L. BABONNEIx et H. DARRÉ
la diphtérie, d’où le nom de forme diphtéroïde, qu'on lui donne aussi. La maladie débute par delégères douleurs, puis bientôt apparaît; sur une amygdale, une fausse membraneuse sèche, adhérente, qui s'étend en tous sens, s'accompagne d’adénopathies et provoque un mouvement fébrile assez intense. En une semaine, tout rentre dans l’ordre, à moins que ne survienne une récidive. L'examen microscopique de l’exsudat y démontre la présence du bacille fusiforme seul, opinion d’ailleurs discutée par M. Le Blaye.
2 Une forme primitivement diphtéroïde et ultérieurement ulcéro-membraneuse, produite par l'association fuso-spirillaire, et de beaucoup la plus fréquente (97 p. 100 des cas). Elle s'annonce par les phénomènes habituels : fièvre, céphalalgie, état gastrique ou bilieux. Au bout de quelques jours, il se développe, sur l’une des amygdales, une tache grisätre ou jaunâtre, crayeuse (Vincent) en tache de bougie (Raoult) molle, peu épaisse, assez facile à détacher, au moins partiellement, mais se reformant très vite, et dont les contours, irréguliers, finissent par recouvrir la presque totalité de l’'amygdale ou même empiètent sur les régions voisines. Quelles que soient ses dimensions, cette fausse membrane, qui peut, dans quelques cas rares, débuter par les piliers ou la paroi postérieure du pharynx, ne dépasse pas la ligne médiane, signe capital, Au-dessous d'elle, se trouve une surface érodée, saignant facilement, de forme arrondie, et qui, parfois, devient un véritable ulcère anfractueux, cratériforme, dû à la nécrose superficielle du tissu amygdalien. Vers le quatrième jour, la fausse membrane cesse de se reproduire; elle s’épaissit et se désagrège. À son pourtour, la muqueuse est rouge et œdématiée. L’adénopathie est constante, mais plus ou moins accentuée suivant les cas. Parmi les signes fonctionnels, il faut insister sur la /étidité particulière de l’haleine, et signaler la dysphagie, le trismus et le ptyalisme. Pendant la période d'état, les troubles généraux acquièrent toute leur intensité. Au bout de huit à dix jours, l'amygdale se nettoie, les phénomènes fonctionnels s’atténuent, la fièvre cède et le malade entre en convalescence. Chez certains débilités, l'évolution tend à devenir chronique. Cette forme persiste plusieurs mois et s'accompagne d’anémie et d’amaigrissement. Même alors, la guérison est rapide, si l’on applique un traitement approprié.
Complications. — Locales, elles consistenten stomatite ulcéreuse, glossite aiguë, laryngite, rhinite, sinusite; en processus de sphacèle aboutissant à la perforation des piliers, à l’'amputation de la luette, à l’ulcération des gros troncs artériels; en gangrènes. Générales, ce sont celles de toutes les angines: albuminurie, endocardite, rhumatisme, érythèmes purpuriques ou noueux. Les unes et les autres sont d’ailleurs exceptionnelles. Citons encore, pour ètre complets, l’appendicite et les phlébites. D’après la‘plupart des auteurs qui ont. étudié ces complications(Vincent, Simonin, Widal) elles sont dues à l’intervention de microbes d’infectionssecondaires, et particulièrement du streptocoque.
Les rapports de l’angine de Vincent avec.les autres angines sont encore mal connus. Il semble bien, cependant, que, dans la majorité des cas, elle est secondaire et non primitive, et qu’elle succède aux angines les plus diverses : staphylococcique (Widal et Darré), streptococcique, diphtérique, scarlatineuse, syphilitique.
LES ANGINES AIGUES. Fasc. XIII. — 101
Pronostic. — Ilest bénin, les complications graves étant exceptionnelles.
Diagnostic. — Essentiel, il repose sur la constatation des éléments cliniques suivants : existence d'une ulcération au-dessous de la fausse membrane, unilatéralité des lésions, fétidité spéciale de l'haleine, évolution rapide et habituellement favorable. %
Différentiel, il est à faire avec :
1° La diphiérie, surtout lorsque l’angine de Vincent revêt la forme pseudomembraneuse : dans la plupart des cas, les résultats de l’examen microscopique et des cultures trancheront la question.
2° Certaines ulcéralions syphilitiques des amygdales. L'erreur est d'autant plus facile à commettre que, dans l’angine ulcéro-membraneuse, la consistance de l’amygdale malade est toujours augmentée. Sans doute, la coexistence d’autres accidents spécifiques en d’autres points du corps, l'atteinte des ganglions cervicaux, les bons effets du mercure (qui exerce une action défavorable sur l’'angine de Vincent) viendront plaider en faveur de la syphilis. N'empêche que, dans bien des cas, la clinique restera incapable de résoudre, à elie seule, le problème. 2
3° Accessoirement, avec les ulcérations amygdaliennes de la fièvre typhoïde, de la scarlatine, dela leucémie, avec certaines amygdalites lacunaires aiguës, etc.
Le plus souvent, les MÉTHODES DE LABORATOIRE sont donc indispensables au diagnostic. À leur sujet, il convient cependant de faire quelques réserves :
a) Les examens. directs (frottis, recherche à l'utra-microscope) peuvent fournir des résultats complexes, suivant qu’à la symbiose fuso-spirillaire s’associent : des germes pharyngés quelconques, le bacille de Lœffler, le spirochaete de Schaudinn. Dans le premier cas, si le bacille de Vincent prédomine nettement, on dira : angine ulcéro-membraneuse. Dans les deux autres, il s’agit probablement d’une angine diphtérique ou d’une syphilis bucco-pharyngée, secondairement infectées par l'association fuso-spirillaire.
b) Les cultures montrent l'existence de tel ou tel germe dans l'exsudat ; elles ne prouvent pas du tout que ce germe ait eu le rôle prépondérant (Roger).
c) La réaction de Wassermann est parfois positive dans l’angine de Vincent. | :
Ici comme toujours, les résultats fournis par les méthodes de laboratoire doivent être interprétés, sous peine de conduire à des conclusions erronées.
Anatomie pathologique, — Le seul point intéressant à signaler est que, sur les frottis, on ne voit que très peu de leucocytes polynucléaires, particularité qui tient à ce que l'association fuso-spirillaire jouit de propriétés bien plus nécrotiques que pyogènes et qui peut être utilisée pour le diagnostic (Le Blaye).
Traitement. -— M. Vincent a préconisé les attouchements, deux fois par jour, à la teinture d’iode et les gargarismes boriqués. A la teinture d’iode, on a parfois substitué d’autres substances : bleu de méthyÿlène, chlorate de potasse, glycérine iodo-iodurée, phénol sulforiciné, formaldéhyde. Ehrlich emploie l’arsénobenzol, soit en injections intra-veineuses, soit en applications locales (Achard et Flandin), sous forme de poudre ou de solution.