ÉTYMOLOGIE, FOYERS ET ROUTES DU CHOLÉRA
L'étymologie du mot choléra est encore très discutée. Certains le font dériver du grec xokxèes qui se rencontre dans Homère, et signifie intestins : d’autres le considèrent comme un mot composé, provenant de xsàn (bile) et ésw (couler); enfin les hébraïsants voient son origine dans le mot hébreu « choli-ra », qui peut se traduire mauvaise maladie.
Quoi qu'il en soit de son étymologie, il est certain que les anciens ne connaissaient pas cette maladie. Hippocrate, Galien, Arétée de Cappadoce, Celse et Cælius Aurélianus n’ont décrit que le choléra nostras, maladie commune à la plupart des grandes villes, qui se confond avec le choléra indien par ses symptômes, mais en diffère par sa bénignité, son élal sporadique et son étiologie.
Le choléra morbus, celui qui nous occupe actuellement, a son foyer principal aux Indes, où il a été signalé depuis les temps les plus reculés. Dans les livres sanscrits, il est désigné sous le nom de Viduna ou de Medsonéidan et dans les traductions tamules sous celui de Sitaya. Il existe à l’état endémique dans un vaste quadrilatère qui a pour limites, au Nord, la chaîne de l'Himalaya, à l'Est embouchure du Brahmapoutre, à l'Ouest celle du Mahanadi et au Sud, la mer.
Sous certaines conditions, non encore précisées, le choléra se réveille sous forme d’épidémies, qui restent circonscrites dans le pays où elles ont pris naissance ; d’autres fois 1l s'étend dans les provinces voisines sans dépasser les limites de la presqu'île, et enfin dans certaines circonstances il se répand par bonds ou de proche en proche, sur les autres continents en formant de véritables pandémies.
Les premiers voyageurs européens dans l'Inde, Gaspar Goréa (1503) et Garcio d'Orta (1563), en parlent. Bontius, médecin de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, rapporte une épidémie observée à Batavia, en 1629.
À parlir de la deuxième moitié du xvur siècle, les renseignements deviennent plus précis. L'épidémie la plus connue est celle qui attaqua en 1780, une division anglaise de 6000 hommes commandée par le colonel Pears. En 1782, une épidémie fut signalée parmi les matelots de la flotte
M.-A. Rurrer et M, CRENDIROPOULO.
de Sir Ed. Hughes aux Indes, et une autre à Madras parmi les troupes
nouvellement débarquées. En 1783, pendant le grand pèlerimage mdien de
Hardwar, le choléra fit 20 009 victimes parmi les indigènes.
Jusqu'à la fin du xvin° siècle, la maladie étaït cantonnée dans la presqu'île indienne, mais à partir de 1817, le choléra franchissant ces frontières, visita toutes les parties des Indes, et, un peu plus tard, lAsie.et l'Europe.
En Europe, dit Graves (!), on ne connaissait alors aucune maladie semblable au choléra spasmodique. Quoique contredite par plusieurs autorités, cette assertion peut être tenue pour vraie, et pour mon compte, je ne doute pas un seul instant de son exactitude. » |
Première pandémie cholérique, 1817-1823.(?) — L'année 1817 fut remarquable par un terrible réveil épidémique dans le bas Bengale.
En août 1817, de Jessore la maladie s’étendit à Calcutta, dans le Bengale et ensuite dans toutes les Indes. En nÉe, des Indes la maladie gagna l’île Maurice. En 1820, elle s’étendit jusqu à Zanzibar. En 1821, le choléra gagna l'Indo-Chine, le Siam, le Tonkin, la:Chine, Mascat, Oman, le Golfe Persique, Bender-Abbassi, Bassorah et enfin Bagdad. En 1822, l'épidémie se propagea en Perse, atteignit Erzeroum el pénétra pour la première fois en Syrle,
En 1825, le choléra sévit de nouveau dans les pays où 1l avait existé l’année précédente, passa au Japon par la Chine, et de la Perse à la mer Caspienne, en attaquant Tiflis, Astrakan et Bakou. D’Alep il descendit vers Antoche et Alexandrette. Vers l'automne la maladie disparut.
Deuxième pandémie cholérique, 1826-1837.— C’est la première grande épidémie qui réellement envahit l'Europe. Son point de départ fut Calcutta, et en avril 1826, elle gagna Dinapour, Cawnpour, Agra et Delhi. En 1827, elle éclata en Afghanistan el au Turkestan; en 1898, elle sévit parmi les Kirgh1z, et en 1829 elle gagna la Perse par le Hérat et la Russie, par lès caravanes provenant des tribus de Kirghiz. En 1850, elle parut dans la mer Caspienne, à Tifhs, Astrakan, Saratoff, Nijni-Novgorod, Kharkof et à Moscou; puis dans la Russie occidentale et la Bulgarie. En Asie elle se répandit en Chine, en Arabie et plus tard en Mésopotamie.
Dans le cours de 1831 le choléra existe dans toute la Russie d’ Europe. Après la bataille de Janguires les troupes polonaises l’importent cette même année à Varsovie et 1l paraît aussi en Allemagne près de Memel. A la fin de mai il est importé à Danzig, puis à Elbing, Kônigsberg, à Berlin, et enfin le T octobre à Hambourg et Altona. L’épidémie ravageant l'Allemagne du Nord envahit l’Autriche, la Galicie, pénètre en juin dans la Hongrie, la basse Autriche, la Styrie, la Moravie, et en dernier lieu, la haute Autriche où 1l Se maintient jusqu’à l’année suivante. Dans la même année, la maladie est transportée par les Indes à la Mecque et de là, les pèlerins la disséminent dans l'Egypte ‘entière, dans l’Asie-Mineure, à Constantinople, enfin en Bulgarie. En 1852, les provinces rhénanes de P Allemagne ‘et toute l'Angleterre sont envahies.
Le choléra surgit inopinément à Calais la même année et le 26 mal, Sans
1. GRAVES. Lecons cliniques. Trad. Jaccoud, t, I. 2. Voir Briquer. Rapport surles épidémies de choléra (Mém. de l’Acad. de Méd., 1861).
ÉTYMOLOGIE, FOYERS ET ROUTES. Fasc. III. — 3%
infecter aucune localité intermédiaire, il fait son apparition à Paris où 8000 personnes meurent en moins de 18 jours. Vers le milieu d'avril, l'épidémie était en décroissance dans cette ville, el après avoir fait 18 402 victimes, elle s’éteignit en novembre. De Paris, l'épidémie s’étendil à o1 départements et fit 600 000 victimes. Entre temps, elle passa vers la fin du mois de juin en Belgique et apparut de nouveau en Hollande.
Au mois d'avril, la maladie paraît pour la première fois en Amérique.
Au mois de janvier 1853, le choléra éclate en Portugal et en août en Espagne. En décembre il gagne la Provence et Marseille qui, en deux Jours, perd 5060 de ses habitants.
De l'Amérique du Nord, le choléra descend au Mexique et passe à la Havane.
En 1834, de Marseille, la maladie gagne Nice, l'Algérie et l'Italie du Nord. En 1855, l'Italie entière est envahie. En 1836, la maladie visite la côte de Dalmatie, et pour la seconde fois, l'Autriche, l'Allemagne et la Suisse.
En 1857, Malte est très éprouvée, et une recrudescence est observée en Italie, à Marseille, Berlin et à Londres.
Pendant lhiver de 1857-1858 l'épidémie prend fin.
Troisième pandémie, 1846-1861.— En 1846, après une trêve de quelques années, le choléra fit sa réapparition en Europe et en Amérique. Parti des Indes, il s’étendit à Singapour, de là traversa la Chine, le Turkestan, l'Afghanistan et enfin la Perse pour arriver en Europe.
Aux Indes, depuis 1851, le choléra n'avait pas cessé de sévir épidémiquement, et en 1840, il est transporté du bas Bengale à Singapour et la Chine, par des troupes provenant de Calcutta. De la Chine il s'étend, en 1842, dans le Yunnan et en 1844, dans le Turkestan chinois, le Bokhara et le Turkestan russe. En 1845, l'épidémie sévit au bas Bengale, à Madras, et dans le Punjab, jusqu'à Kurachie. L'année suivante, la maladie se propage de Kurachie vers la Perse, la Mésopotamie et de Bombay à Aden, Moka, Oman et Djeddah. Cette année-là, 15 000 pèlerins musulmans périssent de choléra. En mai de la même année, de Téhéran le choléra s'étend aux villes de la mer Caspienne, puis en 1847, au Caucase, en Arménie, et atteimt Tangarog, sur la mer d’Azof, Nijni-Novgorod, Moscou et enfin Trébizonde et Constantinople.
En avril 1846, les pèlerins de la Mecque le transportent en Égypte, en Syrie, en Asie-Mineure, en Algérie, en Tunisie et au Maroc. Il reprend à Constantinople et sévit en Moldavie, Valachie en Pologne, en Finlande et en Suède, en Russie et dans toute l'Allemagne. Dans lautomne de la même année, il est transporté de Hambourg à Londres, puis à Édimbourg, Hull et Belfast.
En 1849, il attaque de nouveau Vienne, la France toute entière, la Belgique et la Hollande, puis l'Amérique (12 décembre 1848), et de 1848 à 1854, se répand sur tout le Nouveau-Monde y compris les îles voisines.
Depuis 1848-1850 le choléra régnait aux Indes épidémiquement, et en 1851 il s’étendit à Bassorah, dans le Golfe Persique, à Hilleh sur l'Euphrate et finalement à Bagdad. En 1852, il sévit à Bagdad, s'étend le long du Tigre et arrive à Tébriz et Téhéran. Au printemps de 1852 1l éclate presque
M.-A. Rurrer el M. CRENDIROPOULO.
simultanément en Perse, en Mésopotamie et en Pologne. En 1855, il paraît en Norvège, dans le sud de la Suède, dans les ports allemands de la mer Baltique, en Hollande, en Belgique, en France et en Italie. Vers la fin de l’année, il reparaît en Amérique, et attaque New-York, la Nouvelle Orléans et le Mexique. : es
En 1854, il y eut 20000 décès en Angleterre, 140000 en Krance el 20 000 en Italie. L'Espagne, l'Allemagne du Sud, la Crimée et la ce furent aussi attaquées.
De l'Amérique du Nord, il passe au Canada, aux États du Sud et de F Ouesl à la Nouvelle-Grenade et à la Colombie.
En 1855, presque toute l’Europe et l'Amérique du Sud furent infectées, el
en Russie la maladie surprend de nouveau les troupes de Crimée. ; De 1855 à 1858, il y eut des épidémies aux Indes, en Perse, en Arabie et en Amérique du Sud. La maladie, pendant cette période, rétrograde en Europe sauf en Espagne et au Portugal, mais reprend en Algérie et au Maroc.
En 1858, elle est importée à Berbera, par voie d’Aden; de là elle gagne le Souah end et s'étend jusqu’à Mozambique et à Zanzibar. En 1859, le choléra sévit avec violence sur tout le Bengale, à Bombay aux Indes, et dans
plusieurs régions de la Suède, du Danemark, de lAllemagne et des Pays- Bas en Europe.
Cette troisième pandémie se termina en 1860 dans nos pays par des … manifestations isolées en Russie et en Espagne, en Algérie et au Maroc, quoique la maladie continuât à sévir au Punjab, d’où elle se dissémina jusqu'à Kabul et en Chine.
Quatrième pandémie, 1863-1876. — Comme toujours, le fléau prélude en 1865, par une grande explosion épidémique au Bengale, puis les pèlerins la transportent d'Allahabad, à Agra, et plus tard à Bombay. En 1865, 1ls’étend
sur la côte de Malabar jusqu'à Kurachie et au Belouchistan. Les pèlerins
musulmans le transportent à la Mecque, où 9000 sur 30 000 pèlerins meurent. Les pèlerins infectèrent ensuite Moka, Makhala, le Yemen entier, Berbera, l'Égypte, la Syrie, la Palestine, la Mésopotamie et le Nord de l'Afrique. De la Syrie et de l'Égypte le fléau gagne Constantinople, Chypre, la France, Malte et-l’'Espagne. De Constantinople, il passe à Trébizonde et dans la mer Noire, le Caucase, la Bulgarie, Odessa, gagne Altembourg, et enfin Varsovie. De la Méditerranée, il passe à Southampton, Bordeaux, et de là à la Guadeloupe.
En 1866, l'épidémie surgit presque simultanément dans plusieurs localités ce PU et pendant la guerre de 1866, toute l'Allemagne, PAutriche, la Russie, la Hollande, la Belgique ét le Nord de la France furent envahis. Par ER la maladie arrive à Liverpool, à Bristol, et à Halifax, de où elle rayonne dans toute l'Amérique du Nord. |
En 1867, le choléra sévit en Autriche, en Turquie el s'étend jusqu’en Argentine. Vers 1868, il cesse en Europe, mais attaque lAbyssimie, l'Afrique centrale, et pour la première fois, le Sénégal.
En 1868, la maladie reprend dans toute la Perse centrale, et l’année suivante elle gagne Chiraz. Tébriz, Kief et enfin NiniNo oi
ÉTYMOLOGIE, FOYERS ET ROUTES. Fasc. III. — 53]
En 1870-1871, le choléra s'étend en une vaste épidémie des rives de la mer Noire jusqu'à l’Archangel, et de la Sibérié occidentale jusqu'à la frontière ouest de la Russie d'Europe, passe en Prusse, arrive à Berlin, et au commencement d'août, à Hambourg. Sur ces entrefaites, des malades venus de la Pologne infectent l'Autriche, et la maladie fait sa réapparition en Asie-Mineure. ;
En 1872, elle disparaît de l'Allemagne, tout en continuant ses ravages en Russie et en Autriche. En 1875, elle reprend son cours en Russie, dans les pays du Danube, en Dalmatie, en Hongrie, et ravage l'Allemagne tout entière jusqu’à la fin de l’année. En France l’épidémie se montra le 15 avril au Havre, le 16 à Rouen et enfin le # septembre à Paris où elle dura deux -mois et fit peu de victimes (869). Au mois de février, New-Orléans et les provinces du Mississipi furent envahies.
En 1874, des cas isolés de choléra furent observés dans quelques villes de la Russie et de l'Allemagne. En 1875, la maladie éclata en Syrie, mais disparut dans la même année. De 1877 à 1879, le choléra sévit violemment au Japon, et en avril 1879, il fit son apparition parmi les 30000: pèlerins d'Hardwar, lesquels infectèrent Lahore, le Punjad, et plus tard, le Kashmeer et l'Afghanistan.
En 1881 et en 1882, les pèlerins musulmans le transportèrent de Bombay à Aden et la Mecque (6000 morts).
Cinquième pandémie, 1883. — Le 23 juin 1885, un marchand indien
mourut de choléra à Damiette (Egypte) et bientôt toute la ville fut infectée.
Selon le D'H. Legrand (!), le choléra à été introduit à Damiette par des chauffeurs débarqués clandestinement des bateaux provenant de Bombay el très probablement du vapeur anglais Timor. Cependant la Commission allemande ne put pas confirmer celte manière de voir.
Quoi qu'il en soit, de Damiette, la maladie gagne rapidement toute l'Egypte où pendant les trois premiers mois de l’épidemie on nota 90 000 cas avec 25 000 décès. La maladie disparut complètement au mois de février de l’année suivante.
Au mois de juin 1884, on constate les premiers cas de choléra à Toulon. I est très probable que l'épidémie venait de Marseille, où des cas de choléra existaient déjà sans avoir été déclarés. Cependant, le mal, signalé « offictellement » à Marseille en 1884, se répand dans tout le midi de la France et en Algérie. Au mois d'août, il paraît en Espagne.
En 1885, le choléra réapparaît à Marseille, et gagne quelques départements voisins, Nantes et la Vendée. A la fin du printemps, il envahit toute la péninsule ibérienne à l’exception du Portugal. Une recrudescence se fait aussi en Italie, et en décembre, il envahit Trieste et la côte Adriatique de l'Autriche.
Sixième pandémie, 1892-1896. — De 1887 jusqu’à 1892, le choléra avait disparu de l'Europe et de l’Amérique, sauf de la République Argentine el du Chili. En Espagne, une courte épidémie fut en 1890 signalée près de Valence. En 1891, Purneah, district du Bengale, fut décimé, et en 1892, le
1. D° HERMANN LEGRAND. Contribution à l'étude de la défense de l'Egypte tontre le choléra. Alexandrie, 1903.
M.-A. Rurrer el M. CRENDIROPOULO.
choléra s'étend dans le Punjab, à Kabul et au Cachemir, puis à Meshed, à Samarkande et à Bakou. En juillet 1l éclate à Saratow, à Nijni-Novgorod, el à Saint-Pétersbourg. Au mois d'août, 1l sévit à Hambourg, et presque en même temps en Belgique, en Autriche et en Angleterre. Le 3 avril de cette même année 1895, le choléra apparaît brusquement à l'asile de Nanterre et le même mois dans les environs de Paris. Au commencement de juillet, il fait quelques victimes à Paris, est meurtrier au Havre, el se dissémine lentement dans toute la France. Dans les années 1893 et 1894 le choléra est signalé en Russie, en Turquie, en Autriche-Hongrie, en Italie, en hoc en Hollande, en Belgique, en France et en nel
En 1895, la maladie cesse complètement en Europe, mais transportée par des pèlerins indiens, elle gagne la Mecque, et le 10 octobre, l'Égypte. Le D' Legrand (!) conclut que l'introduction du choléra avait eu lieu clandestinement à Kantara, sur le canal de Suez.
En Amérique il y eut quelques foyers au Brésil, en Argentine, et dans Uruguay.
Septième et huitième pandémies. De 1902 jusqu'à nos jours. — En 1900, le choléra a sévi à Bombay et Calcutta et dans le sud de la péninsule. En 1901, il gagna l’est de l'Inde et contamina Singapour, l'Afghanistan, le Golfe Persique, Japon et Sumatra.
En 1902, 1l est signalé en Birmanie, en Cochinchine, au Japon, en Corée, en Mandchourie et aux iles Philippines. En mars, importé par des pèlerins indiens, il éclate à la Mecque et au Hedjaz pendant les fêtes, et de là. les pèlerins le disséminent sur tout le littoral sud de l'Arabie, au Nord-Est RASqUaES oasis de Djebel Chamar, sur la côte est du Golfe Oman, el jusqu'au Lazaret de Tor.
Le 19 juillet 1902, il est signalé à Moucha près d’Assiut et de là, la tale die rayonna dans toute l'Egypte, où 35 000 habitants succombèrent pendant les 6 mois que dura l'épidémie. Le 14 octobre 1903, Gaza et toute la Palesline furent atteints. En décembre, il s'établit à Damas, Tripoli de Syrie, Alexandrette et Alep, puis gagna les villages riverains de lEuphrate et en Janvier 1904 atteint Bagdad, Bassorah; Bahréïn, Mascate et Bender- Bouchir, et bientôt toute la Perse, jusqu’à Téhéran.
De la D il passe en Russie par trois voies : par Tébriz, par Téhérie, vers la côte de la mer Caspienne, et par Meshed, vers la province transcaspienne. Bakou est atteint le 28 août, Saratoff le 17 septembre et Astrakan le 18 octobre. Aïnsi, contrairement aux épidémies précédentes, ce n'est pas Astrakan qui fut le point de pénétration du choléra en Russie d'Europe, mais Bakou. Cette épidémie se termina en: janvier 1905, après avoir envahi les régions transcaucasiennes, transcaspiennes et celle du Volga inférieur. Les frontières allemandes et autrichiennes sont envahies simultanément, sur une ligne allant de Lemberg (Galicie) jusqu’à l'embouchure de la Vistule. Peu après, Hambourg est infecté par un émigrant russe. Berlin signale ses premiers cas en septembre et lépidémie s arrêla à Oranienbourg au mois d'octobre. Fo
Dans la même année, le choléra parut inopinément dans la Pologne russe,
1 Loc "ct:
ÉTYMOLOGIE, FOYERS ET ROUTES. Fasc. III. — 355
où deux conducteurs de bois flottant, dont l’un venait de rentrer en Prusse, furent les premiers atteints. On a prétendu que le vibrion, après avoir passé l'hiver dans le limon du fond de la Vistule avait été remis à flot, pour ainsi dire, par le harpon des conducteurs de bois, et avait provoqué la maladie après passages successifs (Kristian). Nous pensons au contraire que celle épidémie provenait de cas isolés, à forme plus où moins insolite, qui n’avaient.pas éveillé l’attention des autorités compétentes, car on enregistra pendant ce temps, dans divers endroits de empire, 598 cas avec 286 décès. Celle épidémie persista jusqu'au commencement de 1906.
La Russie et l'Europe restèrent indemnes pendant toute l’année 1906. Le 16 juillet 1907, le choléra fait son apparition dans la ville de Samara, chez des indigènes, n'ayant jamais quitté leur pays, et n'ayant eu aucune relation suspecte. La maladie se propage rapidement et envahit 50 gouvernements et provinces. En Allemagne et en Autriche on signale des cas isolés.
En 1908, le choléra sévit avec violence aux Indes et dès le commencement de l’année, il paraît à la Mecque. La ville sainte de l'Islam paraît avoir été infectée simultanément par les Indiens el par les Russes, car cette année-là, il y eut des cas de choléra au Lazaret de Camaran (Mer Rouge). parmi les pèlerins indiens, et 2 cas de choléra furent constatés à Constantinople parmi les pèlerins russes. De plus, un navire transportant des pèlerins russes arriva à Port-Saïd, avec des cas de choléra. Cependant l'épidémie ne fut virulente, ni à la Mecque, ni en Syrie où elle s’étendit ensuite.
En Russie le choléra parut le 8 juillet 1908 à Astrakan et à Tzaritzine, vagna (24 août) Saint-Pétersbourg, les gouvernements du Nord, du Nord- Est de la Baltique, l'Asie centrale, le Caucase et deux gouvernements de la Sibérie, mais laissa indemnes la Pologne et la Bessarabie. Dans la plupart de ces localités, épidémie cessa vers la fin de décembre.
Au mois de janvier 1909, il y eut encore quelques petites manifestations dans divers gouvernements de la Russie et la maladie persista à Saint- Pétersbourg jusqu'à la fin de l’année. De Saint-Pétersbourg, elle se propagea au mois de juin aux gouvernements voisins et de là elle s’étendit à 103 villes et 1905 petites localités de l'empire. Elle cessa au mois de décembre, mais quelques cas isolés furent encore relevés dans quelques localités. De la Russie, le choléra fut transporté par le chemin de fer en Allemagne, dans la Prusse Orientale, le long de la rivière Memel, et dans différentes localités d'Europe où :1l fut vite Jugulé, sauf à Rotterdam où l'épidémie fut assez forte. À
Le 10 janvier 1910, l'épidémie en Russie commença dans le gouvernement d'Ekaterinoslaw, et en juin, elle reparut à Saint-Pétersbourg qui infecta 10 gouvernements ou provinces.
Au milieu d'août 1910, le choléra fut signalé en Italie à Trani, ville marilime de 32 000 habitants dans les Pouilles, où les praticiens avaient déjà signalé, dès le mois de juillet, des cas de diarrhée cholériforme. Peu à peu la maladie s’étendit à toute l'Italie, d’où elle ne disparut qu'en janvier 1912.
En 1911, la maladie reparait à Constantinople et pendant la guerre des Balkans fit des ravages épouvantables. Après la guerre, les soldats disséminèrent la maladie dans toute la Thrace et la Macédoine.
M.-A. Rurrer et M. CRENDIROPOULO.
Toutes les côtes de la Turquie d'Europe et d'Asie sont encore contaminées et des cas sont signalés en Serbie, en Roumanie, en Bulgarie et en Bosnie. La grande guerre lui a donné un coup de fouet et dans plusieurs endroits le choléra a fait des ravages parmi les combattants.
Routes du choléra et géographie médicale. — Ce court aperçu historique nous démontre que le choléra a envahi jadis presque toutes les contrées de l'Asie et de l'Europe en ne respectant que le Kamtchatka, la Laponie, les îles Feroé et l'Islande. En Afrique il a promené ses méfaits sur tout le littoral et les contrées de l’intérieur sans toucher la pointe méridionale du continent : il a sévi sur l'Amérique entière, mais il n'a jamais visité PAustralie et la Polynésie.
Les itinéraires que les épidémies ont suivi jusqu’aujourd’'hui montrent. que le choléra, partant des Indes, a gagné l'Europe par trois voies différentes, voies qu'il a quelquefois utilisées simultanément : 1° Celle de lAfghanistan et de la Perse qui aboutit à la mer Caspienne; 2 celle du golfe Persique qui, par Bagdad et la Perse, arrive au même débouché, et enfin 5° celle de la Mecque qui par l'Egypte et la Syrie mène à la Méditerranée. Une nouvelle voie est maintenant ouverte, grâce à la construction du chemin de fer du Hedjaz, celle de Médine à Damas, qui dans un avenir très proche, prendra une importance capitale.
Les itinéraires des épidémies changent à mesure que les moyens de communication entre ces pays lointains et l’Europe se multiplient, et deviennent plus rapides. Le réseau des chemins de fer transbaïkalien et transcaspien, ainsi que celui de Bagdad, favoriseront de plus en plus là propagation du choléra jusqu’en op La première épidémie en 1823, faute de communications, n'avait pas dépassé la mer Caspienne. Celles de 1832 et 1848 avaient mis 2 à 5 ans pour gagner l’Europe, et les épidémies ultérieures, grâce à la facilité des transports, effectuèrent en quelques semaines tout ce grand parcours.
À côté du foyer principal des Indes, il en existe d’autres, moins imporlants, au Siam, au Cambodge, dans la vallée du Mékong, dans les provinces de l’ouest de la Cochinchine, au Tonkin et aux colonies hollandaises, Java el Sumatra.
Le pélerinage musulman et le choléra. — La place importante que les épidémies cholériques du Hedjaz occupent dans la propagation de la maladie en Europe, nous oblige à dire quelques mots sur le pèlerinage musulman.
Le Hedjaz, ancienne province de l'Empire Ottoman et maintenant état indépendant, est situé dans la péninsule Arabique et est le lieu du pèlerinage des Musulmans du monde entier. Chaque année deux cent mille pèlerins à peu. près accomplissent ce devoir sacré, qui est obligatoire pour tous les fidèles, au moins une fois dans leur vie.
La Ville Sainte par excellence est la Mecque, qui est située à 90 milles au Sud-Ouest de son port Djedah où débarque la plus grande partie des pèlerins qui viennent par mer.
Les fidèles arrivent aux Lieux Saints par terre ou par mer. Les arrivants par terre se ramassent dans certaines villes déterminées, où ils forment des caravanes, qui suivent plusieurs routes; les plus importantes sont celles de
MICROBIOLOGIE. Fasc. III. — 555
Damas, de Bagdad et de la Perse. Ceux qui voyagent par mer prennent deux voies : 1° celle du Sud, que suivent les bateaux provenant des pays situés au delà de Bab-el-Mandeb et dans le bassin de la Mer Rouge, et 20 celle du Nord, que parcourent les bateaux provenant de la Mer Méditerranée et de la Mer Noire. Les pèlerins qui viennent du Sud importent ordinairement le choléra à la Mecque; les autres le disséminent, à leur retour, dans toutes les contrées qu’ils traversent. Le danger est donc immense et pour se convaincre il n’y a qu'à voir le nombre des épidémies qui ont éclaté à la Mecque depuis 1835 jusqu'à 1912. II monte à vingt-trois. Tous les deux ou trois ans le choléra y fait son apparition, car le pèlerinage présente toutes les conditions favorables à l'explosion d'une épidémie. En outre, le grand encombrement ainsi que les mauvaises conditions hygiéniques du pays et des pèlerins font que, chaque année, la variole, la malaria et surtout la dysenterie font plus de ravages encore que le choléra, quand il existe. Les pèlerins qui meurent au Hedjaz en dehors des épidémies cholériques, forment selon Borel(t) le 20 pour 100, et encore n'y sont pas compris les décès survenant pendant le voyage de retour, qui, à en Juger par ceux qu'on enregistre au Lazaret d'Eltor, doivent être excessivement nombreux.
MICROBIOLOGIE
L'agent du choléra à été découvert par R. Koch en 1885 à Alexandrie d'Égypte. |
Caractères morphologiques.— Quand on examine les selles cholériques en goutle pendante, on aperçoit de nombreux microorganismes en forme de virgules, doués d'un mouvement extrêmement vif. Ils sont isolés, ramassés en grappe à l'extrémité d'un fil muqueux ou bien disposés à la file indienne. Souvent les éléments sont réunis par deux de façon à former une S italique. Dans les préparations colorées ils présentent l’aspect d’un bâtonnet courbe, aux extrémités arrondies ou légèrement effilées, longs de 6 à 8 w et larges de 0,2 à 0,6 w (fig. 1).
Dans les cultures entretenues depuis longtemps au laboratoire par passages directs, ainsi que dans les milieux épuisés ou additionnés de quantités minimes d’un antiseptique, on aperçoit tantôt de longs spirilles, présentant par intervalles des renflements en massue, que Ferran croyait être des spores, Lantôt des corps sphériques, qui selon Metchnikoff ne sont que des formés d’involution, dues à l'excès d’ammoniaque produit par les vibrions. Les vifs mouvements du bacille cholérique sont dus à un eil unique implanté à une des extrémités du microbe. Quelques vibrions possèdent plusieurs cils; par contre, MM. Nicolle et Morax citent un vibrion provenant du laboratoire même de Koch, qui en était constamment dépourvu. Mais ces organismes sont rares, et ne donnent pas les réactions qui caractérisent les vrais microbes du choléra.
1, F, Borez, Choléra et peste dans le pèlerinage musulman, 1904.
M.-A. Rurrer et M. CRENDIROPOULO.
Le bacille virgule”’se colore" facilement avec les couleurs d’aniline et se décolore par les méthodes de Gram et de Claudius.
Caractères des cultures. — Il pousse très bien dans tous les milieux nutritifs ordinaires. Une certaine alcalinité lui est favorable. Il se développe rapidement dans le bouillon et même dans l’eau peptonée à ! pour 100 qui est son milieu d'élection. Ensemencé avec le vibrion en culture pure, ce liquide présente au bout de 8-10 heures un trouble uniforme; très souvent une pellicule d'épaisseur et de consistance variables se forme à sa surface et tombe au fond du tube*après agitation de celui-e1.
Dans la gélatine en piqüre la culture à la forme d'un clou à tête très petite, bien visible au bout de deux Jours. À cette date la gélatine se creuse
.C CONSTANTINM
Fig. 1. — Vibrions cholériques. Culture en eau peptonée. (d’après BEZANÇON.)
en une petite cupule sphérique ou ovale, au fond de laquelle se trouve un peu de liquide donnant l'illusion d’une bulle d’air, qui surmonte une ligne mince, blanche, constituée par la culture qui se forme le long du trait de l’aiguille (fig. 2). Les jours suivants la cupule grandit, la bulle disparaît el vers le 6° ou 7° jour la partie liquéfiée prend la forme d’un entonnoir plus ou moins évasé, dont le fond est rempli d'un sédiment blanchâtre, constitué entièrement par des vibrions. La rapidité de la liquéfaction dépend du pouvoir protéolytique du vibrion. Nous avons eu entre les mains un vibrion agglutinant, qui commençait à peine au bout d’une semaine à liquéfier la gélatine.
Les colonies du bacille virgule swr gélatine en plaque sont. caractéristiques. Après 24 heures à 20° c. elles paraissent, à un faible grossissement, comme des petits points clairs, très réfringents, parsemés de délicates granulations, qui ressemblent à des éclats de verre très fins. En grandissant, leur contour devient jaunâtre et s’enltoure de deux cercles, dont le plus interne est granuleux et l’externe hyalin, formé par la partie liquéfiée du
MICROBIOLOGIE. Fasc. III. — 331
milieu. Kolle et Gotschlich distinguent deux espèces de colonies : l’une claire et réfringente et l’autre opaque, à surface grossièrement granuleuse et brunâtre.
Gélose. — En strie la culture est blanchâtre et opaque, ne présentant rien de particulier; avec le temps elle jaunit ou devient brunâtre en communiquant une teinte foncée au milieu. Sur plaques les colonies sont rondes, transparentes ou opalescentes, légèrement irisées à la lumière oblique. Selon Kolle, sur gélose aussi il:y a deux espèces de colonies, les unes transpa rentes et bleuâtres et les autres opaques, jaunâtres et coliformes ; Baertlein distingue une troisième espèce de colonies, rondes, au centre jaunâtre et opaque avec une zone périphérique claire.
Pomme de terre. — Le vibrion y pousse mal à cause de l’acidité du milieu; mais après alcalinisation avec du carbonate de soude, la culture est assez abondante et prend une couleur brunâtre rappelant celle du bacille de la morve.
Le sérum coagulé est rapidement liquéfié; le liquide est épais et visqueux.
Lait. — D'après W. Hess le lait cru est un mauvais milieu pour le vibrion; mais dans le lait stérilisé il pullule sans le coaguler. Plusieurs vibrions paracholériques le coagulent et certains le peptonisent (Crendiropoulo).
Milieux spécifiques liquides. — Milieu à la bile . d’'Ottolenghi. — A 100 c. ce. de bile de bœuf fraiche et préalablement filtrée on ajoute 3 c. c. d’une solution de soude caustique au 10° et 3 c. c. d’une solution de nitrate Fig.2.—Choléra. de soude à 0,1 pour 100. On distribue et on stérilise RS à 100° pendant 20 minutes. BEZANCON).
Milieu de Kraus, Zaky-Zia et Zubrzciky. — C’est une variante du procédé Dieudonné. À 7 ou 8 c. c. de bouillon neutre on ajoute 3 c. c. de sang alcalin de Dieudonné. Ils ne stérilisent point.
Milieux spécifiques solides. — Hémoagar de Dieudonné : 70 parties d’agar stérile et neutre au tournesol sont aseptiquement mélangés à 30 par- Lies d’un mélange à parties égales de sang défibriné de bœuf et de solution normale de potasse. On coule sur plaques qu'on laisse à l’étuve à 370 pendant 24 heures, ou dans celle à 60° pendant une demi-heure, avant d’ensemencer, afin que l’ammoniaque qui se forme ait le temps de s'évaporer. Ce milieu empêche la prolifération d’un grand nombre de microbes intestinaux. Esch, remplace le sang par l’hémoglobine, et Pilon, la potasse par la soude.
Milieu d'Aronson. — À 100 c. c. d’agar à 5 pour 100 on ajoute 6 €. c. d’une solution de soude au 10°, 7,5 c. c. d'une solution de saccharose à 20 pour 100, 0,4 c. c. de fuschine alcoolique concentrée et 0,7 ec. ec. d’une solution de sulfate de soude au 10°. On distribue et on stérilise à 1002.
Milieu de Gibson. — C'est une modification de celui de Lange. On verse dans un litre d’eau 50 gr. d’agar, 10 gr. de peptone et 1 gr. 50 de bicarbonate de soude; on dissout à l’autoclave, on clarifie au blanc d’œuf, on filtre,
M.-A. Rurrer et M. CRENDIROPOULo.
(æX.
on ajoute au filtrat 10 gr. d’amidon de pomme de terre et on stérilise à 100?
-par trois chauffages successifs. Après la stérilisation on ajoute de la teinture de tournesol stérile jusqu'à coloration bleu clair, et l’on distribue. Les colonies après 18 heures sont roses. /
Milieu de Crendiropoulo et Panayotatou. — Peptone Chapoteau 10 gr., nitrate de soude 8 gr., soude caustique 2 gr. 50, sont versés dans 400 c. ce. d’eau distillée. On dissout et on fait bouillir pendant à minutes. On filtre, on remplace l’eau évaporée et on mélange avec 600 c. c. d’agar ordinaire liquéfié. On distribue et l’on met dans un bain-marie en ébullition pendant 10 minutes. Ce milieu garde ses qualités presque intactes, au moins pendant 15 jours. :
Oschida, Krumwiede et autres ont aussi préconisé des milieux spéciaux très alcalins.
Caractères biologiques. — Le bacille virgule est essentiellement aérobie, les cultures en absence de l'air étant très maigres. Il se développe à partir de 12% jusqu'à 40°, mais son optimum de température oscille entre 39? et 57°, Il devient immobile à 16°, Il résiste mal aux températures élevées et meurt en une heure à 56°, en dix minutes à 60° et instantanément à 100. Au contraire il supporte facilement les basses températures. Uffelman Pa vu résister à — 24 et Kasansky à — 31° au-dessous de zéro. La dessiccation le tue rapidement; l’insolation prolongée pendant 7 heures; lui est fatale. La culture est arrêtée après une exposition de 20-30 minutes aux rayons X (Rieder). D'après Schiavone et Trerotoli(!) les rayons ultra-violets le tuent. en une minute, quand il est en suspension dans de l’eau, sous une pression de 2 à 3 millimètres et à une distance de 20 centimètres. . :
Le vibrion est très sensible aux antisepliques. De très faibles proportions d'acides minéraux arrêlent ou empêchent son développement, Les acides organiques sont moins actifs. Le sublimé aux deux millionièmes le tue en 15 minutes. Le sulfate de quinine au 1/5009 et l'acide phénique au 1/400. produisent le même résultat. Une solulion de savon à à pour 100 et la caféine au 100° empêchent sa prolifération. Le chlore au 10 0008 le tue en 15 minules, si l’eau ne contient pas beaucoup dé substances organiques (Harding). Le suc gastrique le tue en un quart d'heure quand son acidité est de 0,5 pour 4000, mais si l’on ajoute au liquide de la peptone, la mort survient plus vite, même avec une acidité moindre (Kabrhel, Schultz).
La question des vibrions s’est beaucoup embarrassée quand divers chercheurs ont rencontré, pendant ou en dehors des épidémies cholériques, des vibrions qui tout en ayant la forme du bacille virgule de Koch, présentaient des différences de culture appréciables. Pour mieux donc préciser les caractères du vrai vibrion cholérique on a eu recours à différents procédés que nous allons décrire succinctement.
Réaction indoinitreuse ou rouge du choléra. Si dans une culture en eau peptonisée, datant de 24 à 48 heures, on verse 1 c. c. d’acide sulfurique pur ou d'acide chlorhÿdrique, on voit apparaître immédiatement ou après quelques minutes, une coloration rouge-violacée plus ou moins intense.
4, Riforma medica, 15 mars 1913.
Culture de 2 jours.
Culture de 3 jours.
Culture anormale de 5 jours.
[IT IV Culture de 8 jours. Culture de 12 jours.
| Demoulin. Sc.
Masson ET Ci*, ÉDITEURS.
Ede LIBHARY FTHE VAFIL
1 of .
1 L ETS ; L \ n fr
NTI \ À n “ .
OS
\ « ol Ci d .
HT
MICROBIOLOGIE. Fasc. III. — 559
C'est le rouge du choléra. Il a été observé pour la première fois par Poehl el a joué, pendant un certain Lemps, un rôle prépondérant dans le diagnostic des vibrions. Maintenant il a perdu beaucoup de sa signification; il a gardé néanmoins encore une certaine valeur, en ce sens que la plupart des vibrions paracholériques ne le donnent pas. Crendiropoulo(!) essayant à ce point de vue, 189 vibrions, isolés des selles des cholériques et des porteurs, a trouvé que parmi les vibrions agglutinants, 87 pour 100 donnaient la réaction, tandis que parmi les non-agglutinants 73 pour 100 ne la donnaient pas. Les sucres et l’eau de mer empêchent la réaction de se produire. Quelques peptones donnant par elles-mêmes la réaction de l'indol, il est bon de tenir toujours à l'étuve, comme témoin, un tube d'eau peptonisée non ensemencée. On a proposé d'appliquer cette réaction directement sur les selles (Tobay) mais les résultats ne paraissent pas sûrs.
La question de la spécificité des vibrions est entrée dans une voie plus sûre depuis qu'on a introduit dans la technique les réactions d’immunité.
Réaction de Pfeiffer. — Quand on injecte dans le péritoine d’un cobaye immunisé contre le vibrion cholérique, une dose mortelle du même vibrion, on constate dans l’exsudat péritonéal, retiré 20 minutes après, la transformation de ‘tous les éléments microbiens en granules sphériques immobiles et prenant mal la couleur. On obtient le même résultat en injectant dans le péritoine d’un cobaye neuf, un mélange de vibrions et de sérum anticholérique. Quelques vibrions, sûrement non cholériques, ayant la propriété de se transformer en granules sous l'influence de l’alexine ou de l’exsudat péritonéal, 1l est nécessaire de se servir d’un second cobaye témoin. La réaction de Pfeiffer peut aussi se produire in vitro, comme l'ont démontré Metchnikoiff et Bordet.
Agglutination, — Le travail de Kolle, Gotschlich, Hetsch, Lentz et Otto(?) a définitivement établi la grande valeur pratique de ce procédé. Ces auteurs ont démontré que l’agglutination est intimement liée à l’épreuvé de Pfeiffer et peut par conséquent la remplacer dans la grande majorité des Cas. :
On se sert, pour cette réaction, du sérum d’un animal immunisé contre un vibrion cholérique authentique. I doit 'agglutiner à un degré suffisamment élevé au moins au 1000€, quand l'activité du sérum est égale à 4000. Le titre limite d’un sérum spécifique.n'est pas le même pour tous les vibrions agglutinants; quelquefois le vibrion, qui a servi à la préparation du sérum, est aggluliné moins fortement qu'un autre de souche différente; il arrive même qu'un sérum qui agglutine un vibrion à une concentration donnée, ne l’agglutine plus à une plus forte (Ficaï).
Lé sérum préparé avec un vibrion non agglutinant n’est actif qu'envers celui-ci seul, et exceptionnellement envers quelques autres. L’agglutination peut aussi servir à diagnostiquer la maladie pendant l'infection ou après la guérison, comme Achard et Bensaude l'ont établi les premiers. Dans ce cas le titre agglutinatif du sérum reste Loujours bas.
Réaction de fixation du complément. —- Celle épreuve constituée par
1. Examen des selles des voyageurs. Conseil quarantenaire. Alexandrie, 1912. 2. Beiträge zur cholera diagnose. Zeitschr. für Hyg. und inf. Kr.. 1903.