L. BaBonnEïx et H. DARRÉ
laire, la mieux connue et l’une des plus fréquentes, la stomatite due aux mi-
crobes pyogènes (streptocoque, staphylocoque) et les stomatites polymicro-.
biennes de Galippe dues aux saprophytes buccaux, groupe d’attente.que les recherches ultérieures démembreront.
Si l’on met à part les stomatites des fièvres éruptives, de la syphilis secondaire et tertiaire, de la leucémie aiguë, qui sont des stomatites spécifiques se faisant par la voie circulatoire, causées par les germes de ces affections, envahissant la muqueuse buccale de dedans en dehors, on peut dire que la très grande majorité des stomatites sont des infections spécifiques ou banales causées par des germes venus de l’extérieur et envahissant la muqueuse dé dehors en dedans.
Tantôt il s'agit de germes virulents banaux ou spécifiques, pénétrant par .
contagion dans la cavité buccale, et capables de triompher des moyens de.
défense normaux de la bouche.
Beaucoup plus fréquemment, il s’agit de germes vulgaires, vivant en saprophytes dans la bouche, suffisamment protégée contre eux à l'état normal par un ensemble de moyens de défenses mécaniques (mouvements des lèvres, des joues, de la langue dans la mastication, la déglutition, la phonatiôn, dé-
O ? (] , terminant l’excrétion salivairé, qui irrigue la bouche et entraîne constamment D 5
un grand nombre de germes hors de sa cavité) ; physico-chimiques (alcalink
sation par la salive des fermentations microbiennes acides, favorisant le‘développement du muguet); biologiques (propriétés chimio-tactiques positives de
la salive non filtrée (Hugenschmidt) ; action bactéricide du mucus sécrété par.
les glandes dé l'épithélium buccal); physiologiques (intégrité de l'épithélium pavimenteux, mue épithéliale constante, diapédèse de leucocytes polynu: cléaires exerçant à la surface de la muqueuse leur action phagocytaire). Que,
sous certaines influences,ces moyens de défense soient amoindris,les germes
saprophytes de la bouche prolifèrent activement et peuvent créer au niveau de la muqueuse des lésions plus ou moins profondes. L'infection est-elle légère et rapidement enrayée, ils s'arrêtent à la muqueuse, qui se conges-
tionne et desquame (stomatite érythémato-pultacée ou catarrhale); est-elle
plus intense, et plus durable, ils prolifèrent dans le derme, déterminant, sui-
vant leur virulence plus ou moins grande, tantôt une exsudation fibrineuse (stomatite pseudo-membraneuse), tantôt un foyer de nécrose, puis une ulcéræ
tion (stomaltites ulcéreuses et ulcéro-membraneuses); enfin si l’infectiontest
extrêmement virulente et causée par des germes anaérobies, elle devient rapi= dement envahissante et entraîne la nécrose avec transformation putride des
tissus (stomatile gangréneuse). Il n’y a donc pas de germes spéciaux pour
chaque variété de stomatite ; toutefois, certaines formes anatomo-cliniques peuvent tenir à la prédominance de telles ou telles espèces de germes; mais
c'est surtout la résistance plus ou moins grande du terrain organique qui.
conditionne les divers types de stomatites banales, pour lesquelles une classification bactériologique ne saurait être établie en l'état actuel de nos connaissances. | rie
Au point de vue étiologique, on doit donc distinguer quatre groupes de.
Stomatites :
LES STOMATITES. Fasc. XIII. — 5
1° Les stomatites d'origine sanguine, manifestation locale d’une infection générale aiguë ou chronique (stomatites symptômes des fièvres éruptives, de la syphilis secondaire et tertiaire, de la leucémie aiguë, etc.) ;
20 Les stomalites par propagation d'une infection de voisinage : affections de la face (stomatite inpétigineuse, secondaire à l'impétigo aigu cutané ; stomatite érysipélateuse, consécutive à l’érysipèlé de la face); affections du pha-. rynx (stomatite diphtérique, presque toujours consécutive à l’angine);
3° Les stomatites par hétéro-infection, qui reconnaissent pour cause la con- Lagion directe ou indirecte (objets, aliments souillés), et qui, par suite, peuvent être épidémiques (épidémies de crèches, d'écoles, de navires, de casernes). A côté de stomatites spécifiques (stomatite aphteuse, muguet, etc.), ce groupe comprend surtout des stomatites bauales (par streptocoques, pyogènes, ou microbes anaérobies), ce qui explique que la contagion peut avoir pour point de départ d’autres affections qu'une Stomatite ;
4 Les stomatites par auto-infection, dues aux germes saprophytes de la cavité buccale, germes peu virulents qui ne tirent leur force que de là faiblesse du terrain, sur lequel ils évoluent.
Dans les trois premiers groupes de stomatites, l'infection buccale dépend avant tout de la virulence des germes pathogènes ; l’affaiblissement des moyens de défense de la bouche sous des influences locales ou générales, n’y joue qu'un rôle secondaire, qui est loin cependant d’être négligeable. Dans les stomatites par auto-infection, au contraire, l'importance de ces causes secondes devient capitale, de telle sorte que, bien que la stomatite soit toujours infectieuse, on est en droit de les considérer comme causes efficiéntes et de donner leurs noms aux diverses variétés de stomatites qu'elles déterminent (stomatites de l’évolution dentaire; slomatiles toxiques, mercurielles, etc. ; stomalites diabétiques, etc.).
L'affaiblissement des moyens de défense de la bouche peut résulter de causes locales ou générales, qui souvent associent leurs effets et que nous devons passer rapidement en revue.
Les stomatites de cause locale sont consécutives à l'action des agents physiques, soit mécaniques (corps étrangers, appareil de prothèse, chicot, etc.), soit thermiques (ingestion d’un liquide brülant, brûlures répétées chez les souffleurs de verre, etc.): ou des agents chimiques (action des caustiques, abus prolongé des condiments et des mets épicés ou sucrés, abus du tabac, principalement chez les chiqueurs et les fumeurs de-pipe). Beaucoup plus souvent, elles relèvent de causes physiologiques et accompagnent l'évolution dentaire, aussi bien au cours de la première dentition et de la seconde dentition chez l'enfant que sous l'influence de l’éruption de la dent de sagesse chez l'adolescent et l'adulte. Dans la très grande majorité des cas, elles sont liées
aux altérations de l'appareil dentaire et particulièrement à la carie ; on a pu dire assez justement : « pas de dents, pas de stomatite ».
Les stomatites de cause générale, encore appelées stomatites secondaires, surviennent au cours des infections ou des inloæicalions exogènes ou endo-
gènes. Elles s’observent non seulement au cours des maladies infectieuses aiguës générales sévères, mais aussi au cours des infections chroniques cachectisantes ; les infections du tube digestif légères ou graves en sont une cause