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LES BACILLES PARATYPHIQUES DANS L'ORGANISME HUMAIN

Dans les fièvres paratyphoïdes proprement dites les bacilles paratyphiques À et B se comportent comme le bacille d'Eberth dans la fièvre typhoïde. Introduits dans le tube digestif par ingestion, ils passent dans la circulation sanguine el réalisent une septicémie. Ils peuvent déterminer des localisalions secondaires diverses, inflammatoires ou suppurées, parmi lesquelles des lésions intestinales, souvent assez différentes de celles que provoque la fièvre typhoïde.

Comme le bacille d'Eberth, ils sont secondairement apportés dans l'intestin par la bile, le suc pancréatique, les sécrétions intestinales, les lésions de la muqueuse digestive et sont expulsés avec les matières fécales. Ils passent également dans les urines. En cas de complications pulmonaires, ils peuvent ètre rejetés au dehors par l’expectoration, comme Minet (5) l’a montré pour les bacilles paratyphiques À et B et pour le bacille de Gaertner.

Il'existe des porteurs temporaires et durables de bacilles para typhiques À et B qui jouent un rôle important dans la propagation des infections

1. A. Rocnaix et H. MAROTTE. Bacillus fæcalis alcaligenes, agent pathogène. C. R. de la . de Biologie, 1916, p. 316.

. C.-H. SHEARMAN. Bacillæmia due to infections with bacillus fæcalis alcaligenes. ee of Royal’ Army Medical Corps, t. XXVIIL, f. I, janvier 1997, p. 404.

Re pores à bacilles paratyphiques. Presse médicale, 1916, n° p. 14 :

ÉTIOLOGIE. DES FLÈVRES PARATYPHOIDES. Pasc. III. — 57

paratyphoïdes. Les porteurs intestinaux sont les plus nombreux et nolamment la proportion de porleurs intestinaux de bacilles paratyphiques B après le paratyphus B serait plus considérable, d’après Lentz, que celle des porteurs de bacilles d'Eberth après la fièvre typhoïde. L'infection chronique de la vésicule biliaire se retrouve là aussi (!). Il peut exister des porteurs urinaires : Coyon et Lemierre (*) ont vu un homme qui, cinq mois après la guérison d’une fièvre paratyphoïde, conservait encore une bactériurie abondante à bacilles paratyphiques B.

Mode de transmissinn des fièvres paratyphoides. - Les fièvres paratyphoïdes seraient sensiblement plus contagieuses que la fièvre typhoïde. Il existe maintenant d'assez nombreuses observations montrant que des sujets atteints de fièvres paratyphoïdes ont contaminé leur entourage. Le mode de contagion est le même que dans la fièvre typhoïde.

Quant aux porteurs de germes paralyphiques, ils sont, comme les porteurs de germes typhi jues, surtout dangereux quand ils sont préposés à la préparation des aliments. Mais jusqu'à présent les observations où cette condition s’est trouvée réalisée concernent des intoxications alimentaires par le bacille paratyphique B, Il est difficile de dire à lheure actuelle dans quelles circonstances les porteurs de bacilles paratyphiques B donnent naissance autour d'eux à des fièvres paratyphoïdes plutôt qu'à des gastroentérites par intoxication alimentaire.

Trémolières et Touraine (5) ont rapporté l'observation d’un étudiant en médecine qui avala. accidentellement avec une pipette quelques gouttes de culture de bacille paratyphique B et contracta une fièvre paratyphoïde B très grave ayant débuté huit jours plus tard.

Lorsque les fièvres paratyphoïdes sont transmises à distance, l'eau paraît être le principal véhicule des bacilles paratyphiques. Il en a été ainsi dans l'épidémie du 118° régiment d'infanterie à Morlaix, dans celle de Fontevrault (Sacquépée) el dans de petites épidémies signalées par Prigge, Conradi et von Hünermann. Il s’est agi dans tous ces cas d’un bacille paratyphique B beaucoup plus vivace dans le milieu extérieur que le bacille typhique. Quant au bacille paratyphique À, sa résistance n'est pas supérieure à celle du bacille d'Eberth, et, bien que les documents fassent défaut sur ce sujet, on à sans doute, pour le trouver dans l’eau, les mêmes difficultés que pour le germe de la fièvre typhoïde.

Les analogies de mœurs et d'action pathogène qui existent entre Le bacille d'Eberth et les bacilles paratyphiques À et B permettent de supposer que les fièvres paratyphoïdes proprement diles peuvent aussi être dues à l’introduction dans le tube digestif de diverses substances alimentaires : huîtres, lait, légumes, viandes, contaminées par un porteur de germes ou par les mouches. À vrai dire, les seules observations où ce mode d'infection de

1. Evers et MÜuLexs. Cholelithiasis paratyphosa und Paratyphus Erkrankung; ein Beitrag zur Frage der Bazillenträger Deutsche militärärztliche Zeitschrift, 1909, 58 année, fase. 9, p. 360.

2. Coyon et LEMIERRE. Deux cas de pyélocystites à bacille paratyphique B. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des hôp., A juillet 1916, p. 1221.

9. F. TRÉMOLIÈRES et A. Touraine. Septicémie à bacille paratyphique B. Infection de laboratoire. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des hôpitaux, A9. T. IF, p. 326.

F. Wrpaz, À. LEMIERRE et P. ABRrAMI.

58 FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES, FA

l'organisme humain a pu êlre démontré ne concernent, jusqu'à maintenant, que des cas de gastro-entérites aiguës à bacilles paratÿphiques B, désignées habituellement sous le nom d’intoxications alimentaires.

Les fièvres paratyphoïdes se montrent soit à l'état de cas isolés, soit sous forme d'épidémies. Celles-ci sont en général assez limitées, tout au moins en temps de paix ; pendant la guerre de 19141918, noùus avons au contraire assisté à des épidémies étendues de paratyphus et notamment de A ji A.

CAUSES PRÉDISPOSANTES

Toutes les causes prédisposantes que nous avons énumérées à propos de Fa fièvre typhoïde se retrouvent dans les fièvres paratyphoïdes : influence du jeune âge, des fatigues et du surmenage, de la mauvaise hygiène et de l'encombrement. Elles se montrent surtout pendant la saison chaude et, comme la fièvre typhoïde, c’est dans la période de l’année comprise entre juin et décembre qu'on a le plus souvent l’occasion de les observer.

L'existence des fièvres paratyphoïdes a été signalée presque simultanément en France, aux États-Unis et en Allemagne; mais on s’est bientôt aperçu qu'elles possèdent la même ubiquité que la fièvre typhoïde éberthienne. Comme celle-ci, elles sont particulièrement fréquentes dans les pays chauds, Algérie, Maroc, Egypte, Indes.

En France un assez nd nombre de cas de fièvres paratyphoïdes fut relevé en 1905 par Sacquépée et Chevrel (!) dans les départements de l'Ouest : dans la grande majorité de ces cas, il s'agissait d'inféctions causées par le bacille paratyphique B. Pendant les dix années qui suivirent, la même constatation fut faite dans toute la France: le nombre des fièvres paratyphoïdes B l’emportait de beaucoup sur celui des paratyphoïdes À. De plus. parmi les maladies typhoïdes, la fièvre typhoïde éberthienne constituait la règle, les fièvres paratyphoïdes lexcepüon; il en était de même dans les autres pays d'Europe.

La guerre de 19144918 a bouleversé lous les rapports antérieurement exislants. L'épidémie, qui éclata peu après le début des hostihtés, fut jusqu’à la fin de 1914 une épidémie presque exclusive de fièvre typhoïde éberthienne; mais dès décembre 1914, le professeur Landouzy () signalail l’'apparilion de cas clairsemés de fièvre paratyphoïde B. Puis, sous Pinfluence de Ia vaccination antityphoïdique, seule appliquée à ce moment, l'épidémie de typhoïde s’éteignit rapidement, mais fut remplacée par une épidémie étendue de fièvres paratyphoïdes. La paratyphoïde B entra d’abord seule en scène; mais dès le début de 1915 la fièvre paratyphoïde À fit son apparilion et ne cessa de s’accroîlre, si bien qu'au mois de novembre 1945,

1. SACQUÉPÉE et Cnevrer. Les infections paratyphoïdes dans l’ouest de la France. Presse médicale, 1905, n° 68, p. 537. |

2.2L LANDOUZY. Fièvre typhoïde et fièvres paratyphoïdes. Typhoïdiques et paratyphoïdiques. Traitement des typhiques. Here des fièvres typhoïdes: Presse Médicale, 1914, 3 décembre, n° 78, p: 707:

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elle constitua, en certains endroits, 92 pour 100 des maladies typhoïdes. Les statistiques des laboratoires et des hôpitaux de contagieux des différents points du front sont unanimes à reconnaître la prédominance de la fièvre paratyphoïde A sur la fièvre paratyphoïde B pendant les poussées épidémiques de 4915 et de 1916. Rist note 116 paratyphoïdes À contre 20 paratyphoïdes B ; Sacquépée, Burnet et Weissenbach 28 paratyphoïdes À contre 5 paratyphoïdes B; R. Bénard 8 paratyphoïdes À contre 2 paratyphoïdes B ; Coyon et Rivet 54 paratyphoïdes À contre 26 paratyphoïdes B; Devé 140 paratyphoïdes À contre61 paratyphoïdes B ; Bourges 39 paralyphoïdes À contre 16 paratyphoïdes B ; Carles 67 paratyphoïdes À contre 40 paralyphoïdes B; Grenet el Fortineau 76 paratyphoïdes À contre 12 paratyphoïdes B; Rimbaud 106 paratyphoïdes À contre 46 paratyphoïdes B; Nobécourt et Peyre 67 paraltyphoïdes À contre 58 paraltyphoïdes B; Lemierre 55 paratyphoïdes À contre 15 paraltyphoïdes B: Merklen et Trotain 556 paratyphoïdes À contre 90 paratyphoïdes B. Enfin Lebœuf et Braun (!), au laboratoire de Bar-le-Duc, ont trouvé, pour 5 819 hémocullures positives : 586 fois le bacille d'Éberth, 552 fois le bacille paratyphique B et 2881 fois le bacille paratyphique A.

À l’armée d'Orient, Armand Delille, Paisseau et Lemaire () sur 548 hémocultures positives de décembre 1915 à septembre 1916 ont isolé 82 fois le bacille de d’Eberth, 8 fois le bac. paratyphique B, 226 fois le bac. paratyphique A et 12 fois des paratyphiques mal déterminés ; Teissonnière, Béguet et Jolly (5), de juin à décembre 1917, 59 fois le bac. d’'Eberth, 58 fois le bac. paratyphique B, et 100 fois le bac. paratyphique A.

La prédominance de la fièvre paratyphoïde A sur la fièvre paratyphoïde B qui, pendant la guerre, a constitué une anomalie en Europe,est habituelle dans l'Inde et à Ceylan, d’après les médecins de l’armée anglaise (*): Job et Hitzmann en 1914 ont signalé qu'au Maroc la fréquence des deux sortes de paralyphoïdes est à peu près la même. Au contraire Foley et Nègre (°) notent en 1917 une prédominance de la paratyphoïde À sur la paratyphoïde B, à Alger : 52 cas de paratyphoïde À contre 11 cas de paratyphoïde B et 111 cas de fièvre typhoïde.

Le renversement, survenu pendant la guerre, du rapportexistant jusqu'en 1914 entre le nombre des fièvres typhoïdes éberthiennes et celui des fièvres paratyphoïdes est aisément explicable : la vaccination anti-ébertienne pratiquée seule jusque vers la fin de 1915 n’a créé l’immunité que contre la fièvre typhoïde vraie; il est naturel que les fièvres paratyphoïdes, favorisées par les circonstances de la guerre, aient continué à se multiplier jusqu'au

1. A. LepoEur et P. Braun. Notes sur les résultats de 12000 hémocultures. Annales de l’Institut Pasteur, t. xxx1, mars 1917, p. 158.

2. P. ARMAND-DELILLE, G. PAISsEAU et H. LEMAIRE. Étude statistique sur 550 hémocultures positives avec renseignements précis sur la vaccination dans les affections typhoïdes et paratyphoïdes à l’armée d'Orient. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des hôp., 1919, 12 décembre, p. 1065.

3. M. TEISSONIÈRE, M. BéGuer et R. Jozzy. Remarques sur les hémocultures pratiquées à l’armée d'Orient. Bull. de la Soc. de pathol. exotique, t. XI, mars 1918.

4. À. CASTELLANI et A.-J. CHaLMERs. Manual of tropical medicine, 1N3, p. 1054.

9. L. NÈGRE et H. Forex. Étude sur 154 germes typhiques ou paratyphiques isolés par hémoculture à Alger. Ann. de l'Institut Pasteur, &. XXXI, fév. 1917. p. 88.

F. Wipaz, A. LEMIERRE et P. ABramr.

60 T1ÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES.

jour où la vaccination antiparatyphique a élé instituée. Rist (!) a été plus loin et a prétendu que les maladies typhoïdes n’ont pas été diminuées d'une seule unité par la vaccination antityphique ; celle-ci aurait eu pour unique résultat de remplacer un grand nombre de fièvres éberthiennes par un nombre égal de fièvres paratyphoïdes. En effet, dans les conditions qui présidaient à la contagion des maladies typhoïdes dans les armées, les matières virulentes contenaient toujours, d’après Rist, le bacille d’Eberth, en même temps que les bacilles paratyphiques, en proportion numérique très variables du reste suivant les cas. Chez les sujets vaccinés contre la fièvre typhoïde, le bacille d'Eberth restait inoffensif, mais les paratyphiques pouvaient entrer en action. Netter (?), tout en admettant que la œuerre pouvait créer un état spécial justifiant l'hypothèse de Rist, a fait observer que ni dans l’armée anglaise des Indes, ni dans l’armée américaine, là vaccination antityphique n'avait élé suivie d’une augmentation de la morbidité paratyphique. D'autre part, Lebœuf et Braun (), dont l'expérience repose sur plusieurs milliers d'observations, ont nettement constaté la plus grande fréquence des fièvres paratyphoïdes pendant la guerre non seulement chez les vaccinés contre le bacille d’Eberth, mais encore chez les non vaccinés.

Quant aux causes qui ont amené la prédominance de la paratyphoïde A sur la paratyphoïde B au bout de quelques mois de campagne, elles nous sont inconnues. Notons seulement qu'à Paris, la fièvre paratyphoïde A était certainement en augmentation pendant les années qui ont précédé la guerre.

1. E. Rfr. L'action de la vaccination antityphique sur la genèse des fièvres paratyphoïdes. Recherches statistiques. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des hôp., 1916, 11 février, p. 144.

2. NerrER. Discussion sur la communication de Rist. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des hô6p., 1916, 10 février, p. 147.

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