‹ Nouveau traité de médicine (volume 2)Chapitre 91 sur 195 · L. BagoNNeix et H. DARRÉ · texte numérisé non relu

L. BagoNNeix et H. DARRÉ

des principaux symptômes ; de même, le séjour prolongé dans une atmosphère chaude et sèche. |

Le pronostic varie avec : 1° l'existence et l'intensité des complications auriculaires ; 2° la forme qu’affecte la maladie, la forme atrophique étant, de toutes, la plus rebelle.

Diagnostic. — Lorsqu'un adulte se plaint de sécheresse de la gorge, et que l’on constate chez lui, par l'examen direct ou par la rhinoscopie postérieure, la présence de croûtes adhérentes situées derrière la luette, alors que la rhinoscopie antérieure n'aboutil qu'à des résultats négatifs, on doit, d'emblée, penser à un catarrhe chronique naso-pharyngien. Mais, avant d'affirmer l'existence de cette affection, il faut éliminer (Escat) :

Le catarrhe sYphiifique secondaire du naso-pharynæx, généralement associé: à d’autres accidents de même nature ;

La suppuralion des sinus maxillaires, sphénoïdaux et des cellites ethmoïdales postérieures, où le pus, constamment renouvelé, recouvre l'extrémité postérieure du cornet plutôt que la voûte pharyngée.

L'ozène, où les lésions, souvent unilatérales, occupent surtout la muqueuse nasale et où les croûtes répandent une fétidité particulière. Parfois, d’ailleurs, l'ozène succède au catarrhe naso-pharyngé.

En cas de catarrhe lié au diabète, la gorge est très sèche, rouge sombre, le voile épaissi, le catarrhe, très peu marqué (Ruault).

Dans le brightisme, l'état de la gorge varie selon les cas (Flurin) :

Lorsque domine l'hypertension, l'hyperhémie pharyngée domine : elle. peut-être le symptôme initial, révélateur. La muqueuse est framboisée, œdématiée, recouverte de mucosités visqueuses ;

Au syndrome chlorurémique ressortissent les œdèmes pharyngés,localisés à la région sus-glottique, certaines rhino-pharyngites avec hypersécrétion abondante et d’autres rhino-pharyngiles d'apparence banale ; quant au syndrome azoltémique, ses manifestations pharyngées sont encore mal connues.

Anatomie pathologique. — La lésion dominante, c’est la transformation fibreuse de l’amygdale pharyngée (Châtellier, Luc et Dulip, Bosworth), les cryptes, petites, les glandes, atrophiées. Les sillons deviennent le siège d’une production muco-purulente : leurs bords se soudent, ce qui les transforme en autant de «vases clos ». Aux dépens de ces conduits ainsi oblitérés, se forment des dilatations kystiques. C'est par ce processus, localisé à la bourse de Luschka, que Tornwald expliquait le catarrhe chronique naso-pharyngien, théorie aujourd’hui abandonnée.

Traitement. — La forme catarrhale simple guérit lorsqu'on traite les affections qui la produisent, les formes hypertrophiques et cryptiques sont justiciables du curettage. À la forme atrophique, conviennent les douches nasales, les badigeonnages à la glycérine iodée et à l'huile mentholée, suivis d'applications toniques. |

En cas de pharyngile diabétique, on prescrira des gargarismes alcalins et on mettra les malades au régime ; les pharyngiles liées à la néphrile intersti-

LES ANGINES CHRONIQUES. Fasc. XIII. — 145

tielle, toujours très tenaces, sont quelquefois améliorées par les gargarismes iodés très faibles. |

Une cure sulfureuse, comprenant des douches nasales et des pulvérisations pharyngées, complétera ces divers traitements.

Case INFLAMMATIONS CHRONIQUES DE L'AMYGDALE LINGUALE.

HYPERTROPHIE DE L'AMYGDALE LINGUALE.

Historique. — Mentionnée, pour la première fois, par Lennox-Brown (1880), l’hypertrophie de l’amygdale linguale a été, depuis cette époque, surtout étudiée par Swain, Gleitsmann, Ruault et Balme.

Étiologie. Causes prédisposantes. — La maladie frappe surtout les adultes ; elle serait plus fréquente chez la femme que chez l’homme, opinion contestée. Le rôle des diathèses, des dyspepsies, des affections utérines, n’est pas encore établi. Par contre, il semble bien que les efforts vocaux, l'abus de tabac, d'alcool, de mets épices, et, surtout, le catarrhe naso-pharyngien, favorisent son développement,

Causes déterminantés. — Ce sont: 1° les infections buccales : stomatites, gingivites, carie dentaire (Ruault); 2° les angines répélées. L’amygdalite linguale succède, presque toujours, à des poussées inflammatoires subaiguës localisées à la base de la langue.

Anatomie pathologique. — Les lésions de l’amygdalite linguale chronique ne diffèrent en rien (Swain) de celles que l’on trouve dans lhypertrophie des autres amygdales et consistent en une hyperplasie des éléments Ilymphoïdes, à laquelle s'associent des altérations secondaires du tissu conjonctif, des glandes et des vaisseaux,

Symptomatologie. — Signes physiques. Trois éventualités (Escat) :

4° Hypertrophie disséminée. Dans celte forme, la plus fréquente, l’hypertrophie ne porte que sur quelques follicules isolés : ceux-ci doublent de volume, deviennent gros comme un pois, Comme un noyau de cerise. Leur coloration, rose pâle, vire au rouge vif lors des poussées inflammatoires ; les orifices des cryptes sont obstrués par un bouchon de muco-pus. Les follicules malades occupent les bords de l’amygdale ; entre eux, la muqueuse apparaît lisse, grisätre el laisse voir -par transparence le réseau veineux sous-jacent.

90 Hypertrophie massive (Sallard). Les follicules hypertrophiés se groupent en amas, de façon à constituer de petiles tumeurs mamelonnées, situées symétriquement de chaque côté du sillon médian, en avant des fosses glosso-épiglottiques. Sont-elles très volumineuses, elles comblent ces fosses et recouvrent le bord supérieur de l'épiglotte. D’autres fois, ils s’agglomèrent uniquement sur la ligne médiane. |

3° Hypertrophie en nappe. Les follicules forment une nappe continue, qui enchatonne l’épiglotte et fait disparaître le résean veineux sous-muqueux.

Symptômes fonctionnels. -— Ils ne sont, en aucune façon, proportionnels au degré de l’hypertrophie. Le plus important est la sensalion de corps étranger (cheveu, fil, arête de poisson, mie de pain, petit os) arrêté dans la gorge, en un point

> L. BABonnziIx et H. DARRÉ.

. correspondant, extérieurement, à la grande corne de l'os hyoïde. Très souvent aussi, les patients avalent de travers ou s’étranglent, particulièrement lorsque quelques gouttes d’une boisson sucrée passent sur ce « palier d'attente » que constitue l’amygdale linguale. Ils sont obligés, à tout moment, de déglutir à vide, ces efforts étant fréquemment suivis de nausées. La toux, quinteuse, présente tous les caractères de la toux pharyngée ; on l’attribue à Pirritation des filets du glossopharyngien, soit directe, soit indirecte, par l'intermédiaire de l’épiglotte, que vient constamment chatouiller l’amygdale hypertrophiée. La sécrétion catarrhale est-elle très abondante, alors apparaît le hemmage glosso-pharyngien qui se distingue du hemmage ordinaire, naso-pharyngien, par son timbre éructant. Presque constants, aussi, sont les {roubles de la phonalion. L’amygdale linguale génant les mouvements de l'épiglotte, qui, en s’élevant ou en s’abaissant, concourt à la production des sons de tête, les soprani et les ténors perdent les notes hautes de leur registre. Les orateurs se fatiguent vite et s’enrouent avec facilité. Citons, pour finir, les troubles réflexes : douleurs éloignées, ictus laryngés, crises syncopales ou convulsives, spasmes pharyngés. Les troubles fonctionnels sont-ils très accusés, les prédisposés en arrivent à une sorte d’état ner constitué par une obsession guturrale des plus pénibles.

Formes. — Il existe une forme latente, que connaissent bien les spécialistes. D'autre part, M. Escat se demande s’il ne faut pas ratlacher à une amygdalite linguale méconnue certaines toux rebelles, certaines laryngites à répétition observées chez les enfants et qui ne cèdent pas à l’ablation des amygdales palatines ou pharyngée.

Marche. Complications. Pronostic. — L'évolution, chronique, est interrompue par des poussées subaiguës, parfois subintrantes. L’amygdalite linguale peut aussi devenir l’origine de véritables complications : périamygdalite phlegmoneuse hémorragies simulant les hémoptysies tuberculeuses (Joal), laryngites catarrhales, asthme vrai ou phénomènes pseudo-asthmatiques. Aussi le pronostic doit-il être réservé.

Diagnostic. — Chez certaines femmes nerveuses, au moment de la ménopause, on peut observer tous les troubles fonctionnels que nous venons de décrire, sans qu'il y ait la moindre lésion de l’amygdale linguale. L'examen laryngoscopique s'impose donc dans tous les cas.

Traitement. — Il est purement chirurgical et s'adresse, suivant jes cas, aux cautérisations, si l’amygdale n’est pas trop volumineuse, et, dans le cas contraire, à l’ablation par morcellement ou au moyen d’un tonsillotome spécial.

Page 1