L. BABoONNEIx et H. DARRÉ
dans l’économie par l’amygdale pour aller, de là, se fixer sur les diverses séreuses. L’angine qui marque le début de la maladie est donc spécifique. Cliniquement: elle se présente comme une angine érythémateuse ou érythémato-pultacée (de Saint-Germain et Auclair).
Les autres voient, au contraire, dans les Rite consécutives aux angines amygdaliennes, la conséquence d'infections pharyngées banales (focal infection des Américains), non spécifiques ; à l’appui de cette séduisante théorie, trois ordres d'arguments : a) Le rhumatisme succède souvent à une angine ou à une rhino-pha ryngite ; il éclate parfois consécutivement à l’ablation des amygdales (Brockaert), des végétations adénoïdes, de polypes nasaux (Kronenberg, Senator); b) Les angines des rhumatisants recèlent ordinairement de petites collections purulentes; c) Les amygdalectomies partielles cantonnées aux portions qui sont le siège des cryptes où se trouve le pus, suffisent souvent à prévenir ou même à guérir le rhumatisme arti- ‘culaire aigu (Casselberry, Gurich, Meyer, Schichhold).
2° Déterminations viscérales. — d) Circulatoires. Cardiaques, elles con sistent en endopéricardites, particulièrement fréquentes dans les formes oraves, typhoïdes (Frankel, Furbringer). Dans quelques cas exceptionnels, on a vu une arlérile aiguë succéder à une angine nécrotique (Gocbel), une phlébute, à une angine phlegmoneuse. Moins rare est l’inflammation des veines de la région : linguale, pharyngienne, jugulaire. Quant à la fièvre, impossible d'en donner une description d'ensemble, à moins de recourir à des tableaux comme l'a fait M. Roger.
Digestives, elles peuvent soit accompagner l’angine, soit la suivre. Au premier groupe, appartiennent les phénomènes décrits par les auteurs sous le nom d'embarras gastrique : langue limoneuse, haleine saburrale, anorexie; ou d'état bilieux : langue jaunâtre, décoloration ou surcoloration des selles, subictère des conjonctives. Le second est constitué par l’appendicite et l’entérite.
On a, depuis longtemps, noté le développement, à la suite d'’angines, surtout grippales, d'appendicites, habituellement bénignes, quelquefois aussi ulcéreuses ou nécrotiques, et reproduites expérimentalement par Tedesco. Pour expliquer ces faits, on suppose que certains gérmes ayant acquis, par leurs conditions antérieures d'existence, une sorte d'’affinité pour le tissu lymphatique, se cantonnent, dès leur entrée dans l'organisme, aux amygdales, puis passent dans le sang, et, finalement, se fixent sur l’appendice, dont les paroiïs sont, comme on sait, riches en follicules clos.
L'entéro-côlite s'observe de préférence chez ceux dont l'appareil digestif est sensibilisé par une affection antérieure (Hutinel). Consécutivement à l’angine, apparaissent, en effet, des réactions côliques : selles glaireuses, spasme du gros intestin, douleurs de ventre. La cholécystite aiguë a été signalée.
Des manifestations respiratoires, les unes (laryngite, trachéite) sont dues à une simple propagation ; les autres, congestions pulmonaires, pneumonies, broncho-pneumonies, pleurésies purulentes, peuvent avec d'autant plus de vraisemblance être rattachées à une infection sanguine qu'elles précèdent parfois l’angine.
Passons aux complications génito-urinaires. Ce sont, par ordre d’importance: 1° la néphrite; 2° l’orchite et l’ovarite.
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__ Deux sortes de néphrile : aiguë et chronique. La première se caractérise habituellement par la présence passagère, dans les urines, d’une petite quantilé d'albumine et, surtout, par des hématuries (Castaigne). La fréquence de cette complication varie avec les années, les épidémies, l’âge (elle offre une prédilection marquée pour les enfants) et, aussi, avec les formes cliniques de l'angine : presque habituelle dans l'angine phlegmoneuse, fréquente dans les angines pseudo-membraneuses, elle serait plus rare dans les angines non diphtériques que dans les autres (Roger). Quelquefois à l'albuminurie se joignent des douleurs lombaires, des œdèmes, de l’anurie.
Quant à la néphrite chronique, elle peut succéder, non seulement à des angines palatines aiguës, mais encore et surtout à des inflammations chroniques du naso-pharynx : végétations adénoïdes, hypertrophie des amygdales, et même à l'amygdalite linguale. Très insidieuse, elle ne se traduit longtemps que par de l'albuminurie (néphrite albumineuse simple de J. Castaigne), et ce n'est qu'au bout de plusieurs années que sa symptomatologie se complète (Eppinger). À son sujet, nous n'avons qu’à répéter ce que nous avons dit des arthropathies, à savoir que la lésion causale peut être peu apparente, et qu'il faut user d'artifices pour la mettre en évidence (Curschmann); qu’elle n'est améliorée que par un traitement local (Bourgeois et Castaigne). Elle peut aussi revêtir le type de la néphrite par rétention, hydropigène ou urémigène (J. Castaigne).
L'orchite et l’ovarite (Verneuil, Joal), surviennent chez des jeunes gens, vers le cinquième ou le sixième jour. La premiére est plutôt une épidymite qu'une orchite; elle s'accompagne d'un épanchement assez considérable dans la vaginale. La seconde survient à l'approche d’une période menstruelle. L'une et l’autre comportent un pronostic favorable.
Des complications nerveuses, nous ne retiendrons que : 1° les paralysies, spéciales à la diphtérie; 2° la chorée, d’ailleurs exceptionnelle ; 3° quelques cas de méningite et d'abcès cérébraux.
3° Les éruptions cutanées (Sallard, le Gendre et Claisse) observées au cours ou à la suite des angines sont de deux types :
Les unes, urticariennes, purpuriques, noueuses, n offrent que peu d'intérêt.
Les autres sont scarlatiniformes etse voient surtout dans les angines diphtériques (G. Sée, Hutinel et Mussy, Marfan, Detot, Robert). On les a attribuées au sérum, mais, d'une part, elles ne se voient jamais chez des sujets sains, injéctés préventivement; d'autre part, le sang des malades qui en sontatteints ne contient pas de précipitines (Marfan); à la scarlatine : ce sont des scarlatines modifiées par la diphtérie ou par le sérum (scarlatinoïdes métadiphtériques de Marfan); à la diphtérie (Roque et Lévy); à une infection secondaire (Mussy). Elles surviennent vers le dixième jour et compliquent de préférence les formes sévères. Leur diagnostic est toujours malaisé. Souvent, il faut attendre avant de se prononcer. Si la langue ne se dépouille pas, si la desquamation manque, on dira plutôt érythème scarlatiniforme que scarlatine vraie (Roger).
Évolution générale. — Les angines aiguës peuvent évoluer de diverses façons : |
lo Elles se terminent par quérison complète et définitive, Ce mode de terminaison est peut-être le plus rare, les amygdales lésées restant le plus souvent sensibilisées pour une infection ultérieure.
20 Elles se terminent par la mort. Celle-ci peut être due à une complication locale : adéno-phlegmon, œdème de la glotte, ulcération d’un gros vaisseau ou à l'intensité de l'infection générale. La mort est surtout le fait des angines gangréneuses, où elle est presque fatale, des angines diphtériques, et des angines appartenant au syndrome malin de la scarlatine.
3e Elles récidivent un grand nombre de fois. Cette évolution, si caractéristique, est le propre, surtout, des angines érythémato-pultacées et des angines phlegmoneuses. La récidive est souvent favorisée par la menstrualion (angines cataméniales). D'autres fois, les angines se reproduisent à date fixe, Ces angines périodiques sont la conséquence de troubles digestifs, liés au mauvais fonctionnement de l'intestin ou du foie (Hutinel). On les a parfois considérées comme des manifestations prédiabétiques (Lesage), Après un certain nombre de récidives, l’angine aiguë aboutit, chez les prédisposés, à l'hypertrophie des amygdales. Rappelons enfin que cette infection connue sous le nom de fièvre ganglionnaire débute souvent par une phase d’angine aiguë.
4° La seplicémie lient sous sa dépendance la plupart des complications précédentes, et succède à des amygdalites n'ayant pas occasionné de réactiou ganglionnaire, tandis que celles qui s'accompagnent d'adénopathies restent généralement locales (Hajek).
Il. — Thérapeutique générale.
Les moyens thérapeutiques dont nous disposons en cas d’angine sont de deux ordres : médical ou chirurgical, |
Médicaux, ils peuvent être eux-mêmes préventifs ou curatifs.
Préventifs, ce sont les soins de la bouche et de la gorge, chez les prédisposés; la prescription d’un régime alimentaire strict en cas d’angine à répétition. | |
Curatifs, ce sont tantôt des médications spécifiques : sérothérapie antidiphtérique, vaccinothérapie, à l'étude, traitement mercuriel ; tantôt des médications symptomaliques, par lesquelles on se propose d'agir, soit sur les acci-dents locaux, soit sur les phénomènes généraux.
Les premières utilisent surtout les antiseptiques en grands lavages ou en gargarismes: eau oxygénée (une cuillerée à dessert pour un verre d’eau bouillice), salicylate de soude {un gramme pour un verre d’eau bouillie chaude, ou une cuillerée pour un litre); borate de soude à saturation ; liqueur de Labarraque (50 grammes pour un litre), phénosalyl (quelques gouttes dans un verre). Les douleurs sont calmées par les compresses chaudes très fréquemment renouvelées, les gargarismes à l’eau de pavots, la cocaïne. Souvent aussi, on recourt aux applications locales, soit sous forme de collutoires : tel le classique collutoire au borate de soude et au miel rosat; soit sous forme d'insufflalions ; à l’alun, bien démodé aujourd'hui, on préfère le salvarsan ou
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le néo-salvarsan; soit sous forme de solutions que l’on va porter, avec un pinceau, à l'endroit voulu. N'oubliez pas non plus de faire de l’antisepsie du cavum en instillant dans les narines de l'huile goménolée, camphrée, etc.
Pour lutter contre les manifestations-d'ordre septicémique, on s'adressera : à l’aspirine (qui, de plus, exerce une influence sédative sur les douleurs locales), à la quinine, aux stimulants diffusibles ; alcool, café, acétate d’ammoniaque ;aux médicaments colloïdaux : collargol, électrargol. L'opothérapie surrénale doit être prescrite toutes les fois que la tension artérielle faiblit ; elle est particulièrement indiquée dans les angines diphtériques (Netter, Sergent) et dans les angines malignes de la scarlatine (Hutinel).
Pour modifier l’état constitutionnel et agir en même temps sur l’élément infectieux, on recourra en dehors des poussées aiguës, aux cures thermales : eaux arsenicales ou sulfureuses fortes.
Quant aux méthodes chirurgicales, elles ont leur raison d’être dans deux circonstances : a) en pleine période d’état,en cas d'angine phlegmoneuse, par exemple; b) plus tard, lorsqu'on peut espérer, par un traitement chirurgical approprié, prévenir le retour des angines. Au spécialiste de décider quel genre d'intervention convient le mieux dans un cas donné. Maïs ce que tout médecin doitsavoir, c’est qu'il ne faut, Sous aucun prétexte, enlever Les amyqdales en période aiguë. Ne pas attendre que tous les phénomènes inflammatoires se soient complètement calmés avant de procéder à uneamygdalectomie constitue une faute lourde, dont les conséquences sont parfois irréparables,
Il. — FORMES ÉTIOLOGIQUES DES ANGINES AIGUES
Les angines aiguës peuvent être tdiopathiques ou symptomatiques. Celleslà seront étudiées plus loin (v. p. 9%). Quant à celles-ci, elles se divisent en deux groupes, suivant qu'elles sont d'origine infectieuse ou toxique.
S {. — Angines survenant au cours d'une infection générale.
La plupart accompagnent les fièvres éruptives : scarlatine, rougeole, rubéole, variole, varicelle (angines éruptives de Lasègue). D'autres sont la conséquence d'infections diverses ; érysipèle, fièvre typhoïde, grippe, leucémies, oreillons, rhumatisme articulaire aigu, syphilis. Nous laissons de côté les angines de la tuberculose, de la syphilis, du muguet, qui sont décrites dans d’autres parties de cet ouvrage.
Angines. de la scarlatine.
L'angine occupe, dans l'histoire de la scarlatine, une place prépondérante. Etudiée par Graves, Trousseau, Lasègue, C. de Gassicourt, Bourges et Würtz, Boulloche, d'Espine et Marignac, Roger, etc., elle peut présenter les aspects les
plus divers,
.- Étude clinique. — Il convient, dès l’abord, de distinguer l'énanthème