L. BABONNEIX et H. DARRÉ
les derniers nerfs y sont si voisins qu'il est exceptionnel qu'un seul d'entre eux puisse être atteint. Aussi le voile n'est-il pas seul paralysé, et l’on observe des syndromes complexes que nous retrouverons plus loin.
Symptomatologie. — La paralysie vélo-palatine peut être totale, unilatérale, partielle.
S 4. Paralysie totale. — Klle manifeste son existence par des troubles
fonctionnels caractéristiques, et qui portent sur : a) la phonation ; nasonnement, difficulté de prononcer les labiales : b et p sont prononcés comme m ; géne à parler longtemps. Ces divers troubles sont dus à ce que, par suite de la paralysie des péristaphylins et des glosso-staphylins, la colonne d'air qui, normalement, passe tout entière par la bouche pour aller faire vibrer les lèvres, se divise en deux: une qui passe par les fosses nasales, où elle prend un timbre spécial ; une buccale, trop faible pour faire vibrer les lèvres.
b) La déglutition. Au deuxième temps de la déglutition, normalement, le voile est soulevé par le péristaphylin interne, tendu par le péristaphylin externe ; l'orifice qui fait communiquer les fosses nasales avec le pharynx est fermé par la contraction simultanée de l'occipito-staphylin et du palato-staphylin; l’orifice supérieur du conduit aérien, par l'épiglotte et, aussi, par la contraction du pharyngo-staphylin; l’isthme du gosier, par la contraction du pharyngo-staphylin. Le bol alimentaire, ne pouvant, ni refluer dans les fosses nasales, ni revenir dans la bouche, ni entrer dans le larynx, s'engage dans le pharynx, qui s'élève et se contracte pour le saisir.
Lorsqu'il y a paralysie, il n’en va plus de même. L'orifice qui fait communiquer les fosses nasales avec la cavité bucco-pharyngienne restant ouvert, les aliments d'abord liquides, puis aussi solides, pénètrent dans les fosses nasales et sont rejetés par le nez; l'orifice glottique étant béant, des particules alimentaires peuvent s’y engager, d'autant qu’à la paralysie motrice se joint souvent une cerlaine anesthésie pharyngée, et produire, soit une suffocation immédiate, soit, plutôt, des broncho-pneumonies septiques, de déglutition. Pour remédier à cette dysphagie, les malades renversent la tête, prennent les attitudes les plus bizarres, se livrent à mille contorsions.
c) La respiration, ordinairement peu accentuée : ronflement, dû à ce que, grâce à la paralysie des péristaphylins, le voile est descendu et relâché ; géne de la succion, le vide ne pouvant plus être fait dans la bouche.
d) L'audition : légers, et dus à la paralysie des péristaphylins.
A ces troubles moteurs s'adjoignent souvent quelques troubles vasomoteurs : pâleur du voile; et sensitifs, déjà signalés, expliquant l’abolition des réflexes nauséeux.
Quant aux réactions électriques, d'appréciation difficile, elles sont peu troublées.
Non moins nets sont les signes physiques : immobilité du voile qui pend, flasque, et ne s'élève plus quand le malade prononce la lettre A.
S IL. — Paralysies unilatérales. — Ici, les signes fonctionnels sont réduits au minimum, et tout se borne aux signes physiques : affaissement unilatéral de la voûte, déviation de la luette du côté sain.
S IT. — Paralysies partielles (Duchenne, de Boulogne). La paralysie du
TROUBLES NERVEUX. Fasc. XIII. — 4155
palato-staphylin est-elle unilatérale, la luette est déviée du côté sain : est-elle double, la luette retombe sur la base de la langue, provoquant des effets nauséeux très pénibles ; à la paralysie des péristaphylins internes correspond l'abaissement du voile, qui, pendant la contraction, ne décrit plus une voûte à concavité inférieure ; à celle du péristaphylin externe, la non-tension du voile ; à la paralysie du pharyngo-staphylin, la diminution, au repos, des piliers postérieurs et l'agrandissement de la courbe qu'ils décrivent ; pendant la contraction, la disparition du mouvement de rideaux. C’est elle qui est responsable du rejet des aliments par le nez. En cas de paralysie des ylossostaphylins, mêmes signes physiques, mais localisés aux piliers antérieurs. 6 LL
Formes cliniques. — La paralysie diphtérique s'annonce par des phénomènes généraux : pâleur, fièvre, tachycardie, albmuinurie. Elle se généralise selon un ordre invariable, atteignant successivement yeux, larynx, membres inférieurs, membres supérieurs, durent des semaines et exposent le patient à de graves complications. Les formes localisées guérissent, à moins qu'elles ne fassent partie du syndrome malin.
Ces paralysies ont été rattachées à une « mésoencéphalite partielle, conséculive à l’imprégnation par la toxine des filets nerveux vélo-palatins » (de Lavergne). En faveur de cette hypothèse, on peut faire valoir des arguments anatomiques : existence de foyers centraux dans les paralysies expérimentales (Babonneix); cliniques : présence de signes organiques (Dufour, P. Mathieu; biologiques : présence de toxine dans le bulbe (Guillain et Laroche); existence, d’ailleurs inconstante, de réactions méningées (Rühmeld, Chauffard et Leconte) ‘voir p. 153).
Les paralysies dy voile d'origine nerveuse sont, nous l’avons dit, généralement associées à d’autres troubles moteurs, de façon à constituer divers syndromes :
Syndrome d’Avellis : paralysie unilatérale et homologue du voile et du larynx, par atteinte de la branche interne du spinal ;
Syndrome de Schmidt : mêmes troubles, et, en plus, paralysie homologue du trapèze et du sterno-mastoïdien, par atteinte de la branche externe du spinal ;
Syndrome de Jackson : paralysie partielle ou totale du spinal, et, en plus, paralysie de la moitié correspondante de la langue, par atteinte du grand hypoglosse ;
Syndrome de Vernet : la paralysie atteint simultanément : la branche interne du spinal, d’où hémiparalysie du voile, du larynx; le glosso-pharyngien, d'où troubles du goût dans la partie postérieure de la langue, et paralysie du constricteur supérieur du pharynx ; le pneumogastrique, d'où troubles de la sensibilité du voile, du pharynx et du larynx, troubles de la salivation, le tout Contrastant avec l'intégrité des nerfs craniens voisins : 5°, 1°, 8°, 12° paires. D'après M. Vernet, c'est à ce syndrome qu'il faudrait rattacher nombre de syndromes d’Avellis et de Schmidt, incomplètement étudiés; il relève d'une lésion intéressant les 9°, 10°, 11° paires, au trou déchiré postérieur. De ce syndrome de Vernet, il faut rapprocher les syndromes de Sicard-Collet (syndrome du carrefour condylo-déchiré postérieur,