‹ Nouveau traité de médicine (volume 3)Chapitre 130 sur 204 · LA DYSENTERIE AMIBIENNE · texte numérisé non relu

LA DYSENTERIE AMIBIENNE

heurte en ce cas à l'accumulation du médicament dans l organe due à la lenteur de son élimination (Mattéi), et à sa loxicité.

Toxicité. — L’émétine en effet est toxique. La: toxicité du médicament se traduit par des phénomènes cardiaques et nerveux, habituellement passagers, mais pouvant en certains cas devenir assez graves pour entraîner la mort.

Chez certains sujets, dès les premiers jours d’un traitement Robdion par injections de 0 gr: 08 de chlorhydrate d’émétine, on observe des nausées et des vomissements. Accidents en général peu sérieux, qui cessent dès que la cure est interrompue. |

Lagane, puis Mattéi ont observé parfois de l’affaiblissement des contractions cardiaques avec hypotension, symptomatiques d'une insuffisance cardiaque pouvant se déclancher soit lentement, soit brusquement, et entraîner des phénomènes pulmonaires consécutifs.

Spehl et Colard ont signalé des troubles nerveux graves se traduisant par des parésies des muscles du cou, avec troubles de la déglutition, de la mastication et de la parole, accompagnés de diminution des réflexes tendineux et de paralysie des muscles respiratoires. En d’autres cas (Mattéi), il s'agit d’impotence fonctionnelle des membres, accompagnée de contractures et de douleurs (Mattéi). Ces troubles cessent en général quand on cesse le médicament, mais 1ls peuvent entraîner la mort (Cabre).

On peut observer encore des troubles intestinaux (diarrhée), indépendants de l’amibiase, de même aussi des troubles urinaires.

Ces accidents se produisent en général quand la dose totale injectée au malade dépasse 1 gr. Certains sujets en présentent cependant quand la dose atteint 0 gr. 60 à 0 gr. 80. Tout dépend aussi de la qualité de l’émétine, de sa préparalion, de son ancienneté de conservation, mais aussi de l’état de résistance générale du sujet.

La toxicité du produit est favorisée par son accumulation dans l’organisme et sa faible diminution journalière. Suivant les quantités injectées, l'élimination peut durer 40 à 60 jours après la dernière injection quand le malade a été traité quotidiennement pendant 8 à 10 jours.

Mode d'emploi. — En pratique, il convient; pour obtenir les résultats auxquels on est en droit de s'attendre, de pratiquer des injections quotidiennes de chlorhydrate d’'émétine de 0 gr. 04 à 0 gr. 08.

Mais pour éviter les accidents toxiques graves, il est prudent de ne jamais dépasser la dose totale de 1 gr.

Si les symptômes toxiques surviennent avant que cette dose ne soit atteinte, 1l y a lieu de suspendre le traitement. Si la production de rechutes nécessite plusieurs séries de cure d’émétine, il y aura lieu, avant d’entreprendre la série suivante d'attendre l'élimination complète du médicament provenant de la cure précédente (à vérifier par les réactifs appropriés).

Iodure double d'émétine et de bismuth. — Pour détruire les kystes amibiens que les injections de chlorhydrate d’émétine ne peuvent atteindre, plusieurs auteurs (de Mez, Dale, How et Dobell, Lebœuf, etc.) ont tenté d'utiliser l’ingestion d'iodure double d’émétine et de bismuth.

On a employé ce médicament, de préférence sous forme de pilules kéra-

a TRAITEMENT. Fasc. III. — 52

limisées, où inclus dans des capsules de gélatine, pour éviter les nausées et vomissements que provoque le médicament quand il est ingéré en nature.

Les résultats obtenus ont été encourageants : Lebœuf avec 3 pilules de 0 gr. 06 pendant 12 jours à pu obtenir la disparition des amibes vivantes el des kystes; 1l a observé toutefois de la diarrhée chez les malades ainsi traités.

Dobell aurait observé cette disparation dans 90 pour 100 des cas. Margaret el Meakins ont vu les kystes disparaître dans 10 cas sur 11 après avoir employé le médicament donné en cachets enrobés de stéarine.

Ravaut déclare que le produit lui a° rendu de grands services dans quelques formes chroniques, et notamment chez des porteurs de kystes (2 capsules kératinisées de 0 gr. 05 chacune par jour, pendant 10 jours).

De nouvelles recherches demandent à être faites dans ce sens. Rappelons que Noc a employé avec succès les pilules glutinisées d'extrait total d'ipéca.

Arséno-benzol. — Après Milian qui, en 1911, avait observé la guérison d’une dysenterie amibienne chez un syphilitique qu'il traitait par l’arsénobenzol, Ravaut pratiqua systématiquement des injections de néosalvarsan chez des amibiasiques.

Sous/leur influence, la guérison de la crise dysentérique semble obtenue en # à » jours dans les cas légers; dans les atteintes plus graves, 10 à 15 jours sont nécessaires pour voir survenir la disparition du syndrome. Les cas chroniques cèdent moins facilement à l’action du médicament dont l'administration doit être prolongée: 11 faut alors répéter ces injections tous les trois jours, à raison de Ü gr. 50 par injection. Chez certains malades même, un résullat favorable peut n'être obtenu qu'après 8 à 10 injections.

Ces faits montrent que l’arsénobenzol à une action certaine sur l'amibe dysentérique, mais qu'il n’est pas supérieur à l’émétine; enfin il ne paraît pas plus efficace que cette dernière sur les kystes amibiens; il n'évite pas les rechutes. :

Cures mixtes émétino-arsenicales. — Aussi Ravaut a-t-il pensé pouvoir uliliser avec succès: l'association de ces deux médications spécifiques. Voici, d’après cet auteur, le traitement de choix à opposer à l'amibiase :

4 injections intraveineuses de 0 gr. 50 de novarsénobenzol à 4 jours d'intervalle ; pendant les 3 jours intermédiaires, une injection quotidienne d’émétine à doses croissantes (0 gr. 04, 0 gr. 06, 0 gr. 08). Suspendre alors l'émétine et continuer les injections de novarsénobenzol (0 gr. 50) tous les 4 jours jusqu'à concurrence de 10. On reprend l’'émétine à partir de la 7° entre les 3 dernières injections de novarsénobenzol. En 40 jours, le malade a donc reçu 10 piqûres de novarsénobenzol et 18 d'émétine.

Malgré ce traitement intensif et prolongé, les kystes persistent dans 20 pour 100 des cas (50 pour 100 dans les atteintes chroniques). La méthode réalise donc un progrès, mais ce dernier demande à être développé. La disparition des kystes amibiens réclame donc de nouvelles recherches, car le problème ne semble pas résolu.

Traitement chirurgical. — On a récemment proposé de soumettre les dysentériques amibiens au traitement chirurgical. On pratique une cæcostomie (Folet, Snendonça, Lutz, Paranhos, Curl, etc.) et par l'ouverture

CH. Doprer.

322 LA DYSENTERIE AMIBIENNE,

obtenue, on fait des lavages antiseptiques qui agissent directement sur toute l'étendue de la muqueuse jusqu'à l'anus naturel. D'autres (P. Manson) préconisent l’appendicostomie. Après laparotomie, on découvre l’appendice, on le fixe à la paroi, on l’ouvre. Par l'ouverture produite, on introduit les liquides de lavages.

Ces tentatives ne paraissent avoir d'action que sur les formes de moyenne intensité, les formes graves n’en bénéficient aucunement.

Régime alimentaire. — Le régime alimentaire des (Sen eeRReE amibiens demande à être particulièrement surveillé.

Il faut obtenir le repos absolu de l'intestin. Le régime lacté absolu he devoir être écarté, car il est de nombreux cas où il est mal supporté et provoque des fermentations. On aura recours alors aux farines (farine d’avoine, racahout, elc.), aux purées (purée de pois, de lentilles, de pommes de terre, etc.), aux pâtes (macaroni, nouilles, etc.).

Quand les phénomènes dysentériques ont disparu, on commencera à prescrire des viandes blanches, puis du jambon, de la noix de côtelette, mais en observant une progression croissante el prudente, sous peine de voir, à bref délai, se déclarer une rechute. :

En ce qui concerne les boissons, la bière et le vin blanc conviennent le mieux. Dans la journée, les malades peuvent prendre de l’eau de riz. à

PROPHYLAXIE

La prophylaxie de la dysenterie amibienne ne diffère pas éssentiellement de l’ensemble des mesures applicables à la dysenterie bacillaire ; toutes deux sont contagieuses et déterminées par un germe respectivement spécifique.

Il esti avéré actuellement que les mesures générales d'assainissement, destinées à assurer la salubrité du sol, des eaux potables et de l'habitation ont pour résultat de diminuer la fréquence de Ia maladie. C’est ainsi qu'aux Indes, en Cochinchine, aux Antilles, sur la côte occidentale d'Afrique, la dysenterie, quoique fréquente encore, l’est infiniment moins qu'autrefois. Les influences climatériques de ces différents pays ne se sont cependant pas modifiées; ce qui a changé, ce sont les conditions hygiéniques des centres habités. Leur développement et leur prospérité ont nécessité des transfor- mations, des aménagements nouveaux, des travaux d'assainissement du sol, la purification des eaux consommées ou l’adduction d’eau pure, toutes choses qui ont pour effet d'apporter la salubrité là où elle n'existait pas.

Dans la lutte à effectuer contre la dysenterie amibienne, plus encore que pour la dysenterie bacillaire, la salubrité des eaux potables devra ‘done être le constant souci de la prophylaxie. Tous les moyens (filtration, ébullition, stérilisation par les appareils en usage actuellement, désinfection par produits chimiques) seront mis en œuvre pour l’assurer. Son importance devient capitale pour les troupes qui opèrent ou stationnent dans les régions d'endémicité, et y sont souvent réduites à utiliser des eaux de surface, toujours impures et dangereuses.

Les mesures ea éviter la souillure du sol, dans les casernes, dans

AUTRES DYSENTERIES. Fasc. III. — 525

les camps, ne diffèrent pas de ce que nous avons exposé au chapitre de la dysenterie bacillaire. Il en est de même pour la propreté et la désimfeclion des latrines; de même pour les soins à apporter à l'alimentation générale, à la préservation des aliments des souillures spécifiques transportées par les mouches ou autres intermédiaires.

AUTRES DYSENTERIES

Dysenterie balantidienne. — Cette variélé de dysenterie a été rencontrée en Russie, en Allemagne, au Brésil, où elle est d’ailleurs peu fréquente; en France, en Suède, en Norvège, en Autriche, en Italie; on l’a observée également en Indo-Chine, au Siam, dans les Indes anglaises, aux Philippines, aux États-Unis, à Panama, à la Guyane française, à Cuba. En France, on ne connaît que les deux cas d’Ardin-Delteil et de M. Labbé.

Elle est produite par la pullulation dans les parois du gros intestin, d'un infusoire cilié, le Balantidinium coli, parasite fréquent de

l'intestin du pore. C’est un infusoire de forme VE 4 ‘4 + À “544 | x : Q ’ i Ê | $ % 2 HER UNE ovale, long de 70 à 100 &, constitué par une | fe ‘1 {: NT. 1 | lo HR SALN masse protoplasmique granuleuse contenant IN AFS Dr

un noyau et des vacuoles contractiles. Sur la cuticule mince qui l'entoure, s'implantent des cils longs, constamment en état de vibration, imprimant à l'infusoire une mobilité très vive.

La symptomatologie se résume en de la diarrhée chronique accompagnée de nausées ou de vomissements; en d’autres cas, 1l s’agit d'un véritable syndrome dysentérique avec ténesme, épreintes et émission de mucus Fig. 8. — Balantidium coli dans sanglant. un Capillaire de la sous-mu-

L'anatomie pathologique montre que les TE lésions occupent le gros intestin et augmen- : tent d'intensité au fur et à mesure qu'on se rapproche du rectum.

Elles consistent tout d’abord dans un catarrhe plus ou moins accusé : la muqueuse est œdématiée, teintée en rouge sombre et recouverte de mucus.

Les lésions se compliquent souvent de la production d'ulcères plus ou moins confluents, ronds ou ovales, irréguliers, profonds, limités par les bords taillés à pic, surplombants. Ces altérations sont, en somme, assez semblables à celles de la dysenterie amibienne.

CH. DopTer.

Page 1