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Définition. — La fièvre des tranchées est une maladie infectieuse spécifique, fébrile, qui se transmet d'homme à homme par le pou du corps (Pediculus vestimenti seu corporis). L’affection est également connue sous les noms de fièvre de cinq jours et de fièvre de Volhynie.
Description. — Le trait clinique le plus caractéristique de la fièvre des tranchées est un début. brusque, accompagné de céphalalgie, de verüges, de douleurs dans les membres inférieurs, principalement dans les jambes, dans le dos, ainsi que derrière les globes oculaires, surtout quand on fait mouvoir ceux-c1; 1l y a du nystagmus lorsque les yeux sont complètement tournés de côté, de l'injection de la conjonctive, et une élévation considérable de la température, qui peut atteindre jusqu’à 39°,5 ou 409. Dans plus de la moitié des cas, la fièvre prend, par la suite, un caractère récurrent. L'hypertrophie de la rate et lapparition de petites taches ou de papules érythémateuses surviennent dans 70 à 80 pour 100 des cas. Ces taches érythémateuses s’observent principalement sur la poitrine, le dos el l'abdomen. Elles ne font généralement pas saillie sur la surface de la peau; elles sont de couleur rose, disparaissent sous la pression du doigt el mesurent le plus souvent de 2 à 4 mm, quoiqu'elles puissent parfois atteindre #4 à 6 mm de diamètre. Quelquefois l’éruption à un caractère nettement papuleux. Le nombre des taches est très variable, de quelquesunes à 100 ou 200. Elles disparaissent souvent ‘en moins de 24 heures après leur apparition, elles peuvent se produire au début de la fièvre, dès le deuxième ou troisième jour, ou être observées, pour la première fois, juste avant ou pendant une rechute.
Aucun de ces symptômes n’est constant et ne peut être considéré comme caractéristique; mais la présence de plusieurs d’entre eux, et à plus forte raison de tous, permet généralement d'établir le diagnostic exact de la maladie.
L'urine montre souvent des traces d’albumine, mais l’existence d’une véritable néphrite n’est pas démontrée. Le nombre des leucocytes est très variable. Il y a fréquemment de la leucocylose et le taux des leucocytes peut s'accroître au moment de la rechute. Dans d’autres cas, cependant, leur nombre peut être normal: il peut même y avoir de la leucopénie.
La fièvre ne suil pas toujours une marche définie; elle peut consister : premièrement, en une courte atteinte ayant une durée d'environ une semaine, suivie parfois, mais pas toujours, au bout de quelques jours, d’une
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élévation thermique unique et courte; deuxièmement, en une fièvre initiale plus prolongée, persistant quelquefois six ou sept semaines, avec rémissions peu marquées; el troisièmement, en une fièvre plus régulièrement récurrente avec des intervalles normaux plus ou moins nets, ayant une durée de 5 à 7 jours (fig. 1). On a observé beaucoup de vartétés de types fébriles : chez quelques malades, il peut y avoir une fièvre prolongée d’une durée de 40 à 60 jours ou plus, avec seulement de très légères rémissions.
L'étude expérimentale de la fièvre des tranchées faite chez l’homme, soit au moyen de l'inoculation directe du sang infecté, soit à l’aide de poux infectés, el poursuivie ensuite d'homme à homme, a montré que ces différents types de fièvre se rencontrent dans cette maladie, et, de plus, que le type de fièvre, qui se produit chez un sujet inoculé, n'est pas nécessai-
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Fig. 1. — Fièvre des Tranchées (observation de Couvy et Dujarrie de la Rivière).
rement conforme à celui observé chez le malade dont le sang à servi à linoculation.
Le nombre des rechutes varie béaucoup : il est commun d’en observer de trois à cinq, et quelquefois jusqu'à six ou sept. Plusieurs de mes malades, qui étaient complètement apyrétiques depuis six ou sept semaines ou plus, ont eu des rechutes bien caractérisées. Dans ces cas, l’idée d'une nouvelle infection pouvait être nettement exclue. Chez quelques malades, au moment de la rechute, la température peut rester normale, mais une augmentation marquée du nombre des pulsations survient et d'autres symptômes de la maladie apparaissent. |
Généralement le pronostic, dans les cas convenablement traités, est bon, et pratiquement la maladie n’est jamais fatale. D’ordinaire, la guérison survient en l’espace de cinq ou six semaines. Dans d’autres cas, cependant, la maladie peut se prolonger beaucoup plus. |
La tachycardie et l’état connu sous le nom de « cœur irritable des soldats » ont été décrits comme complications ou séquelles de la maladie, principalement chez dés militaires chargés d’un service pénible, ou encore chez des hommes le reprenant avant d’être complètement guéris.
Swift fait remarquer qu'il y a deux manières de considérer la pathogénie de ces troubles. Premièrement, le virus de la fièvre des tranchées aurait
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une action élective sur le muscle cardiaque, comme nous le voyons dans la fièvre rhumatismale ou dans l'infiltration spécifique de la syphilis. Malheureusement, nous ne sommes pas à même d’élucider positivement ce point, car, d'une part, nous ne connaissons pas l’agént étiologique de la fièvre des tranchées, et, d'autre part, il n’y a pas eu de décès pouvant permettre l'examen microscopique du cœur. Secondement, la toxine dans la fièvre des tranchées agit sur le muscle cardiaque d’une façon similaire à celle que l’on observe dans la pneumonie, la fièvre typhoïde, la grippe, la bronchite, ou autres infections aiguës. En d’autres termes, en se plaçant à ce point de vue, les manifestations circulatoires seraient des symptômes d'infection générale.
La fièvre des tranchées ayant élé, pendant la guerre, une des maladies infectieuses les plus communes et les plus caractérisées dans certaines armées, 1] était naturel qu'elle fût considérée comme la cause principale du « cœur de soldat ». Il est hors de doute que l’observation a prouvé à nombre de médecins militaires, qui ont suivi de près les malades atteints de la fièvre des tranchées, que des symptômes et des signes paraissaient témoigner d'une participation marquée du cœur. Ces symptômes peuvent être limités au cœur lui-même ou s'étendre à d’autres organes. Chez un certain nombre de malades, Swift a noté, chaque jour, la position du choc de la pointe ; il a ainsi plusieurs fois observé des variations étendues, depuis un point situé en dedans de la ligne mamelonnaire jusqu’à 2 em. 1/2, ou même plus, en dehors. La zone de matité cardiaque, semblait aussi avoir augmenté en largeur. Concurremment avec ces modifications, on notait une augmentation nette de la fréquence du pouls. Que ces signes soient ou non l'indice d’un changement réel dans le volume du cœur, cela est discutable, mais 1ls indiquent, pour le moins, une altération marquée dans l'état de cet organe.
Parfois, on observe au cours de la fièvre des tranchées, un tableau rappelant quelque peu la tachycardie paroxystique. On note fréquemment une douleur et une hyperesthésie précordiales. Outre ces signes, directement imputables à l’état du cœur et les accompagnant, il y a de temps à autre de la dyspnée, même pendant le séjour au lit. C'est également un symptôme qui n’est pas rare lorsque le malade est debout et vaque à ses occupations. Cependant, ces mêmes signes et symptômes, se rencontrant dans certaines autres maladies infectieuses, ne peuvent être considérés comme particuliers à la fièvre des tranchées.
Historique. — Première description de la fièvre des tranchées. — Pendant les derniers mois de l’année 1915 et en 1916, l’apparition d'une maladie caractérisée par des rechutes fébriles, et dénommée par la suite « fièvre des tranchées », fut reconnue peu à peu dans l’armée britannique du nord de la France. Elle fut tout d’abord signalée en Flandre et en France par Graham (‘). Hunt et Rankin(?), Mc Nee, Brunt et Renshaw () l'ont, les premiers, décrite sous le nom de « fièvre des tranchées »,
1. Lancet, 25 septembre 1915, p. 705. | 9, Lancet, 20 novembre 1915, vol. IE, p. 1155. 3. Brit. Med. Jour., 12 février 1916, vol. I, p. 225.
R.=P. STRoNG.
Herringham la décrivait également à la même époque(t); 1l y revenait plus
tard (?), attirant particulièrement l'attention sur cette maladie et stimulant les études ultérieures.
Distribution géographique. — Peu de temps après que l'attention ui élé attirée sur l’apparition de celte maladie dans les Flandres, elle fut observée parmi les troupes de Salonique par Hurst(5), parmi les troupes françaises en France par Beauchant(t), et, plus lard, parmi les troupes d'Égypte et de Mésopotamie par Coombs(), en Angleterre par Mac Gregor(®) et Ramsay ("), en Italie par Sisto et Pari, el sur les fronts allemand et au-
trichien par His, Werner et d’autres. Depuis plusieurs années, la maladie,
était connue en Pologne sous le nom de « fièvre de Volhynie. »
Rapport avec les autres maladies. — Quelques observateurs ont émis l'opinion que la fièvre des tranchées était méconnue ou inconnue avant la
présente guerre. Saint-Simon, dans ses Mémoires, attire l'attention sur la présence de formes lentes de fièvre parmi les troupes opérant dans les
Flandres, pendant les campagnes de Louis XIV, mais 1l ne donne aucune
description de la maladie. On ne peut que se demander si la fièvre quinte, décrite par Hippocrate(f), Galien et Rhazes, était affection connue de nos jours sous le nom de fièvre des tranchées. Werner (*) émet l'opinion que la fièvre quinte, avec des intermittences après cinq jours de pyrexie, était bien connue au moyen âge, particulièrement au xu° siècle, pendant la deuxième croisade, mais il ne semble pas que nous ayons des données suffisantes pour justifier cette opinion.
Au point de vue clinique, la maladie paraît avoir été fréquemment confondue autrefois avec la malaria ou la fièvre récurrente d'Europe. Comme.
il n’y a pas de méthode de laboratoire pour établir le diagnostic spécifique
de la fièvre des tranchées, elle est probablement, même de nos jours,
confondue avec d’autres maladies.
Le diagnostic, dans beaucoup de cas, peut être établi par exclusion avec les autres infections; mais, si un examen clinique précis et des recherches de laboratoire appropriées n'ont pas été pratiquées, des cas de fièvre des
tranchées peuvent être facilement confondus avec la grippe, les formes
anormales de fièvre paratyphoïde, la malaria, la fièvre récurrente européenne, la dengue, la fièvre à phlébotone, l’ictère épidémique bénin. Franke (t) déclare avoir observé cette maladie à Lemberg, avant la guerre. Il la considère comme étant ce qui est aujourd’hui connu sous le nom de fièvre de cinq jours; mais elle était alors prise pour la grippe.
On a suggéré que la fièvre des tranchées pouvait être analogue à \ la