées.

Bien traitée, elle peut guérir dans les cas les plus légers, soit sans laisser de traces, soit avec une cicatrice superficielle; mais presque toujours elle persiste sans progresser, le malade restant exposé à une nouvelle poussée, s’il cesse le traitement hygiénique. Pendant la période d'extension, les plaques seraient entourées d’un liséré hyperémique, qui disparaît quand elles cessent d'évoluer (Schwimmer), fait d'ailleurs inconstant.

Non traitée ou insuftisamment traitée, la leucoplasie continue à progresser lentement ou par poussées, et tôt ou tard présente les complications quenous allons étudier.

Complications. — Les plus communes sont les Jissures, les uicéralions et les déformations qui en sont la conséquence. Les /issures se produisent au fond des sillons et se voient en tendant la langue, ce qui fait bâiller leurs lèvres ; incessamment irritées par les aliments, elles s'enflamment, causant

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