L. BABONNEIx et H. DARRÉ
100 AFFECTIONS DU PHAKYNX.
2 Des formes étiologiques, les seules à retenir sont:
4° L’angine diphtérique (Bretonneau, Rocaz). Secondaire, elle oîfre infiniment moins d'intérêt que lorsqu'elle est primitive. Cliniquement, celle-ci se caractérise par l'association, aux signes d’adénoïdite aiguë, des phénomènes généraux propres à la diphtérie. On ne saurait trop insister sur ces derniers : pâleur, abattement, tristesse, anorexie, vomissements, parfois albuminurie. D'instinct, on examine la gorge avec d'autant plus de soin que l'on a constaté la présence d’une adénopathie angulo-maxillaire. Mais, au début, cet examen reste entièrement négatif, et ce n’est que le cinquième jour que l’on voit apparaître, sur la paroi postérieure du pharynx, une fausse membrane petite et peu caractéristique. Cette forme d’adénoïdite, qui se développe soit chez des adénoïdiens, soit chez des sujets auxquels on vient d’'enlever les végétations adénoïdes, comporte toujours une extrême gravité. Cela tient à ce que Ja maladie reste longtemps méconnue, et que la sérothérapie arrive trop tard. L’amygdale pharyngée étant un excellent milieu pour la pullulation du bacille et la résorption de sa toxine (Rocaz), l’adénoïdite diphtérique se complique, dans la plupart des cas de croup, de paralysies ou d’accidents cardiaques, ceux-ci parfois durables.
2 L'adénoïdile méningococcique : chez les sujets atteints de méningite cérébro-spinale et chez les personnes de leur entourage, on trouve le méningocoque dans le mucus provenant du rhino-pharynx, et tout particulièrement de l’amygdale pharyngée (Debré). Pour les premiers, la maladie débute souvent par un coryza, que caractérisent sa violence, ainsi que la viscosité du muco-pus (coryza préméningilique); parfois aussi, elle se termine par une phase de coryza (coryza post-méningilique), qui se rencontre précisément chez ceux qui, après leur méningite, restent des porteurs durables de germes. Quant aux porteurs sains, ils sont fréquemment atteints de rhino-pharyngite à méningocoques | Dopter).
3° À la première période de la maladie de Heine-Medin, on peut voir survenir des phénomènes d'adénoïdite. On sait, d’ailleurs, que c’est par l'amygdale pharyngée que le virus de la poliomyélite pénètre dans l'organisme et qu'ultérieurement il s’élimine, cette élimination pouvant se prolonger plusieurs mois (Flexner).
Pronostic. — Même lorsqu'il ne s’agit pas de diphtérie, le pronostic est à résérberael ce, POUE plusieurs raisons : 1° l’adénoïdite aiguë, élant une affeclion à rechutes et à récidives, aboutit fatalement, au bout de quelques mois ou de quelques années, à l'adénoïdite chronique hypertrophique (+. p. 130); 2° elle se complique souvent d'otite: 3° bon nombre de néphrites chroniques, chez l'enfant, reconnaissent pour cause des adénoïdites subaiguës, à répétition, qui n'ont pas été soignées à temps ; 4° la théorie qui cherche, dans une lésion de l’amygdale palatine, l'explication de la plupart des rhumatismes articulaires aigus, vaut aussi pour l'amygdale pharyngée.
Diagnostic. — Il se fonde sur la constatation, chez un adénoïdien, des signes fonctionnels et physiques précédemment indiqués. En présence d’une adénoïdite diphtérique, deux erreurs possibles : 1° faire remonter le début de
LES ANGINES AIGUES. Fasc. XIII. — 101
la diphtérie à l'époque où l’on a découvert la fausse membrane; 2° méconnaître la nature de la maladie jusqu'à ce qu'il survienne une complication. L'examen bactériologique du mucus pharyngé rendra, souvent, d'importants services. En tout cas, rappelez-vous qu'en cas de doule, il ne faut pas s’abstenir : le salut du malade dépend de la célérité avec laquelle vous aurez recouru à la sérothérapie.
Traitement. — Dans les formes ordinaires, les instillations d'huile camphrée, goménolée, résorcinée, etc., les fumigations aromatiques, les gargarismes au salicylate de soude suffisent. Dans l’adénoïdite. diphtérique, il faut, le plus tôt possible, faire des injections copieuses et répétées de sérum ; ultérieurement, des examens bactériologiques fréquents montreront s'il reste encore des bacilles dans la gorge, si le patient doit être considéré comme un porteur de bacilles, et fixeront le moment où on pourra le remettre en circulation sans faire courir de dangers à son entourage.