SA SES
(Sd pee
FIÈVLRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES:
BACILLES PARATYPHIQUES ATYPIQUES. BACILLES INTERMÉDIAIRES
Les bacilles paratyphiques À et surtout les bacilles paratyphiques B fraï
chement isolés de l'organisme présentent parfois, Sur un ou sur plusieurs des
milieux de culture où on les étudie habituellement, des anomahes qui font hésiter sur leur identité. Ces anomalies sont souvent transiloires : après
quelques repiquages, le bacille temporairement alypique récupère tous les
caractères de sa race. C’est ainsi qu'il n’est pas exceptionnel de voir certains paralyphiques récemment isolés du sang ou des selles se comporter sur gélose au rouge neutre comme le bacille d'Eberth et ne provoquer le virage et la fluorescence du milieu qu'après plusieurs passages sur gélose ou en bouillon.
Ilen est d’autres pourtant qui, après toute une série de passages, pendant des. semaines et même des mois, s’obstinent à garder certains caractères atypiques. Ainsi Sarrhaillé et Clunet (!) ont obtenu par hémoculture au cours de l'épidémie d’ictères des Dardanelles des bacilles paratyphiques À noircissant la gélose au sous-acétate de plomb etdes bacilles paratyphiques B ne la noircissant pas. M. Nicolle, Mile Raphaël, et E. Debains (?) ont vu un bacille paratyphique A bleuissant le lait tournesolé et faisant des passages sur le milieu de Fränkel; des bacilles paraltyphiques B bleuissant le lait sans y former de voile et ne faisant pas de passages en milieu de Fränkel ; d’autres bacilles paratyphiques B ne bleuissant pas le lait, n’y formant pas de voile et ne faisant point de passage en liquide de Fränckel. Weissenbach () a observé un bacille paratyphique B se comportant sur gélose au sous-acétate de plomb, au tartrate double de potasse et de fer et au mitroprussiale de soude comme un bacille paratyphique À. Foley et Nègre (*) ont vu des bacilles paratyphiques À et B ne faisant pas fermenter la Ado el d’autres faisant fermenter légèrement le lactose.
Si ces bacilles atypiques ont pu néanmoins être identifiés el rangés dans l'espèce dont ils font réellement partie, c’est grâce à la facon dont ils se sont comporlés vis-à-vis des sérums agglutinants spécifiques. Nous avons exposé, à propos du bacille typhique, les services que rend cette méthode de recherche. Il est absolument indispensable d’avoir recours à elle quand il s'agit d'identifier les bacilles paratyphiques. Elle seule est capable de dissiper les incertitudes provoquées par l'existence de caractères culturaux ou de réactions biologiques atypiques.
À côté des bacilles paratyphiques A et B atypiques, il existe des bacilles morphologiquement identiques à ces derniers, mais qu'on ne peut ranger ni dans l’une ni dans l’autre catégorie. Non seulement ces microbes se com-
1. SARRAILHÉ et CLUNET. La jaunisse des camps et l'épidémie de paratyphoïde des Dardanelles. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des hôp., 1916, p. 45 et 263. | 2. M. NicoLLE, Mlle A. RaAPHAËL et E. DEBaINs. Études sur le bacille d'Eberth et les Jeu paratyphiques. Annales de l’Institut Pasteur, 1917, n° 8, p. 573. - WEISSENBACH. Bacillé para B ne présentant pas les caractères du type sur es milieux aux sels métalliques. C. R. de la Soc. de Biologie, 1917, p. 91.
FoLey et NèGre. Étude sur 154 germes typhiques ou par atyphiques isolés par
nnciinse à Alger. Annales de l'Institut Pasteur, 1917, p: 89.
ÉTIOLOGIE DES FIÈVRES PARATYPHOIDES. Fasc. III.
DD
portent sur les milieux de culture autrement que les bacilles À et B, mais encore ils ne sont agglutinables n1 par les sérums anlipara A, ni par les sérums antipara B. Il s’agit là de bacilles intermédiaires (Faroy) plus ou moins proches soit du bacille typhique, soit de lun des paratyphiques, soil des paracohbacilles. Des bacilles de cet ordre peuvent être isolés occasionnellement de l'intestin humain où ils vivent à l’état saprophylique. Les plus intéressants sont ceux qui se montrent pathogènes el qu'on isole de temps à autre soit du sang, soit des exsudats pathologiques de l’homme. La réalité de leur action pathogène est affirmée par le fait qu'ils sont agglutinés et souvent à un {aux élevé par le sérum des malades chez qui ils ont été isolés.
Un assez grand nombre de ces bacilles ont déjà été rencontrés et il n’est pas douteux que les observations s’en mullipheront. Tous les faits rapportés ne peuvent du reste être retenus, soit parce que les bacilles anormaux trouvés ne semblent pas avoir été étudiés après un nombre suffisant de repiquages, soit parce que les épreuves d’agglutinalions ont été négligées ou sont insuffisantes ; mais dans les seules publications françaises nous pouvons relever, comme salisfaisant à toutes les conditions requises, les bacilles de Faroy(!) (hémocullure dans une fièvre continue), Lafforgue (?) (hémoculture dans une fièvre continue), Glatard et Marolte (5) (hémocullure dans uue fièvre continue), Widal, Lemierre, et R. Bénard (*) (hémoculture dans un ictère infectieux), Salanier () (pus d’une arthrite), Lemierre et Michaux (5) (urines purulentes dans une infection d’origine intestinale), Raynaud el Nègre (’) (hémoculture dans une fièvre continue), et Foley et Nègre () (hémocullure dans un ictère infectieux).
BACILLUS FÆCALIS ALCALIGENES
Bien que le Bacillus fæcalis alcaligenes, saprophyte de l'intestin humain normal, constitue une espèce autonome et bien définie, absolument dislincte du bacille typhique et des bacilles paratyphiques, nous le mentionnerons 1C1, Car il a pu, dans quelques cas, se révéler comme l'agent d'états
1. G. Faroy. Isolement et étude d’un bacille intérmédiaire au bacille d’'Eberth et au bac. paratyphique A de Brion et Kayser (C. R. de la Soc. de Biol., 1908, p. 1095).
2, M. LAFFORGUE. F. typhoïde à bacille intermédiaire. Presse méd., 1908, n° 77, p. 611.
3. GLATARD et MAROTTE. F. typhoïde à bacille du groupe intermédiaire ayant évolué comme un pseudo-typhus. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des h6p., 1909, p. 152.
4. F. WipAL, À. LEMIERRE et R. BÉNARD. Ictère infectieux bénin au cours d’une septicémie paracolibacillaire. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des hôp., 17 déc. 1909. — E. Carat. Recherches sur un bacille du groupe coli-typhique isolé dans un cas d’ictère infectieux bénin. Arch. des maladies Ce l'appareil digestif et de la nutrition,
9. SALANIER. Caractère particulier d’un-bacille de la série paratyphique isolé ‘du pus d'une arthrite de l'épaule. C. R. de la Soc. de Biologie, 1916. p. 756.
6. À. LEMIERRE et G. MicHaux. Infection urinaire causée par un bacille du groupe colityphique. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des hôp., 1917, p. 4R4.
7. RayNauDp et NèGre. Bacilles typhiques algériens. Isolement d’un bacille intermédiaire au typhique et au paratyphique A. C. R. de la Soc. de Biologie, 1M2, t. I, p. 934.
8. Focey et Nècre. Étude sur 154 germes typhiques ou paratyphiques isolés par hémoculture à Alger. Annades de l'Institut Pasteur, 1917, p. 89.
F. WipaAz, À. LEMIERRE et P. ABramr.
D6 FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES
Lyphoïdes et être isolé du sang par hémocullure. Comme le bacille d'Eberth et les bacilles paratyphiques, c’est un bâtonnet mobile, cilié, ne faisant pas fermenter le lactose et ne donnant pas d'indol. Contrairement au bacille d'Eberth, il ne noircit pas la gélose au plomb; contrairement aux paratyphiques il ne fait pas virer le rouge neutre. Il se distingue de lun et des autres par son absence complète d'action sur aucun sucre el surlout, comme son nom l'indique par la propriété qu'il possède d’alcaliniser fortement les milieux où il se développe et notamment de faire virer au bleu intense le lait et le petit lait tournesolés. :
Les observations d'états typhoïdes à Bacillus fæcalis alcaligenes sont dues à Petruschki, à Fürth, à Straub et Krois, à Rochaix et Marotte(). Shearmann (?) a mêmé signalé une petite épidémie de maladies typhoïdes survenue en Égypte et dues au Bacillus fæcalis alcaligenes. Dans tous les cas que nous venons de citer le rôle pathogène du Bacillus fæcalis alcahgenes a été démontré non seulement par l'hémoculture, mais encore par l’existence dans le sang des malades d'une réaction agglutinante très nette vis-à-vis de ce microbe.
L'exemple des bacilles paratyphiques atypiques et du Bacillus fæcals . alcaligenes suffit à démontrer que les saprophytes intestinaux du groupe coli-typhique, ont, comme les autres bacilles de ce groupe habituellement pathogènes, une aptitude spéciale, lorsqu'ils acquièrent de la virulence, à réaliser des états septicémiques évoluant sous le masque de la fièvre typhoïde