L. BABoNNEIx et H. DARRÉ
Troubles réflexes. — Chez les adénoïdiens, on peut observer des troubles nerveux variés, qui ont été considérés comme autant deréflexes pathologiques émanés de l’amygdale pharyngée et des régions voisines.
Les uns reconnaissent une origine locale. Tels sont: 1° la {oux dite adénoïdienne. C’est une toux quinteuse, se produisant par accès que ne réveille pas la compression de la trachée ; elle s'exagère la nuit à cause du décubitus dorsal, les sécrétions nasales venant alors tomber sur l'orifice supérieur du larynx ; souvent aussi, elle se produit dès le réveil et dure jusqu'à ce que, par une expectoration abondante, l'enfant ait dégagé ses voies respiratoires: 2 les accès de laryngite striduleuse; 3° le spasme glottique ; 4° Vasthme; 5° le ptyalisme ; 6° l'œsophagisme ; T° la glossodynie (Escat). Que ces divers phénomènes morbides soient la conséquence de troubles circulaloires, d'une hyperesthésie de la muqueuse pituitaire ou de toute autre cause, ils sont, sans contestation, en outre, sous la dépendance directe des végétations : en effet, ils s’atténuent ou même disparaissent après l'opération.
Les autres sont : 1° la céphalée, surtout frontale : rebelle aux traitements ordinaires, elle ne cède qu’à l’ablation des végétations ou aux cautérisations de la muqueuse hypertrophiée ; 2° la chorée (Delavau); 3° l’épilepsie (Thomson) ; 4° l'hystérie (Chaumier), avec ou sans somnambulisme ; 5° les terreurs nocturnes ; 6° l’incontinence d'urines ; 7° l’arriération intellectuelle (A): 8° le torticolis; %° les troubles oculaires : blépharospasme, photophobie, larmoiement réflexe accompagnant les quintes de toux {Lubet-Barbon), spasme. de l’accommodation. Pour les classiques, ces troubles si dissemblables doivent rentrer dans un même groupe : ce sont des réflexes à distance, conditionnés par les végétations. Hypothèse par trop simpliste, et que nous ne saurions accepter. Ici comme toujours, il faut distinguer. La céphaiée est liée à la sinusite frontale (Cuvillier). La chorée est d’origine infectieuse, et non réflexe! Pour l’épilepsie, l'hystérie et aussi l’incontinence d'urines, parfois rattachée à l'action de l'acide carbonique sur la moelle, il faut invoquer la dégénérescence (Balme). Enfin, les troubles intellectuels relèvent de causes multiples : gêne de la phonation, diminution de la puissance auditive, céphalée, insuffisance thyroïdienne, etc.
B. SIGNES PHYsiQuEs. — $ I. Déformations de la face. — Elles sont caractéristiques. Le nez est diminué dans tous ses diamètres, aplati transversalement; ses ailes ont perdu toute mobilité, ce qui contribue à rétrécir l’orifice antérieur des fosses nasales. Sa racine semble empâtée, œdémateuse. Sal forme générale peut être ramenée, suivant les cas, à deux types principaux: type busqué, type retroussé (Châtellier). La lèvre supérieure, en accent circonflexe, laisse à découvert les incisives correspondantes. La lèvre inférieure: est inerte. Le front est parfois le siège d’une circulation collatérale. La paupière inférieure se continue sans transition avec la joue, flasque et pendante, Les sillons nasogéniens s’effacent. Les pommettes ne font plus saillie. Les yeux, sans expression, arrivent à fleur de tête. Le teint est pâle, blafard, la. physionomie, hébétée.
(1) Divers auteurs (Brageh, Cuye, Roulin) ont proposé de faire examiner systématiquement par des spécialistes le nez et la gorge des écoliers retardataires.
LES ANGINES CHRONIQUES
Fasc. XIII. — 135
Ces modifications, dont l’ensemble constitue le facies adénoïdien, sont
dues, en grande partie, aux déformations du squelette facial. Celles-ci portent sur : 1° les fosses nasales et les sinus qui en dépendent; 2° la voûte palatine.
1° Déformations des fosses nasales. — KElles ne se produisent qu'au bout de quelques années. La cloison du nez qui, elle, ne s’atrophie pas, se trouve à l'étroit dans les fosses nasales rétrécies. Aussi la voit-on s’incurver et se dévier. L’existence de ces déviations, qui viennent encore aggraver les phénomènes fonctionnels déjà analysés, permet de comprendre que l'ablation des végétations adénoïdes ne donne pas toujours de succès immédiats, et explique la nécessité, dans bien des
Fig. 20. — Facies adénoïdien.
cas, d'un traitement complémentaire. Les sinus de la face restent indéfiniment sans se développer. Les muscles de la face eux-mêmes peuvent s’atrophier. C’est ainsi que le manque d'expression du regard a été attribué
Fig. 21. — Facies adénoïdien.
à une agénésie partielle des muscles oculaires et périoculaires (Abrand).
2° Déformations de la voûte palaline. — « La voûte devient haute et étroite; les deux apophyses palatines qui la forment, au lieu d’être horizontales, ont une direction oblique de bas en haut et de dehors en dedans : la voûte est formée d’arcs de cercle qui s’entrecroisent sur la ligne médiane au niveau du raphé, à peu près comme dans l’ogive des cathédrales françaises du moyen âge. En outre, il ya diminution plus ou moins marquée du diamètre transverse de la voûte. Les dents qui s'insèrent sur un palais ogival présentent diverses modifications qui, peu marquées sur les dents de lait, se voient surtout sur les dents permanentes. Tout d’abord, on cons-
tate une projection en avant des deux incisives médianes, supportées par l'os incisif, Ces deux incisives médianes ont, d’ailleurs, une direction oblique en bas et en avant, et, souvent, elles ont subi dans leur axe une rotation telle