I. Les excréta pendant la fièvre typhoïde
a) Matieres fécales. — Nous avons vu comment linteslin constitue la principale voie d'élimination des bacilles typhiques au cours de la fièvre typhoïde. D’après les statistiques de Conradi et de Simon, la première portant sur 64 cas, la deuxième sur 884, c’est au cours de la deuxième et de la troisième semaine de la maladie qu’on a le plus de chance d'isoler le bacille d'Eberth des selles. Peut-être cela tiental à l’élimination des plaques de Peyer qui déversent à ce moment des masses de microbes dans la cavité intestinale.
En effet, pour que la recherche des bacilles d'Eberth dans les matières fécales soit couronnée de succès, il faut qu'ils s'y trouvent en quantité relativement importante ; même les procédés les plus perfectionnés n'assurent pas d’une façon certaine leur découverte, s'ils sont très clairsemés et en concurrence vilale avec des espèces bactériennes plus nombreuses. On peul admettre que les selles des typhiques sont toujours virulentes et sans doute à toutes les périodes de la maladie.
Conradi (5), dans 83 cas de dothiénentérie transmis par contagion, à pu établir que 49 fois cette contagion s'était déclarée au contact de typhiques
1. E. SAcQUuÉPÉE. Agglutination paradoxale au cours d'infections typhoïdes avec septicémie éberthienne. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des hôp., 1916, p. 445.
2. G. ÉTIENNE et VorriN. Typhoïde et paratyphoïde A; infection mixte? Bull. et Mém. de la Soc: méd. des hôp., 27 juillet 1917, p. 973.
3. G. ETIENNE. Deux nouveaux cas de fièvres typhoïdes et de paratypho’des A . mixtes. Annales de médecine, 1918, n° 1.
4. GAUTIER et WEISSENBACH. Infection mixte à bac. typhique et Para B. Bull. el Mém. de la Soc. méd. des hôp., 1916, p. 450.
5. CONRADI. Wann steckt der Typhuskranke an? Deul. Mel. Woclenschrift, 1907, n° #1, p. 1684.
F. Wipaz, À. LEMIERRE et P. ABRaAMrI.
24 FIÈVRES TYPUOIDE ET PARATYPHOIDES.
au premier septenaire de leur maladie. Remlinger et Schneider, Simon, Conradi ont même démontré que, pendant la période d’incubation, les déjections peuvent renfermer le bacille d'Eberth 8 jours, 11 jours et même 25 jours avant le début de la fièvre.
Pendant l’évolution de la dothiénentérie, le nombre des bacilles d'Eberth dans les matières fécales subit de grandes variations d'un jour à l’autre. Très nombreux un jour, ils peuvent faire défaut le lendemain. Il se fant, semble-t-il, par l'intestin, de véritables décharges microbiennes.
L'élimination des bacilles par l'intestin se poursuit pendant le début de la convalescence ; mais, d'après Klinger, il est de règle que, 15 jours après le retour de la température à la normale, on n'en retrouve plus dans les selles. D'après Brion et Kayser, chez 93 pour 100 des typhiques, il n’en existe plus après 10 jours d’apyrexie complète.
Pourtant, dans certains cas, l’existence de bacilles d’'Eberth dans les malières se prolonge plus longtemps pendant la convalescence et les sujets qui présentent cette particularité sont désignés actuellement sous le nom de porteurs de germes convalescents. Decobert(") a le premier signalé ce fait en 1902 : chez douze lyphiques 1l a trouvé des bacilles dans les déjections 15 à 20 jours après la disparition de la fièvre, et dans un cas pendant plus. d'un mois. Simon et Dennemark ont vu que 60 pour 100 des typhiques convalescents peuvent encore éliminer par intermittences du bacille d'Eberth pendant lrois semaines. Cette élimination se prolongerait - pendant 6 semaines dans 13 pour 100 des cas d’après Klinger, dans 10 pour 100 d’après Sicre; dans 11 pour 100 après les formes normales et dans 20 pour 100 après les formes atypiques et bénignes d’après Bellot et Louis, tandis que Braun abaisse le chiffre à 1 pour 100. Frosch, réunissant les résultats fournis par les différents postes de l'office sanilaire impérial allemand, a vu que » pour 100 des convalescents de fièvre typhoïde avaient encore du bacille d'Eberth dans leurs selles après 10 semaines d’apyrexie. Dans la . moitié de ces cas l'élimination intestinale des bacilles ne s’est pas prolongée au delà de 5 mois. Dans l’autre moitié, elle a persisté au delà de cette limite sans tendance à rétrocéder. Cette dernière série de cas rentre dans le groupe des porteurs durables ou chroniques de germes, dont nous parlerons plus loin.
b) Urines. — La présence du bacille d'Eberth dans les urines, signalée pour la première fois par Bouchard dans 21 cas de fièvre Lyphoïde sur +5, a été confirmée par FepRe Seitz, Chantemesse et Widal, Enriquez. Ultérieurement, Vincent a trouvé le bacille d’'Eberth dans l'urine dans 17 pour 100 des cas, Lesieur dans 45 pour 100, Pfister dans 50 pour 100. L’élimination des bacilles d'Eberth par les urines est donc fréquente, sinon constante. En général les bacilles sont peu nombreux et doivent être recherchés par ensemencement d’une grande quantité d'urine. Parfois leur nombre est tel que l'urine prend un aspect trouble el qu’on les découvre facilement à l'examen microscopique direct. Cette bactériurie massive coexiste souvent avec un léger ‘degré de cystite catarrhale. Presque toujours le bacille
1. Decoperr. Le gélo-diagnostic des selles dans la fièvre typhoïde. Académie de médecine, 2 décembre 1902 et Thèse de Paris, 19021903.
ÉTIOLOGIE DE LA FIÈVRE TYPHOIDE. Fasc. III. — 25
d'Eberth se trouve à l'état de pureté. Comme l'élimination intestinale, lélimination du bacille d'Eberth par l’urme se fait souvent d’une façon 1rrégulière. Nombreux un jour, les microbes peuvent faire défaut le lendemain.
On à pu constater le bacille d'Eberth dans l'urine après la chute de la température. Herbert, Klimenko l'ont observée pendant un mois, H. Vincent pendant 37 jours, Ichikava et Kabaïke pendant #8 jours, Curschmann pendant 2 mois, L. Levi et A. Lemierre pendant 3 mois, Danitz pendant 7 mois, Busing pendant 8 mois après le début de convalescence. Ces dermers exemples laissent prévoir que lélimination du bacille d'Eberth par les urines peut se prolonger indéfiniment et qu'à côté des porteurs urinaires convalescents il existe des porteurs urinaires chroniques de germes.
c) Vomissements. — Les vomissements des typhiques peuvent contenir le bacille d'Eberth. Le contenu du duodénum peut, en effet, dans certains cas, refluer dans l'estomac et y apporter l'agent spécifique de la maladie. Baur, Hautefeuille et Sevestre (1) ont récemment rapporté des exemples de vomissements bilieux survenus chez des sujets atteints de fièvre Lyphoïde ou paralyphoïde et dans lesquels ils ont isolé le bacille typhique ou les bacilles paratyphiques A et B. À. Weber a fait ingérer à deux typhiques de l'huile, qui entraîne habituellement un reflux de bile dans l’estomac. Il a fait ensuite le cathétérisme gastrique et a pu isoler le bacille d'Eberth du liquide ainsi obtenu. Carnot et Weill-Hallé (), M. Labbé et G. Canat 6) ont appliqué ce procédé au diagnostic des maladies typhoïdes. En cathétérisant soit l'estomac après ingestion de l'huile, soit directement le duodénum suivant la méthode d'Emhorn, ils ont découvert dans le Hquide bilieux ainsi obtenu des bacilles typhiques ou paratyphiques pendant la période fébrile et même pendant la convalescence. |
d) Expectoration. — Les localisations du bacrlle d’Eberth sur le pharynx, les voies respiraloires supérieures, les bronches et les poumons expliquent la présence éventuelle de ce microbe dans l’expectoration des typhiques. Chantemesse et Widal lont signalé dans les lésions pharyngiennes et laryngées; Bendix et Manicatide(‘) ont pu Flisoler du mucus pharyngien de sujets atteints de dothiénentérie. Jehle la trouvé dans les crachats de typhiques simplement atteints de bronchite. Richardson, von Drigalski, Glaser l'ont isolé des crachats de typhiques atteints de pneumonie, parfois associé au pneumocoque ou au bacille de linfluenza.
II. Les porteurs chroniques de bacilles typhiques (*). — Le bacille
1. BauUR, HAUTEFEUILLE et SEVESTRE. Présence de germes spécifiques dans les vomissements bilieux au cours des fièvres typhoïdes. Bull. et Mém. de la Soc. mél. des h6p., 1916, p. 101.
2. CaARNOT et WEILL-HALLÉ. La biliculture au cours de la fièvre typhoïde. C. R. «e l'Acudémie des Sciences, 30 novembre 1914, p. 749.
9. M. LArBÉ et G. CanarT. La biliculture chez les typhiques. C. R. ce la Société c'e Biologie, 1916, p. 668.
4. MANICATIDE (Jassy). Sur la recherche du bacille typhique dans le pharynx des malades atteints de fièvre typhoïde. Centralblatt für Bakteriologie, 1908. Or. fæsc. 5,
9. M. Tacayracu. Lutte contre la fièvre typhoïde. Archives de Méd. et «de Pharm. militaires, nov. 1903. — R. Degré. Porteurs de germes et fièvre typhoïde. Presse mécicale, 1909, p. 17. — E. SacouÉrée. Les porteurs de germes (Baciiles typhiques et
paratyphiques). Bulletin de l'Institut Pasteur, 1910, p. 1 et 49.
E. Wipaz, A. LEMIERRE et P. ABRAMrI.
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d'Eberth peut végéter dans l'organisme humain presque indéfiniment après la guérison de la fièvre typhoïde et êlre rejeté au dehors par les fèces et par les urines. Il peut même se rencontrer chez des sujets n'ayant jamais eu de fièvre typhoïde.
C'est surtout à R. Koch que nous devons d’avoir donné à celle notion toute l'ampleur qu'elle mérite. Les travaux entrepris sous son. impulsion depuis 1902, en Alsace-Lorraine et dans la région rhénane, ont montré que les porteurs chroniques de germes typhiques jouent un rôle très important dans la dissémination de la fièvre typhoïde ; que l’origine de certaines épidémies, jusqu'alors restée obscure, doit leur être souvent attribuée; que leur présence explique la persistance de la fièvre typhoïde à l’état endémique dans nombre: de régions et vient singulièrement compliquer le problème de la lutte contre celte maladie.
l° Les porteurs intestinaux. — D'après les statistiques de Frosch, de Conradi, de Kayser, de Lentz, de Schneider, de Fôrster, de Klinger, de Sacquépée, de Gaethgens, le nombre de typhiques qui continuent à éliminer indéfiniment du bacille d'Eberth par leurs matières fécales, qui deviennent, en un mot, porleurs chroniques de germes, peut être estimé à 4 ou » pour 100. ;
Il est exceptionnel que ces porteurs de germes présentent des bacilles dans leurs selles d’une façon continue ; les bacilles ne s'y trouvent que par intermittences. Parfois ils disparaissent, au moment de la convalescence, pendant des semaines et même des mois, pour reparaitre ensuite. Un sujet qui n'est pas porteur convalescent, peut se révéler, dans la suite, porteur chronique. Aussi est-il nécessaire de répéler les examens de malières fécales pendant des semaines et même des mois après la guérison de la fièvre typhoïde (Scheller, Kayser). ge |
Le nombre des bacilles décelables dans les selles est très variable suivant les jours : chez un même sujet, les selles donnent tantôt des cultures presque pures, tantôt des bacilles très clairsemés. Il est donc vraisemblable que, malgré les recherches les plus méthodiques, beaucoup de porteurs de germes passent inaperçus et que leur nombre est plus considérable que ne le disent les statistiques.
Les observalions ne se comptent plus où le bacille a pu être isolé des selles au cours des recherches effectuées pendant deux ou trois ans, et certaines observations enregistrent des chiffres plus élevés encore. Kayser, ayant soumis, en 1907, à l'examen bactériologique deux cent quatre-vingtdix-huit sujets qui avaient été soignés pour fièvre typhoïde à Strasbourg, de l'été de 1903 à l'été de 1905, à trouvé trois porteurs de bacilles en parfait état de santé. Conradi trouve porteur de germes, en 1907, un sujet atteint de typhoïde en 1903. Un porteur de germes, découvert par Frosch en 1902, l’élait toujours en 1907. Vaillard cite l'exemple d’un soldat ayant eu une dothiénentérie sept ans auparavant et dont les selles contenaient encore des bacilles ayant occasionné une épidémie. Frosch, enfin, sur six mille sept cent huit typhiques, dont l'examen bactériologique a pu être poursuivi ultérieurement, en à vu quinze rester porteurs chroniques pendant plus de trois ans. Il est possible que certains sujets restent indéfiniment porteurs
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de germes. En tout cas, diverses observations semblent établir que des individus porteurs de germes avaient pu semer autour d'eux la contagion pendant 50 ans (Frosch), pendant 55 ans (Hüggenberg) et même pendant 90 ans (Gregg). |
es femmes constituent la plus forte proportion de porteurs chroniques de bacilles d’Eberth. D'après les statistiques de Frosch, bien que les femmes comptent seulement pour un cinquième dans le chiffre global des fièvres typhoïdes, elles entrent pour les quatre cinquièmes dans le nombre des porteurs de bacilles. Plus de la moitié des femmes continueraient à excréter des bacilles pendant un temps plus ou moins long après la guérison de la dothiénentérie. Les enfants sont souvent porteurs convalescents, rarement porteurs chroniques (Frosch, Fürster). Pourtant, dans les villages du Hochwald, Frosch lui-même a trouvé cinquante-deux enfants sur soixantelreize porteurs chroniques.
Les causes de lélimination durable du bacille d'Eberth par l'intestin ont été très discutées el ont suscité des recherches et des expériences nombreuses. On s’est demandé, tout d’abord, si la persistance de ce germe dans les voies digestives ne Lenail pas à une modification particulière de la flore bactérienne intestinale: on admet aujourd’hui que le lieu de végétation des bacilles d'Eberth chez les porteurs de germes n’est pas l'intestin, mais les voies biliaires et particulièrement la vésicule.
Nous avons dit que l'infection des voies biliaires est la règle dans la fièvre typhoïde el qu'une bonne part des bacilles d’'Eberth présents dans . l'intestin y sont apportés par la bile. Celle-ci constitue, en effet, un excellent milieu de culture pour le bacille d’Eberth (Gilbert et Dominici, Ehret el Stolz), surtout lorsqu'elle contient une certaine quantité d’albumine provenant des parois de la vésicule plus ou moins enflammée, comme Île fait est fréquent dans la dothiénentérie (Fôrster et Kayser, Von Pies). Il n'est pas étonnant que, dans ces circonstances, l'infection de la vésicule puisse survivre à l'infection générale. Carnot et Weil-Hallé ont pu isoler le bacille d Eberth de la bile obtenue par cathétérisme du duodénum quatreving{-six jours après la guérison complète de la fièvre typhoïde. Expérimentalement, Blachstein, Welch, Dôrr, H. Cushing, Férster et Kayser ont vu, chez des lapins, la vésicule biliaire renfermer encore des bacilles lLyphiques et contaminer l'intestin plusieurs semaines et même plusieurs mois après la disparition de l'infection sanguine ('). Enfin, des cholécystites suppurées éberthiennes ont élé signalées six ans (Faitout et Ramond), sept ans (Pratt), huit ans (Müller), onze ans (Lannois), dix-sept ans (Droba) et mème vingt-sept ans (Hünner) après la fièvre typhoïde. Ces cas témoignent de la longue survie du bacille typhique dans la vésicule biliaire-à l’état de microbisme latent.
Fôrslter à montré que chez 15 pour 100 des porteurs chroniques, on relève des accidents lithiasiques; cette constatation n’est pas faite pour surprendre, si l’on admet avec Naunyn, Dufourt, Gilbert et Fournier, Milian,
1. A. LEMIERRE et P. Apraut. L'infection éberthienne des voies biliaires. Archives des maladies de l'appareil digestif et de La nutrition, 1908, n° 1, p. 1.
F: Wipar, A. LEMIERRE et P. ABRAMI.
28 l'IE VRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES.
Mignot, que la formation des calculs biliatres reconnait comme origine l'infection de la vésicule el notamment l'infection par le bacihe typhique.: On sait pourtant que cette opinion n'est pas acceptée par tous. Après Bouchard, certains auteurs lels que Sachs, Bacmeister, Chauffard, ont pensé que la précipitation de la cholestérine, point de départ de la Hthiase, a pour cause tout autre chose qu'un processus microbien local. La hthiase est d’abord aseptique, mais la présence des calculs dans la vésicule biliaire en favorise el en entretient l'infection. Gelte doctrine pathogénique se concilie donc également avec la constalation de Fürster.
Les femmes, qui sont plus sujettes que l’homme à la Hihiase biliaire, sont aussi plus souvent porteuses de bacilles. Dans un cas, Fôrster aurait vu disparaître les bacilles des selles après l'expulsion d’un caleul.
Des autopsies ont élé faites de sujets connus comme porteurs chroniques . de germes el ont montré l’infection des voies biliaires. Nieter et Liefmann, Grimme, Kamm, en pareil cas, ont isolé le bacille typhique soit seulement de la vésicule biliaire contenant ou non des calculs, soit en même temps du foie et du duodénum. Debhler (!) n’a pas cramt, en 1907, d'ouvrir et de drainer la vésicule biliaire chez deux femmes porteuses chroniques de bacilles d'Eberth : dans les deux cas, la présence, en grande quantité, de ce bacille fut constatée dans la vésicule enflammée. Cramer, Blumenthal, Lorey, Simon, Evers et Mühlens ont pratiqué ou fait pratiquer des inter-. ventions analogues en vue de supprimer l'excrélion des bacilles typhiques ou paralyphiques habiluellement présents dans les selles de porteurs de œermes. Toutes ces opérations ont permis de saisir la pullulaton dans la vésicule biliaire de bacilles identiques à ceux trouvés dans les matières fécales. Récemment, Dubs (?), en rapportant un nouveau cas de cholécystectomie praliquée pour faire disparaître les bacilles typhiques des fèces, a rassemblé 25 observations d'interventions faites jusqu'ici à cet effet sur la vésicule biliaire. La cholécystotomie et la cholécystostomie n'ont jamais supprimé complètement lexcrélion’ des bacilles. La cholécystectomie aurait presque loujours, au contraire, fait disparaître défimiävement les germes des matières fécales; mais, là encore, il m'y a rien d'absolu; dans une observalion antérieure de Cramer et dans celle de Dubs, la cholécystectomie n'a été suivie d'aucun résultat. La vésicule biliaire est donc bien le lieu de végétation le plus important du bacille d'Eberth chez les porteurs de germes;mais, dans certains cas, les conduits bilaires intra et extra-hépatiques peuvent, sans doute, rester également chroniquement infectés el il n’est même pas impossible de concevoir que le bacille d’Eberth puisse occasionnellement s'adapter au milieu intestinal et y vivre indéfiniment à l’état saprophytique. |
2° Les porteurs urinaires. — [La persistance à l’état chronique de bacilles d'Eberth dans les urines est moins fréquente que leur persistance
l. DenLer. Sur le traitement des porteurs de bacilles typhiques. Münchener Med. Wochenschrift, 1907, n°16; p.779, et: n° 45,p. 2154:
2. Duss (Winterthür). Sur le traitement chirurgical des porteurs de germes typhiques. Schweicerische Rundschau für Medisin, 16 mai 1919, n° 10. Presse médicale, 1919, n° 50, p. 505.
ÉTIOLOGIE DE LA FIÈVRE TYPHOIDE. Fasc. III. — 99
dans les selles. C’est elle pourtant qui a été connue la première. Dès 1904, L. Levi et A. Lemierre (!) alliraient, en France, l'attention sur l'élimination prolongée du bacille typhique par les urines : à propos d’un cas personnel, ils rassemblaient un certain nombre d'observations étrangères, montrant quel rôle peut jouer l'urine ainsi chroniquement infectée dans la propagalion de la fièvre typhoïde. Gwyn a constaté le bacille dans l'urine cinq ans, Haouston trois ans, Horton-Smith et Young cinq ans, Irwin et Haouston sept ans, Brown trente-cinq ans après une fièvre typhoïde.
Rarement les urines de ces porteurs chroniques sont claires: le plus souvent, elles sont troubles, et cet aspect particulier est dû en partie au nombre considérable de microbes. C’est dans les voies urinaires et particulièrement dans la vessie, que végète le bacille d’Eberth; il y entretient un certain degré d'inflammation chronique; aussi lurine contient-elle souvent un grand nombre de leucocytes, qui contribuent à la troubler. Cette inflammation chronique des voies urinaires, cyslite ou pyélite, ne donne, en général, aucun symplôme; pourtant, un malade de Meyer et Ahreimer a été opéré de pyonéphrose éberthienne dix ans après sa fièvre typhoïde.
Certains auteurs admettent que la présence de bacilles d’Eberth dans les urines est la conséquence de poussées de réinfection générale par les bacilles végétant dans la vésicule biliaire ; mais, le plus souvent, l'urine est continuellement bacillifère, et il est peu vraisemblable que des poussées intermittentes de bacillémie éberthienne puissent se produire sans donner naissance à des symplômes généraux. |
9° Suppurations tardives et prolongées. — Nous avons eu déjà l’occasion de mentionner lapparilion de suppurations osseuses frappant de préférence les os longs : Libia, côtes, cubitus, fémur, apparaissant parfois plusieurs semaines ou même plusieurs mois après la guérison de la fièvre Lyphoïde, et affectant une allure (orpide, à la façon des abcès froids tuberculeux (Chantemesse et Widal). Ces ostéites peuvent rester fistulisées presque indéfiniment et le pus qui s'en écoule contient du bacille d'Eberth, Par l'intermédiaire de cet écoulement purulent, souillant le Hinge, les pansements, les mains, la fièvre typhoïde peut être transmise à l'entourage. C'est là une éventualité évidemment exceptionnelle, mais intéressante à signaler. |
4° Les porteurs sains. — P. Remlinger et G. Schneider (?) ont signalé, en 1897, la présence du bacille d'Eberth dans les selles d'individus absolument sains, mais vivant dans le voisinage de typhiques. Ce fait a été confirmé par Conradi, Lentz, Simon, Thomas, Clerc et Ferrari. Klinger, à Strasbourg, a examiné les matières fécales de dix-sept cents personnes vivant dans l'entourage de lyphiques : chez onze d’entre elles, il a isolé le bacille d'Eberth. Plus récemment, P. Carnot et B. Weill-Hallé (), chez vingl-elt-un médecins et infirmiers donnant des soins aux typhiques, ont
1. L. Levi et A. LemierrEe. Un cas de cystite à bacille d'Eberth. Prophylaxie urinaire de la fièvre typhoïde. Bull. et Mém. de lu Soc. méd. des hôpitaux. 6 décembre 1901.
2. P. REMLINGER et G. Scangiper. Annales de l'Institut Pasteur, janvier 1897.
3. P. CarNor et B. WeiLL-HALLÉ. De la dissémination du bacille d'Éberth autour des
malades atteints de fièvre typhoïde. C. R. de l'Académie des Sciences, &. CLX, 15 mars 1915, p. 352.
FE Wias, À: LemiErRrE et P::ABRAMI.
BD: FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES.
trouvé quinze fois le bacille d'Eberth dans les matières fécales. Les porteurs de germes de cette calégorie, qui ne sont pas d'anciens typhiques. sont les porteurs éphémères, encore désignés par Klinger sous le nom de porteurs aiqus.
Ici, la contamination de l'intestin est purement transitoire ; elle cesse dès que les porteurs éphémères sont soustraits à la contagion. Ainsi, dans un fait rapporté par Scheller, dix-sept personnes présentaient dans leurs selles des bacilles provenant de l'ingestion de lait contaminé à la laiterie par un porteur chronique de germes. Les bacilles disparurent de leurs malières fécales dès qu'on fil cesser la cause de la souillure du lait. Les porteurs éphémères ne jouent done qu'un rôle insignifiant dans la propa. gation de la fièvre typhoïde. :
Chez certains sujets en bonne santé, la présence du bacille d'Eberth dans
les selles peut être l'indice de lincubation d’une fièvre typhoïde qui ne tarde pas à se déclarer; c'est ce que Conradi, von Drigalski, Mayer, Tietz, Prigge ont constaté dans quelques cas. |
Il existe enfin des porteurs chroniques qui n'ont jamais eu la fièvre typhoïde. Il est difficile de penser que la pathogénie soit ici la même que pour les porteurs éphémères. Il est plus satisfaisant d'admettre, avec Lentz, qu'en pareil cas, 1l y a bien eu antérieurement une infection générale éberthienne, mais si bénigne ou si alypique, qu'elle n'a pas été diagnostiquée. Les cas de cholécystite éberthienne survenant chez les sujets indemnes de dothiénentérie antérieure, tels que ceux rapportés par Guarnieri, Eonœuet, Besançon et Philibert, Le Gendre, Blumenthal, Pratt, montrent la possibilité de ces fièvres typhoïdes méconnues. Non moins convaincantes sont les observations de Scott (!), qui, ayant ensemencé la bile de deux cents individus morts de maladies diverses, mais sans fièvre tÿphoïde dans leur passé rapproché ou lointain, à isolé chez six d’entre eux le bacille d'Eberth en culture pure.
Les porteurs chroniques de germes sans typhoïde antérieure ne sont, du reste, pas tous des porteurs intestinaux ; il en existe des exemples parmi les porteurs urinaires (Haouston), et ceci ne peut s'expliquer si lon n’admel pas l'existence d’une septicémie préalable avec élimination de bacilles par le rein.