‹ Nouveau traité de médicine (volume 2)Chapitre 56 sur 195 · L. BABONNEIx et H. DARRÉ · texte numérisé non relu

L. BABONNEIx et H. DARRÉ

de l’angine proprement dite, celui-là devant être considéré comme un symptôme et celle-ci comme une complication.

L’énanthème, véritable « scarlatine de la gorge » (Lasègue), ne fait qu'exceptionnellement défaut. Il consiste en une rougeur des amygdates, de la luette et du voile. Cette rougeur peut être vive et uniforme : il semble alors que l’on ait passé sur les parties malades une couche de vermillon; d’autres fois, il existe une simple injection de la muqueuse, ou encore un pointillé très fin tranchant sur le fond rouge. Particulièrement net dans les scarlatines puerpérales et chirurgicales, il s'accompagne de manifestations buccales : état saburral de la langue, rouge à la pointe et sur les bords, tuméfaction des gencives, et d’adénopathie sous-maxillaire. Les symptômes fonctionnels qu’il provoque sont d'intensité variable. Rien de caractéristique, par contre, comme la violence des phénomènes et la brusquerie de leur apparition. C’est en pleine santé que les sujets sont pris de malaise, de céphalée, de vomissements; en quelques heures, leur température s'élève à 39°,5 à 40°; leur pouls, à 100-110. Au bout de 24 à 36 heures seulement, se montre l'éruption cutanée. L'énanthème précède donc toujours l'exanthème.

Les angines proprement dites peuvent être : érythémateuses et pultacées, pseudo-membraneuses, ulcéreuses, phlegmoneuses , gangréneuses:

1° Angines érythémateuses et pultacées. — Dès le deuxième jour, les amygdales tuméfiées se recouvrent d’exsudats pultacés, souvent fort étendus. Une fois cet exsudat disparu, toute la muqueuse bucco-pharyngée desquame : vers le sixième jour, la langue devient /ramboisée ; la paroï postérieure du pharynx, les amygdales et le voile prennent üne coloration rouge sombre et un aspect vernissé caractéristiques.

Angines pseudo-membraneuses. — Elles peuvent être précoces ou tardives.

Précoces, elles débutent trois ou quatre jours après le début de l'éruption qu'exceptionnellement, elles peuvent précéder (Fothergill). On en décrit deux formes (Bourges, Boulloche) : une bénigne, où les fausses membranes s'étendent peu et n’ont aucune tendance à se reproduire; la température ne dépasse guère 38,5; en quelques jours, tout rentre dans l'ordre; une maligne, dite encore septique, où les fausses membranes, extrêmement épaisses, envahissent luette, piliers, face interne des joues, gencives. La muqueuse sous-jacente est exulcérée. L'haleine exhale une odeur fétide, le cou se tuméfie, il ya du Jetage, la ter péAInTe se maintient à 40°, le pouls est petit et précipité; les patients succombent à l’adynamie ou sont emportés par une syncope.

Ce sout bien là les symptômes des angines à bacilles de Lüffler, et, cependant, ces angines ne sont presque jamais diphtériques (Trousseau); en effet, elles ne se compliquent ni de croup, ni de paralysies ; par contagion, elles transmettent toujours la scarlatine.

À ces angines précoces, Trousseau opposait les angines {ardives qui, pour lui, relèvent toujours de la diphtérie. Cette distinction a vécu. Les angines pseudo-membraneuses de la scarlatine reconnaissent presque toutes pour cause le streptocoque, qu'elles soient précoces ou tardives ; ces dernières représentent l’un des principaux éléments du syndrome malin de la scarlatine (V. plus loin). )

LES ANGINES AIGUÉS. Fasc. XIII. — 89

3° Angines ulcéreuses. — Au cours de certaines épidémies, on voit survenir des angines que caractérisent, avant tout, leurs tendances ulcératives. Elles ont été décrites jadis par Fothergill sous le nom d'’angines putrides, puis par Hénoch sous celui de pharyngiles nécrotiques, et, plus récemment, par MM. Méry et J. Hallé, sous celui d’angines ulcéreuses et perforantes. D'après ces derniers auteurs, l’ulcération peut être primitive ou secondaire,

Dans le premier cas, la muqueuse, infiltrée, blanc grisâtre, prend un aspect pseudo-membraneux, bien qu'il n’y ait pas de fausse membrane; dans le second, beaucoup plus rare, on croit d'abord avoir affaire à une simpleangineérythémateuse, et ce n’est que lorsque les enduits pultacés se détachent que l’on aperçoit, à leur place, une perte de substance humide et saignante. Souvent symétriques, les ulcéralions occupent toujours les mêmes zones : piliers antérieurs, luette, voile du palais. Sur les piliers, leur forme est ovalaire, leur grand axe dirigé de dehors en dedans et un peu d’arrière en avant. Bientôt, elles gagnent en profondeur et sont alors reconnaissables à leurs bords taillés à pic, à leur fond grisâtre, mortifié, suppurant peu. Parfois, elles aboutissent à la perforation : celle-ci se fait avec rapidité ; une fois constituée, elle n'offre aucune tendance à s’accroître. La réaction ganglionnaire est toujours très mar quée, le coryza, constant, l’haleine fétide, mais non gangréneuse, les phénomènes généraux graves. Ces angines, plus fréquentes chez les enfants que chez les adultes, se voient parfois en dehors de la scarlatine; elles peuvent aussi s'accompagner de lésions ulcéreuses, siégeant en d’autres points du corps (Hutinel, Gouget), elles sont en rapport avec une insuffisance surrénale compliquée d'hypotension (Hutinel).

4° Les angines phleymoneuses sont exceptionnelles.

50 Quant aux angines gangréneuses, toujours secondaires à l’une des formes précédentes, on ne les observe plus aujourd’hui.

Après avoir procédé à l'étude analytique des angines scarlatineuses, reste à en réaliser la synthèse.

Précoces, elles sont-habituellement érythémato-pultacées, quelquefois pseudo-membraneuses ou ulcéreuses. De leur intensité, dépend le pronostic de la scarlatine, la température étant peu élevée, l'évolution rapide et-favorable, les complications exceptionnelles, si ces angines sont bénignes, et inversement (Variot et Mage).

T'ardives, elles constituent l’un des éléments principaux d’un syndrome spécial décrit par Roger et Girard sous le nom de syndrome infectieux tardif par Hutinel, sous celui de syndrome malin de la scarlatine. Ce syndrome, qui survient du dixième au trentième jour, relève sans doute (Hutinel) d’une insuffisance surrénale aiguë, Il se caractérise, en effet (Hutinel), par les troubles généraux propres à l'hypoépinéphrie : asthénie, baisse de la tension artérielle, tendance aux syncopes, et aussi par d'autres manifestations : néphrite, péricardite, arthropathies, escarres. érythèmes. Quant aux phénomènes locaux, ils consistent en angine érythémato-pultacée ou ulcéreuse, avec otite, rhinite aiguë, adénite suppurée. Ce syndrome se termine habituellement par la mort. ;

L'angine de la rechute est courte et bénigne.

Étiologie et pathogénie. — 1. Pour Dowson et Bergé, la scarlatine est une infec-

Page 1