L. BABONNEIx et H. DARRÉ
suivant, dû à M. Roger, montre le peu de fonds qu'il faut faire sur lui. Sur sérum, le bacille de Lüffler se développe plus rapidement que le tétragène. Sur gélose, les résultats sont exactement opposés. Pour un même cas,
suivant le milieu choisi, vous pourrez donc dire : angine à bacille de Lüffler
ou angine à tétragènes.
La bactériologie est-elle plus utile au pronostic ? Pas toujours. En effet, 1° dans les angines diphtériques, la végétabilité des colonies sur sérum ne renseigne en aucune façon sur la virulence des germes (Roger); 2° malgré lés nombreux travaux qui leur ont été consacrés, nous ne savons à peu près rien de la valeur pronostique qu’il convient d’attacher à telle ou telle association microbienne, et l’on peut voir une même association : Lôffler-coli, par exemple, considérée par les uns comme très grave, par les autres, comme dépourvue de toute signification fâcheuse.
Ces réserves faites, abordons la classification des angines aiguës d'après la nature des germes qui les produisent. Avec M. Pilod, nous en distinguerons quatre grandes variétés.
I. Angines à microcoques. — Uc sont les plus fréquentes. Elles peuvent être dues :
49 À des diplocoques. Le plus important est le coccus Brisou, lequel cause une angine pseudo-membraneuse qui ne se différencie de l’angine diphtérique*que par son extrème bénignité et sa tendance aux récidives. Dans l’exsudat, on trouve des cocci très petits, arrondis, prenant le Gram, troublant le bouillon, se développant bien sur gélose, ne liquéfiant pas la gélatine. Sur sérum, les colonies ressemblent beaucoup à celles du bacille de Lôffler ; elles se développent aussi vite, mais sont moins blanches, plus larges, plus humides, et, surtout, elles se dépriment à
leur centre. MM. Bellile et Guimezanes ont étudié une angine due à un coceus voi
sin, que l’on retrouve dans le sang et dans les viscères des animaux inoculés ;
29 Au streplocoque. Les angines à streptocoques peuvent être pultacées, phlegmoneuses, pseudo-membraneuses, etc. Primitives ou secondaires, habituellement bénignes, elles ont été attribuées au streptocoque de l’érysipèle ; au streptocoque des angines scarlatineuses ; à un streptocoque spécial. Le streptocoque isolé de l’ex-
sudat possède une certaine virulence : en l’inoculant au lapin, on peut enteffet…
suivant le siège de l’inoculation, reproduire soit l’érysipèle de l'oreille, soit des fausses membranes localisées à la gorge et à la trachée (Boulloche). Le Strepto coccus viridans serait souvent en cause (Tedesca) dans les déterminations articuaires liées aux angines.
Sur sérum il donne, en 2%-heures, dés colonies grisâtres, petites, poussiéreuses (Dieulafoy). Son association au bacille de Lôffler conférerait à l’angine une gràvité spéciale. Pour M. Marfan, ces formes malignes, attribuées jadis à une streptodiphtérie, relèvent, en réalité, du seul bacille diphtérique ;
3° Au staphylocoque. Parfois, au cours d’une infection staphylococcique dutahée &
ou muqueuse, on voit survenir une angine pseudo-membraneuse sans caractères eliniques bien nets, de pronostic bénin et qui est due au staphylocoque doré, que quefois au staphylocoque blanc ;
4° Au télragène. Ce germe, hôte normal de la bouche, produit une angine tai tôt érythémato-pullacée, tantôt, et plus souvent, diphtéro-pultacée. Il pousse len-
tement sur sérum, plus vite sur gélose, en colonies visqueuses. Son action patho-
gène sur la souris est considérable ; o° Au pneumocoque. L’angine à pneumocoques évolue comme toute affection:
LES ANGINES AIGUES. Fasc. XIII. — 81
pneumococcique. Dans l’exsudat de l'angine herpétique, on trouve souvent le pneumocoque dont le rôle est manifestement secondaire. Depuis longtemps, d’ailleurs, a été signalée l'alternance des angines herpétiques et de la pneumonie.
IT. Angines à bacilles. — Elles peuvent être dues :
1° Au bacille de Lôffler ;
2° Au bacille de Koch ;
30 Au bacille de Friedländer (Max Stoos, Nicolle et Hébert). Les angines à bacille de Friedländer sont le plus souvent chroniques, quelquefois aiguës. Ces dernières ne possèdent pas de caractères propres, leurs symptômes fonctionnels sons peu accusés : parfois, cependant, la douleur est très intense. Quant à leurs signes physiques, ils consistent en une éruption discrète de « points blancs » sur la muqueuse des amygdales, légèrement congestionnée. En une semaine, la maladie est guérie. Par ensemencement sur sérum ou sur gélose, on obtient, en 24 heures, des colonies arrondies, volumineuses, visqueuses, contenant le pneumo-bacille à l’état pur ;
4 Au coli-bacille (Lemierre), seul ou associé à des germes divers dans les angines dé la scarlatine, de la syphilis ; au streptocoque, dans un cas d’abcès pharyngé (Widal) ; au bacille diphtérique. Les angines dues au coli seul sont rares ; elles évoluent avec une certaine lenteur. Pour les angines dues à une association du coli avec d’autres germes, le pronostic varie suivant une foule de circonstances ct ne peut encore être fixé ;
5° Au bacille typhique. Il peut exister seul (Bendrix et Bickel) ou, plus souvent, s'associer au staphylocoque (Blum). On peut voir, en dehors de la fièvre typhoïde, des angines à bacille d'Eberth ;
6° À des bacilles spéciaux : bacille de Nicolas, voisin du pneumo-bacille ; bacille étudié par Boussenot ; mégatérium (Vincent, Thiry). Les angines à mégatérium se caractérisent par un exsudat peu adhérent ; les phénomènes généraux sont réduits au minimum.
IIT. Angines à spirilles. — Ce sont :
4° l’angine ulcéro-membraneuse (V. p.104);
20 L’angine à tréponèmes (V. p. 93). On décrit une amygdalite aiguë syphilitique, due peut-être à une infection secondaire (Benoist).
IV. Angines mycosiques. — Nous ne faisons que les signaler ici, réservant un chapitre spécial aux infections mycosiques de la cavité buceo-pharyngée.
Avant de quitter ce chapitre, remarquons encore : 1° qu’il y a des angines à parasiles inconnus, comme celles qui marquent parfois le début de la paralysie infantile et comme l’angine de l'herpès ; 2 que certaines angines sont dues à des microbes spécialisés, c’est-à-dire ayant, par leurs conditions antérieures de vie, acquis une affinité spéciale pour les amygdales. Frühlich, s'étant piqué au cours d'une autopsie pratiquée sur un sujet mort d’angine, ne contracta-t-il pas lui-même une angine ?
Pathogénie. — Dans l'immense majorité des cas, les angines relèvent d’une infection. Comment se produit celle-ci ? A ce sujet, deux théories.
A. Les microbes qui la causent viennent de l'exlérieur. — A l’état normal, la cavité bucco-pharyngée contient un grand nombre de germes : pneumo, staphylostreptocoques, cocci, coli-bacilles, tétragènes, etc., qui y vivent d'une vie saprophytique, l'amygdale étant suffisamment protégée par l'intégrité de sa muqueuse (Gamaleia) et par son phagocytisme physiologique (Metchnikoff). Sous certaines in-