MUSCLES
Les altérations musculaires sont extrêmement importantes dans la fièvre typhoïde. Mentionnées par Velpeau, puis par Rokitansky et Virchow, elles ont été surtout étudiées par Zenker, O. Weber, E. Hoffmann, Hayem.
Zenker a noté que la myosite atteint par ordre de fréquence : les adducteurs de la cuisse et les psoas, puis les grands droits de l’abdomen, les grands et les petits pectoraux, les transverses de l'abdomen et les jumeaux.
Les altérations musculaires semblent débuter dès la première semaine et atteignent leur plein développement la deuxième ou la troisième. A un faible
F. Wipaz, À. LEMIERRE et P. ABRAMI.
80 FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES. “
degré les muscles frappés sont pâles et comme anémiques ; à un eue plus avancé leur tissu est gris sale, couleur chair de poisson.
L'examen histologique montre, d'après Zenker, deux sortes d’'altérations, ordinairement associées : la dégénérescence granuleuse et la dégénérescence cireuse ou vitreuse. Il faut ajouter à ces lésions des fibres musculaires l’infiltration leucocytique et la prolifération du tissu interstitiel (Hayem) ; et des lésions vasculaires, endartérite et péri artérite, très importantes dans. les muscles atteints. Zenker considérait les altérations musculaires comme la conséquence d’un simple processus dégénératf. Depuis les travaux de Waldeyer, Hoffmann, Hayem, on les envisage comme des lésions véritablement inflammatoires. :
La myosite typhique peut aboutir à des ruptures musculaires qui ont été constatées maintes fois, à l’autopsie. Les ruptures siègent le plus souvent au tiers inférieur du grand droit. Mais on en a constaté sur le psoas, les muscles de la jambe, les muscles pectoraux, le sous- scapulaire, le biceps brachial.
La myosite peut également provoquer des hémorragies musculaires dont les localisations habituelles sont celles des ruptures. Zenker à divisé les hémorragies musculaires en ecchymoses, infiltrations hémorragiques et foyers hémorragiques. Dans ces foyers, on voit le sang resté fluide ou coagulé, épanché dans l'interstice formé par la rupture. Ils peuvent se cicatriser, ou donner naissance soit à un kyste hématique, soit à des collechons suppurées. de
IL —— FIÈVRES PARATYPHOIÏDES
On pourrait croire que les bacilles paratyphiques, agents d'infections cliniquement si analogues à la fièvre typhoïde, déterminent dans organisme humain des lésions calquées sur celles qu'on trouve dans cette dernière maladie. Il n’en est pas toujours ainsi et les constatations faites aux autopsies de sujets morts de paratyphus A ou B diffèrent souvent de celles qui sont classiques aux autopsies des typhiques.
FIEVRE PARATYPHOIDE A
Les observations de Monnier el Ribereau (!'), de Job et Hitzmann (€), de Sacquépée, Burnet et Weïissenbach (), de Job et Ballet (*), de Grenet et
. MONNIER et RIkEREAU. Un cas de fièvre parätyphoïde terminé par la mort, Au- Pr C.'R,; de la: Soc: de Biologie, 1910: PrEXIX, p.11:
2. Jop et HirzmanN. Deux observations de paratyphus À avec autopsie. Bull, et Méni. de la Soc. méd. des hôp., 1914. T. I, p. 985.
3. E. SacouéPéE, E. Burner et WEiIssENBAcH. Étude macroscopique des lésions causées par le bac. para A, d’après les protocoles de neuf autopsies. Réunions de la IVe Armée, 27 août 1915. Presse méd., 1915, n° 42, p. 551. ;
4. Jog et BALLET. Contribution F l'étude de l’anatomie pathologique des fièvres paratyphoïdes. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des hôp., 1915, p. 991.
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Fortineau (‘), montrent que, si l’on constate parfois à l’autopsie des paratyphiques A la tuméfaction et même l’ulcération des plaques de Peyer, ces lésions sont toujours plus limitées que dans la moyenne . des fièvres typhoïdes ; un petit nombre de plaques sont atteintes et elles ne sont, en général, que tuméfiées et molles. Le plus souvent, ces altérations des plaques de Peyer font défaut : on constate simplement, sur les 15 ou 20 derniers centimètres de l’iléon, une congestion très intense de la muqueuse qui prend une teinte hortensia et qui peut même être parsemée de suffusions hémorragiques. Parfois, sur ce fond congestif, on voit se dessiner des points blanchâtres, du diamètre d'une lentille, légèrement saillants, au centre un peu déprimé; à un degré plus avant, ces points saillants font place à des ulcérations de 4 à 5 millimètres de diamètre, à bords taillés à pic. Ces granulations et ces ulcérations se montrent particulièrement nombreuses sur la face grêle de la valvule de Bauhin qui est en même temps extrèmement congestionnée et même ecchymotique. Elles ne sont autre chose que les follicules intestinaux isolés, où le bacille paratyphique A semble se localiser volontiers, tandis qu'il respecte les follicules agminés. Les examens histologiques de Job et Hitzmann ont montré une infiltration diffuse de la muqueuse intestinale, atteignant également la sous-muqueuse et pouvant s'étendre jusqu’à la tunique musculaire. Aux points blanchâtres saillants correspondent des amas leucocytiques absolument confluents.
Ce qui fait la grande différence entre la fièvre typhoïde et le paratyphus A c'est l'importance, dans cette dernière maladie, des lésions du gros intestin. Ces lésions sont de deux ordres: 1° Des saillies blanchâtres, de 2 à 3 mm de hauteur, sur 8 à 10 mm de largeur, circulaires, à surface déprimée, parfois érodée en dépression cupuliforme; 2° Des ulcérations ovalaires de dimensions variables, pouvant atteindre jusqu’à 5 cm dans leur plus grand diamètre. Ces ulcérations sont taillées à pic ; parfois leur bord est décollé comme celui de certaines ulcérations dysentériques. Leur fond est lisse ou rempli par un bourbillon gris jaunâtre. Ces ulcérations sont souvent profondes ; elles peuvent entamer la musculeuseet atteindre jusqu’à la séreuse. Elles peuvent être en petit nombre: on peut n’en constater que deux ou trois, soit sur le cœcum, soit sur un point du côlon ; mais parfois elles sont très nombreuses, presque confluentes et s'étendent depuis le fond du cœcum jusqu'à l’ampoule rectale.
On a signalé quelques cas de perforations des ulcérations, soit de l’iléon, soit du gros intestin. On a trouvé également des péritonites en rapport, non avec des perforations, mais avec des ulcérations du gros intestin, ayant aminci à l’extrême la paroi intestinale. Les ganglions mésentériques et iléocœcaux sont, en général, très tuméfiés, durs, rouges et hyperémiés.
La rate est presque toujours très volumineuse, molle, parfois presque diffluente, de coloration lie de vin.
Les poumons sont très fréquemment atteints; on note presque toujours un certain degré de congestion œdémateuse ; on a signalé l'existence de
1. GRENET et ForTINEAU. Étude sur une épidémie d'infections typhoïdes. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des hôp., 1915, p. 1298.
F. Wipaz, À. LEMIERRE et P. ABRAMI.
82 FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES.
broncho-pneumonies pseudo-lobaires ou à foyers disséminés, et des pleuré-
sies purulentes. Sacquépée, Burnet et Weissenbach ont vu, dans un cas, une endocardite plastique des orifices mitral et pulmonaire; et dans un autre, une endocardite végétante de l’orifice aortique. Le foie est le plus souvent pâle, marbré de taches blanchâtres. Les reins ne sont le plus souvent le siège d'aucune altération appréciable à l'œil nu ; Monnier et Ribereau signalent l'existence, dans un cas, de gros reins blancs avec zones de
nécrose.
FIÈVRE PARATYPHOÏDE B
Les observations de Longcope, de Lucksch, de Jochmann,.de Brion et Kayser, de Rolly (!), de Debove, Trémolières et Cain (?), de Coyon et Rivet (), de Job et Ballet (*), de Grenet et Fortineau (F), montrent que les lésions
provoquées par le paratyphus B sont sensiblement identiques à celles que
nous venons de décrire pour le paratyphus À. Parfois l'intestin s’est montré normal sur toute sa longueur. Dans une observation de Brion et Kayser, on trouve notées des lésions inflammatoires et ulcéreuses des plaques de Peyer aussi importantes que celles de la fièvre typhoïde; d’autre part Rathery, Ambard, Vanstenberghe et Michel (f) disent qu'en général les lésions macroscopiques et microscopiques de l'intestin grêle, dans les paratyphoiïdes B, sont sensiblement identiques à celles des fièvres éberthiennes. Dans les observations des autres auteurs que nous avons cités, les altérations des plaques de Peyer sont discrètes on font défaut, la: muqueuse ét l'iléon ne présentant dans sa position terminale qu'une hyperémie du reste très intense, et parfois les granulations blanchâtres correspondent aux follicules clos.
Les lésions du gros intestin se sont montrées avec la même fréquence et ont présenté la même importance que dans les fièvres paratyphoïdes À. Elles peuvent être FRERES ou occuper toute l'étendue du gros intestin depuis le cœceum jusqu’à l'anus. Rathery, Ambard, Vanstenberghe et Michel distinguent dans les fièvres paratyphoïdes B : 1° Des colites ulcéreuses à petites ulcérations ; % Des colites ulcéreuses perforantes à larges ulcérations profondes ; 3° Des colites ulcéro-végétantes : ces dernières sont caractérisées par l'existence de proliférations conjonctives plus ou moins volumineuses, développées dans la sous-muqueuse. |
Dans un cas de Coyon et Rivet, certaines altérations du côlon atteignaient 2 cm de largeur, sur 8 em de longueur et les tuniques intestinales étarent
4. IN. KurscHeRr. Art. Paratyphus, p. 675. Handbuch der Pathogenen Mihkroorganismen,
2. DEBOVE, TRÉMOLIÈRES et Cain. Sept cas d'infections paratyphoïdes. Bull. et Mém. .
de la Soc. méd. des hôp., 1911. T. I. p. 451.
3. A. Coyon et L. River. Un cas mortel de paratyphoïde B. Péritonite à bacille para B et colite ulcéreuse segmentaire. Bull. et Mém. de la Soc. méd. des hôp. 5: 491; p. 786. *