L. BABONNEIx et H. DARRÉ
fluences, leur virulence augmente brusquement, tandis que la défense de l’organisme faiblit. Ils peuvent alors envahir lamygdale. Suivant la profondeur à laquelle ils pénètrent, diverses éventualités (Veillon) : 4° ils s’arrètent à la muqueuse qui se congestionne et desquame (angines érythémaleuse et pullacée) ; 2 dépassant la muqueuse, ils vont se loger dans le chorion, provoquant la formation d’un exsudat fibrineux, qui emprisonne de nombreux leucocyles (angine pseudo-membraneuse) ; 3° gagnant encore en profondeur, ils déterminent, suivant les cas, des angines ulcéreuses ou gangréneuses ; 4° ils arrivent aux follicules, qu’ils font suppurer (angine phlegmoneuse). D'ailleurs, ils ne restent pas toujours cantonnés aux amygdales : le courant lymphatique les entraîne souvent jusqu'aux ganglions correspondants, d’où ils peuvent, si la résistance du ganglion est insuffisante, passer dans la grande circulation. Pour franchir ces trois étapes, l'infection bucco-pharyngée a dû forcer deux barrières : amygdalienne et ganglionnaire.
En faveur de cette théorie, on fait valoir que nombre d'infections (charbon, diphtérie, érysipèle, morve, oreillons, rhumatisme articulaire aigu, scarlatine, syphilis, tuberculose) peuvent avoir leur point de départ dans l’arrièrc-gorge. Mais on lui a adressé trois objections : 1° dans les conditions normales, il n’ést pas prouvé que la muqueuse amygdalienne soit capable d’absorber les microbes que l'on dépose à sa surface (Lexer); 2° jamais on n’a pu reproduire expérimentalement l'angine en partant de la voie pharyngée ; 2 sur les coupes, les germes sont situés, non pas à l’intérieur, mais autour de l’amygdale. De ces trois objections, seule, la
- dernière est à retenir. On peut, en effet, répondre à la première que, dans lés conditions pathologiques, le pouvoir absorbant de l’amygdale est peut-être modifié ; à la seconde, que les expérimentateurs ne sont jamais parvenus à réaliser une ancine, quelle que soit la technique employée.
B. Les microbes viennent de l’intérieur. Ils sont éliminés par l’amygdale, qu'ils lèsent au passage.
Cette seconde théorie consiste à admettre que les microbes ne viennent pas de la cavité bucco-pharyngée, mais d’une région plus ou moins éloignée de l'organisme. Mais comment, partis de là, arrivent-ils aux amygdales ? A ce sujet, deux hypothèses :
1° Ils empruntent la voie sanguine. Lorsqu'on injecte, en effet, des corps étrangers dans la circulation générale, ils ne tardent pas à être éliminés par l’amygdale. Toutefois, cette élimination est très inconstante (Gorke). D'ailleurs si l’infection débute par une phase septicémique pour finir par une angine, comment se fait-il qu’en c'inique, celle-ci précède toujours celle-là ?
20 Ils suivent la voie lymphatique. L’angine succède souvent à des infections de voisinage? D'autre part, lorsqu'on injecte de l'encre de Chine dans la pituitaire, on voit les grains de charbon pénétrer dans les espaces lymphatiques périvasculaires et arriver ainsi jusqu’à l’amygdale, qu’ils traversent pour tomber finalement dans la cavité pharyngée (Henke). Mais l’exode des granulations injectées dans la pituitaire ne se fait-il que par lamygdale ? Rien ne le prouve.
Après avoir exposé les faits, il ne resterait plus qu’à conclure. Malheureusément, à l'heure actuelle, impossible de se prononcer (Gouget). D'ailleurs, les deux théories ne s’opposent pas autant qu’on pourrait le croire. Elles s'accordent sur la constance, au cours de l’angine, de manifestations liées à la septicémie : arthropathies, fièvre, délerminations viscérales multiples. C’est l'étude de ces accidents septicémiques qui a permis de considérer l’angine comme une affection, non locale, mais générale. Cette conception de l’angine affection générale, de la fièvre amy gdalienne est aujourd’hui classique. Formulée, pour la première fois par Lasègue (1868), elle a été développée par Bouchard et Kannenberg (1880-1881) et vulgarisée, en France, par Landouzy. |
LES ANGINES AIGUÉS. Fasc. XIII. — 83
Il. — Symptomatologie et évolution générales.
Nous étudierons successivement : 4° les symptômes locaux ; 2° les phénomènes généraux et les complications ; 3° l'évolution des angines.
Symptômes locaux. Ils sont eux-mêmes de deux ordres.
Physiques, ils consistent en une série de modifications appréciables surtout à la vue, et que présentent les amygdales maïs aussi, quoique à un moindre degré, les régions voisines : piliers, voile du palais, paroi postérieure du pharynx.
Fonctionnels, ce sont les douleurs et la dysphagie, souvent aussi, les modifications de la voix, parfois la dyspnée. M. Vincent a attiré l'attention sur une névralgie qui occupe le territoire du nerf occipital, et qu'expliquent des relations anatomiques (d'ailleurs inconstantes) entre les nerfs sensitifs du pharynx et le grand nerf occipital d’'Arnold. La paralysie du voile est exceptionnelle en dehors de la diphtérie.
De l’amÿgdale, les processus inflammatoires peuvent s'étendre aux organes voisins. De ces complications locales, les plus importantes sont les laryngites, les otiles, les sinusites et, enfin, les adénopathies qui, occupant les ganglions angulo-maxillaires, peuvent revêtir trois formes : adénite simple, se terminant en quelques jours par résolution; adénite compliquée de périadénite, surtout fréquente dans la diphtérie, et donnant au cou l'aspect proconsulairé ; adéno-phlegmon (Milsonneau) survenant parfois vers le cinquième jour d'une angine simple, non suppurée, et situé, soit au-dessous du sternomastoïdien, soit dans la région sous-maxillaire.
Phénomènes généraux et complications. — Nous avons déjà eu l'occasion de mentionner l'existence, au cours des angines, d'accidents généraux, nettement liés, pour la plupart, à la septicémie. Les plus importants sont :
1° Les Arthropathies. Souvent, au déclin d'une amygdalite aiguë, se développent des arthropathies de type variable.
a) Dans l'immense majorité des cas, elles sont multiples, se déplacent avec facilité, S'accompagnent de fièvre et de sueurs abondantes, parfois d’endopéricardite. C’est dire qu'elles sont identiques à celles du rhumatisme articulaire aigu ;
b) Dans quelques cas, elles affectent d’autres formes : arthralgie pure; hydarthrose ; périarthrite avec synovite ; arthrite suppurée ; ou bien encore elles aboutissent à l’ankylose.
Sur l'existence, sur la fréquence même de ces arthropathies, aucune discussion. L'accord cesse quand il s’agit de les interpréter (1).
Pour les uns, le germe encore inconnu du rhumatisme articulaire aigu pénètre
(1) Pour éviter des répétitions, nous réunissons dans un même chapitre tout ce qui a trait aux rapports du rhumalisme avecles angines, qu’elles soient aiguës ou chroniques. Même observation pour la néphrite.