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En certains cas la lésion persistante est réduite au minimum et reste localisée à une portion de l'intestin. On observe ainsi la rectite dysentérique, se révélant par l'expulsion de matières moulées, coiffées de mucus au moment de leur passage dans le rectum, ou bien c’est au niveau du cæcum que siègent les lésions ; les troubles intestinaux se réduisent à de la diarrhée transitoire entrecoupée de constipation avec un peu de douleur dans la région cæcale. Ces lésions minimes répondent à l'existence d’ulcères torpides ordinairement peu nombreux, {parfois même solitaires (Kelsch et Kiener).

Au bout d’un certain temps, ces accidents si tenaces entraînent une perte graduelle des forces, un amaïigrissement et un dépérissement progressifs, bref un état cachectique, assez bien caractérisé pour qu'on l’ait dénommé « cachexie dysentérique ».

« La peau est sèche, ichthyosique, quelquefois d’une teinte terreuse et bronzée que Desgenettes a comparée à la patine des vieux bronzes. La langue dépouillée de son épithélium'est lisse, rouge et luisante. La maigreur se prononce de plus en plus ; le malade devient comme un squelette vivant. La peau parcheminée paraît collée sur les'os; le ventre est creusé en arrière et pour ainsi dire appliqué sur la colonne vertébrale. L’urine est rare et son émission parfois douloureuse. À moins de complications, la maladie se poursuit dans l’apyrexie. La température du corps tend même à s’abaisser au-dessous de la normale... Parvenue à ce degré, l'affection ne peut avoir qu'uné issue fatale; celle-ci a lieu par l'épuisement progressif du malade qui, sans agonie, s éteint d’inanition comme une lampe manquant d'huile. » (Vaillard.)

Quand elle guérit, cette dysenterie chronique laisse après elle des séquelles intestinales durables, définitives, qui sont la conséquence des altérations profondes dont le tube digestif a été le siège. En leurs lieu et place, un tissu cicatriciel se forme, amenant l’épaississement fibreux des tuniqnes, diffus ou limité; limité, 1l forme ainsi des rétrécissements pouvant aboutir à l’occlusion complète de l'intestin.

Forme septicémique. — Les médecins qui exercent aux pays tropicaux, ont l'habitude de faire place, à côté de la forme commune dont les principaux caractères viennent d’être tracés, à une nouvelle forme où les phénomènes de septicémie entrent en jeu; ils viennent donner au tableau clinique une allure un peu spéciale.

Aux phénomènes dysentériques habituels, viennent s'en ajouter d'autres; le malade éprouve des frissons, sa température s'élève, devient continue ou bien rémittente ; la langue se sèche, la bouche devient fuligineuse, l’haleine est fétide, le malade délire, l’état général rappelant l’état typhoïde. Enfin le ventre peut devenir douloureux, ballonné ; les vomissements apparaissent, puis des phénomènes de pyohémie s'installent et l’on observe des suppurations multiples, des‘eschares sacrées, des érysipèles gangréneux, etc.

En même temps on peut observer des hémorragies multiples : hémorragies intestinales, épistaxis, pétéchies, purpura, ecchymoses sous-cutanées ou viscérales.

La mort est presque fatale dans ces conditions; elle arrive au milieu de

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phénomènes d’hyperthermie, ou bien, au contraire, le collapsus survient, accompagné de sueurs froides, de cyanose, en un mot de phénomènes cholériformes. |

En d’autres circonstances, ces phénomènes septicémiques prennent naissance à une époque plus rapprochée du début; 1ls peuvent même évoluer d'emblée de concert avec eux. Ce sont ceux qui contribuent pour beaucoup à amener la mort en quelques jours, maisles malades succombent, certes plus par cette complication que par les méfaits de l’amibe dysentérique. En tout cas ils donnent à la dysenterie qu'ils compliquent une physionomie spéciale, variable avec chaque agent septicémique surajouté et avec sa virulence ; ils en modifient la marche, les caractères, l'allure générale de devient brusque et brutale, rapide.

Enfin sur les lésions classiques et pures de la dysenterie amibienne, peuvent se greffer des altérations gangrénéuses qui viennent donner leur note particulière aux tableaux cliniques déjà décrits :

Les selles prennent leur aspect bien particulier, leur odeur est extrêmement fétide; l’état général fléchit, accompagné le plus souvent d'algidité cholériforme. Dans ces conditions la mort survient rapidement.

Forme suraiguë. — Cette forme d’amibiase, décrite par Marcel Bloch d'après des faits observés pendant la guerre, se différencie des autres par la rapidité de son évolution et de la mort.

Au point de vue clinique, elle est assez difficile à déceler, car le ne dysentérique peut être très fruste ou même absent, si bien que suivant le cas on peut penser se trouver en présence d’une gastro-entérite banale ou bien parfois d’un état typhoïde grave. La mort survient 15 à 20 jours après le début des premiers HOME les symptômes étant restés cantonnés dans le gros intestin ou s'étant propagés au foie.

Forme cholérique.— Il s'agit de malades qui, en puissance de dysenterie amibienne, voient sur leur Ra dysentérique se greffer des phénomènes de diarrhée séreuse profuse, incoercible, s’'accompagnant de vomissements, d’asthénie profonde, d’un pouls filiforme, de crampes, etc.; ils entraînent bientôt une véritable déshydratation générale du sujet, dont l’habitus extérieur devient celui d’un cholérique. La mort en est la conséquence fréquente.

Cette forme qui a été observée pendant la guerre, surtout en Argonne, a été attribuée par Mattéi à une triple insuffisance surrénale, rénale et hépatique. En certains cas cependant, il semble que ces troubles cholériformes puissent être causés par une entérite banale (les lésions de l'intestin grêle en font foi), causée par des germes étrangers à ceux du gros intestin; ils compliquent le processus d’amibiase.

Formes larvées. — L'amibiase intestinale ne se manifeste pas toujours d’une façon complète, ni typique. Kelsch et Kiener avaient insisté autrefois sur ces crises diarrhéiques, symptomatiques de dysenteries frustes qui passaient inaperçues parce qu'elles ne prenaient pas le masque classique. Depuis que la dissociation a été effectuée entre les dysenteries bacillaires et amibienne, pareille constatation a été faite dans l’une et dans l’autre. Or, la dysenterie amibienne semble se manifester fréquemment sous cet aspect larvé dont la méconnaissance entraîne des erreurs de diagnostic, préjudi-

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ciables à la thérapeutique et à la prophylaxie. Aussi, Ravaut et Krolunitski ont-ils eu raison d’insister sur leur fréquence au cours de la grande guerre.

Dans un certain nombre de cas, il s’agit de sujets qui ont présenté pendant 24 à 48 heures un syndrome dysentérique ébauché, dont l'élément essentiel consistait en l'émission de selles glaireuses, muqueuses, ou mucoso-sanglantes. Ces symptômes n’ont eu qu'une durée très passagère, et ont été remplacés rapidement par des troubles diarrhéiques, d’apparence banale, mais se faisant remarquer par leur persistance et l’atteinte sérieuse de leur état général, entraînant une sensation de fatigue et d’asthénie très marquée.

Ces troubles peuvent continuer à se manifester sous cette forme banale pendant des semaines et des mois, montrant cependant, si l'examen microscopique est pratiqué, non des amibes vivantes, mais des kystes amibiens. En d’autres cas, les matières diarrhéiques s’accompagnent de temps à autres d'émission de glaires muqueuses qui peuvent mettre sur la voie du diagnostic, surtout si l'examen révèle alors la présence d’amibes vivantes.

Ces phénomènes s’accompagnent fréquemment d’exonérations pénibles et douloureuses avec sensations de lourdeur et de barre épigastrique, s’exagérant après les repas, puis de coliques s’irradiant vers le rectum et ne cédant qu'à la suite d’une émission parfois impérieuse.

Chez d’autres sujets, on n’observe que de la constipation (Ravaut et Charpin) avec douleurs sourdes dans la fosse iliaque gauche ou droite, pouvant simuler une appendicite. Le siège des douleurs varie d’ailleurs avec le siège de la lésion, quand celle-ci est limitée à tel ou tel segment du gros intestin. Ravaut et Charpin ont signalé des erreurs de diagnostic commises en pareil cas : c’est ainsi que l’ulcère gastrique, quand la douleur était épigastrique, la néphroptose, la néphrite (douleurs lombaires), la prostatite, etc., ont pu être confondus avec cette forme larvée de l’amibiase intestinale; il est évident que le diagnostic ne peut souvent être établi que par l'examen microscopique révélant l'existence des amibes ou plutôt des kystes amibiens.

Dysenteries associées. — Il y a lieu tout d'abord de faire une place spé- : ciale, au point de vue clinique, à une série de dysenteries amibiennes qui se révèlent d’une façon anormale chez des sujets qui se trouvent en puissance d’autres infections. Kelsch et Kiener les avaient décrites sous le nom de dysenteries proportionnées. Ce sont des dysenteries qui surviennent au cours d’une atteinte scorbutique, ou typhoïde; ou de toute autre infection. Elles se manifestent par des symptômes légers et tellement flous parfois qu'elles passent inaperçues. Ravaut et Krolunitski leur ont donné le nom de dysenteries « camouflées ».

Signalons en outre l'existence des dysenteries mixtes amæbo-bacillarres chez lesquelles l’amibe et le bacille dysentérique peuvent l’un et l’autre se réclamer d’une action pathogène propre à chacun d'eux. Il s’agit le plus souvent, en ces cas, de malades qu’un seul traitement spécifique mis en œuvre arrive à améliorer sans qu’on puisse obtenir la guérison complète. Celle-ci ne s'obtient que le jour où, le diagnostic bactériologique ayant déterminé la présence de deux agents pathogènes, on utilise simultanément ou successivement les thérapeutiques spécifiques appropriées.

CH. DoPpTEr.

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Enfin, à l’amibiase intestinale peuvent se surajouter des phénomènes de colite dus à des parasites intestinaux tels que Lamblia, Cercomonas, etc. qui provoquent pour leur propre compte des troubles intestinaux qui contribuent à entretenir les lésions dues à l’amibe, à les aggraver, et à prolonger leur durée.

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