Micuiezs. Poitou médical, février
PROPHYLA XIE. Fasc. III. — 295
PROPHYLAXIE
Les mesures prophylactiques doivent combattre la cause spécifique et les causes secondes. |
Prophylaxie spécifique. — Elle est basée sur ce fait que l’homme porteur de bacilles dysentériques, malade atteint de forme caractéristique, fruste ou avortée, convalescent, porteur sain, est le principal foyer d’infection. C’est lui qui dissémine au dehors les germes spécifiques, et con- Lamine tout ce qui l'entoure.
Pour lutter contre lui, il faut d’abord le dépister. Dans ce but, mettre en œuvre toutes les ressources de la clinique, mais aussi du laboratoire.
Une fois ces sujets reconnus, il faut les empêcher de nuire, et pour cela les isoler. L’isolement à l'hôpital est à conseiller; dans les familles, il devra être aussi complet que possible.
Avant l'isolement, ils ont souillé les milieux extérieurs, les objets personnels, etc., par leurs déjections. Aussi doit-on opérer une désinfection sévère : désinfection du local qu'ils ont occupé, désinfection des linges, de la literie, des vêtements, etc., bref de tout ce qui a pu être contaminé. De même la désinfection des latrines et de leurs abords doit être l’objet de tous les soins.
L'eau d'alimentation devra être pure; on devra surveiller l'hygiène et la propreté des cuisines et surtout les préserver des mouches par la pose de toiles métalliques aux fenêtres. Les mêmes mesures doivent être appliquées aux cantines et aux réfectoires.
A l'hôpital, le malade sera isolé et traité ‘dans des chambres spéciales. Un personnel spécial sera mis à sa disposition et devra observer pour luimême une hygiène de propreté rigoureuse.
Le dysentérique sera tenu dans un état constant de propreté. Le linge souillé sera trempé dans une solution désinfectante avant d’être soumis à la désinfection par la vapeur. Les vases de nuit et les latrines seront désinfectés rigoureusement.
Les convalescents ne doivent sortir de l'hôpital qu'après la disparition complète du bacille dysentérique de leur intestin. |
Prophylaxie des causes secondes. — Protéger les sujets sains contre le refroidissement brusque : l’usage de la ceinture de flanelle rend de grands services à cet égard.
Surveiller l'alimentation : la consommation des légumes crus, des fruits verts, du lait cru, devra être rigoureusement interdite.
Supprimer les foyers d'infection générale qui, en provoquant des troubles digestifs d'ordre banal, préparent les voies à la pullulation du bacille dysentérique.
D'une façon générale, assurer la salubrité du sol, de l'alimentation, de l'habitation, sans oublier l'hygiène individuelle.
CH. Doprter.
LA DYSENTERIE AMIBIENNE
Par M. DOPTER,
Médecin principal de 1"° classe. Professeur au Val-de-Grâce. Membre de {’Académie de Médecine.
La dysenterie amibienne se différencie de la dysenterie bacillaire par plusieurs caractères essentiels et notamment par sa cause parasitaire : l’amibe dysentérique, dont le rôle pathogène fut reconnu, en 1892 par Lutz, en 1898 par Councilmann et Lafleur.
Révartition géographique. — Cette variété spéciale de dysenterie est l'apanage des pays chauds et tropicaux; elle y règne en permanence; elle est d'autant plus fréquente qu'on se rapproche de l'équateur.
Un de ses foyers les plus importants est l’Inde et l’Indo-Chine. Il en est de même de la Cochinchine, de l’Annam et du Tonkin. Les Philippines et l'île Formose la voient régner à l’état endémique.
Le continent africain tout entier est encore son domaine. Elle est fréquente et grave en Égypte; on la connaît en Tripolitaine, en Tunisie, en Algérie, au Maroc. Sur la côte ouest, en Guinée, au Sénégal, au Dahomey, au Congo, elle fait de grands ravages; il en est de même sur la côle est, à Zanzibar, Mozambique, puis dans les îles avoisinantes (Madagascar, Bourbon, Maurice).
En Amérique, elle sévit avec intensité au Mexique, à Panama, à la Guyane, au Pérou, en Colombie, au Brésil. Les nombreuses îles des Antilles, surtout la Martinique et la Guadeloupe, sont des foyers classiques de dysenterie.
En Europe, avant la guerre, la dysenterie amibienne était pour ainsi dire absente. On connaissait cependant quelques foyers en Grèce, en Turquie, dans l’île de Crète. Partout ailleurs, on ne l’observait guère que chez les coloniaux rapatriés, ayant contracté leur dysenterie dans les pays tropicaux. Toutefois, certains cas de dysenterie amibienne ayant évolué sur notre territoire d’une manière autochtone avaient été signalés. (Dopter, Caussade et Joltrain, Paviot et Garin, Chauffard, Landouzy et Debré, etc.). Pendant la guerre, à la faveur de l’arrivée sur notre sol de contingents indigènes, elle à pris pied dans la zone des armées et s’est diffusée sur le territoire (Ravaut et Krolunitski).