FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES
symplômes de la fièvre Lyphoïde, ils crurent avoir découvert une c« fièvre nouvelle », la fièvre entéro-mésentérique, voisine, mais différente, des fièvres
alaxique, muqueuse el adynamique. Ainsi persislait, nous le comprenons aujourd'hui, le démembrement de la fièvre typhoïde. Dans les années suivantes, c'est à l'étude de cette fièvre entéro-mésenté-
rique que s’altachent les observateurs. Bretonneau, a comparant à une
fièvre éruptive qui siégerail dans l'intestin, la désigna sous le nom de dothiénentérile (1818), terme que Trousseau, fidèle à la doctrine de son maître, devait transformer plus tard en celui de dothiénentérie.
Les études précédentes, malgré l'erreur qu’elles consacraient, avait au moins un mérile, celui de fixer l'attention des médecins sur lPimportanee”
des lésions observées à l’aulopsie des fiévreux. Elles préparaïent l'œuvre de Louis. Après avoir éludié ces lésions dans tous leurs détails, après s'être convaincu de leur spécificité, Louis, qui les retrouvait avec leurs mêmes
caractères dans toutes ces fièvres, adynamique, putride, muqueuse, biheuse,-
entéro-mésentérique, dothiénentérique, que ses prédécesseurs s'évertuarent à distinguer les unes des autres, affirma que, sous tous ces aspects dispa=
rates, se cachait une maladie spécifique, toujours identique à elle-même par.
sa nature : la fièvre typhoïde. I montra que « la lésion profonde et spéciale des plaques elliptiques de lintestin grêle doit être considérée non seulement. comme propre aux maladies typhoïdes, mais comme en formant le caractère anatomique, ainsi que les tubercules forment celui de la phlsie ».
On sait quelle devait être la fortune de l'entité morbide ainsi édifiée par l'École française. Épidémiologie, étiologie, pathogénie, diagnostie, prophylaxie, dans chacun de ces domaines, la fièvre typhoïde a représenté le champ d'études par excellence que la sagacité des chercheurs s’est mgémiée à défricher. Elle est devenue le type de la grande maladie mfectieuse humaine; une fois connue dans 'tous ses détails, elle à servi à mieux comprendre lorigine, le développement, les lésions, les moctes de propagation de toute une série d'états infectieux que nous observons en elimique.
D'abord, ce fut l’étiologie qui se précisa. Des observateurs avertis, comme Leuret, Gendron, Brelonneau, Piedvache, rompant avec la doctrine de Broussais, avaient compris que la maladie doit naître d'un germe venu du dehors; et contrairement à Murchison, qui pensait qu’elle peut provenir, indépendamment de tout cas antérieur, de la simple putréfaction des malières fécales, 1ls avaient proclamé sa contagiosité. Budd, partisan convaincu de la spécificité de la maladie, s’attachaït à montrer que tout cas de fièvre typhoïde naîl d'un cas de fièvre typhoïde antérieur ; il pensait déjà que le principe du contage existe dans les matières fécales. Trousseau, éclairé par les découvertes de Pasteur sur les fermentations microbiennes, avait déjà nettement la notion d’un germe spécifique préexistant.
C'est à Eberth (1880) et à Gaffky (1883) qu'il appartenait de découvrir et d'isoler ce germe, et d’inaugurer ainsi l'étape bactériologique de Fhistoire de la fièvre typhoïde. C’est alors que le rôle de l’eau, dans la propagation de la fièvre Lyphoïde, depuis longtemps soupçonné par Murchison el surtout par Pettenkoffer, fut mis hors de doute par les travaux de Brouar-
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del, de Chantemesse et de Widal, de Thoinot; la morbidité typhique subit dès lors un fléchissement partout où furent appliquées les mesures prophylactiques que cette étiologie précise rendait nécessaires.
Il semblait cependant que la bactériologie, qui venait ainsi de permettre d'entreprendre une lutte rationnelle contre la fièvre typhoïde, n'avait pas apporté à la clinique les secours que celle-ci était en droit d’en attendre. D'une part la recherche du bacille d’Eberth chez les malades suspects de fièvre typhoïde restait, malgré tous les efforts pour la rendre plus aisée, un procédé hérissé de difficultés: l’isolement du germe dans les matières fécales élait ardu, le plus souvent infructueux. Presque toujours, en cherchant le bacille typhique, on trouvait le colibacille, si bien que la théorie « aulogène » de la maladie, qui avait été soutenue autrefois par Murchison, semblait à quelques-uns de nouveau vraisemblable ; on vit, durant quelques années, mettre en doute la spécificité du bacille d'Eberth, sorte de colibacille, devenu spontanément pathogène.
D'autre part, la bactériologie, qui paraissait ainsi impuissante à éclairer le diagnostic médical, n'avait guère enrichi non plus nos conceptions touchant la pathogénie de la fièvre typhoïde. Malgré les recherches, pourtant si suggestives, de ceux qui, du vivant même du malade, avaient isolé le bacille d’Eberth des taches rosées, de la rate, du poumon des typhiques, la fièvre typhoïde restait ce qu’elle avait élé pour les médecins de l’époque précédente : une maladie intestinale.
En quelques années, l'introduction en médecine de deux nouvelles méthodes d'investigation bactériologique, le sérodiagnostic et l’hémoculture, est venue rénover ces chapitres du diagnostic et de la pathogénie de da fièvre typhoïde.
Le sérodiagnostic, que l’un de nous a fait connaître en 1896, a mis entre les mains des cliniciens un procédé scientifique précis, rapide, susceptible «de mesure, qui permettait de reconnaître à coup sûr la fièvre typhoïde. En même temps, elle achevait de conférer au bacille d’Eberth une spécificité éclatante, en montrant que, sous toutes les latitudes, et quelle que soit la forme revêtue par la maladie, le microbe de la fièvre typhoïde se retrouvait toujours identique à lui-même, dans l’épreuve de la séro-réaction.
C'était la première fois que la médecine apprenait à exploiter, pour le diagnostic d’une maladie infectieuse, les propriétés humorales spécifiques développées dans l'organisme sous l'influence des microbes pathogènes. La connaissance de la réaction agglutinante dans la fièvre typhoïde allait devenir le point de départ d’une méthode générale de diagnostic des infections. Elle a familiarisé les médecins avec la notion'si féconde des anticorps, dont l'étude constitue aujourd’hui une science vérilable, la sérologie.
Quelques années plus tard, un autre procédé de recherches bactériologiques, l’hémoculture, vint éclairer la pathogénie, encore si obscure, de la fièvre typhoïde. L’ensemencement massif du sang, introduit en clinique par Schottmüller (1901), Castellani, Auerbach et Unger, Jules Courmont, Busquet, montra que la typhoïde, qui apparaissait jusqu'alors comme une maladie de l'intestin grêle, était au contraire, dès ses débuts, une infection générale, une septicémie. Ainsi s'expliquaient à la fois
F. Wipaz, À. LEMIERRE et P. Agrami.
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la constance et la multiplicité des lésions extra-intestinales observées. chez les typhiques, et dont n'avaient pu rendre compte ni l’action de toxines hypothétiques, ni celle d'infections secondaires, exceptionnellement. en cause. ne
Bien plus, les lésions intestinales elles-mêmes, loin d’être l’origine et la porte d'entrée de l'infection sanguine, n’en sont au contraire que les déterminations secondaires et d’ailleurs contingentes : ce sont, au même titre que les autres altérations d'organes, des métastases de la septicémie éber-. thienne. Ainsi la fièvre typhoïde a réellement cessé d’être la dothiénen- : térie ; elle est le type le plus achevé des septicémies humaines.
A la lueur de ces acquisitions récentes, que l’on doit à l’hémoculture, d’autres problèmes se sont éclairés. On a compris, en particulier, Pimportance qu'il fallait attribuer, dans une septicémie comme la fièvre typhoïde, à des lésions jusqu'alors tenues pour accessoires : celles des votes biliaires. Conséquence en quelque sorte obligée de l'infection sanguine, l'infection des voies biliaires, due à l'élimination au travers du foie des germes de la circulation générale, commande et entretient en grande partie la virulence du contenu intestinal. La bile, en s’y déversant, ensemence sans cesse: l'intestin d’une culture pure de bacilles d'Eberth. Dès lors, la persistance possible, après la fièvre typhoïde, de lésions des voies biliaires, rend possible également la persistance d’une infection éberthienne du contenu intestinal. C'est le problème des porteurs de germes ; problème si important qu'il a contribué à rénover les chapitres de l’étiologie et de la prophylaxie de la fièvre typhoïde. Les recherches entreprises à partir de 1902 dans les pays rhénans, sous l’impulsion de R. Koch, nous ont appris à compter désormais, dans la détermination de la genèse des épidémies de fièvre typhoïde, avec ces porteurs de germes, agents de transmission directe et propagateurs du virus dans les milieux naturels. |
Ce ne sont pas là les seules acquisitions dont l'étude de la fièvre typhoïde soit redevable aux méthodes bactériologiques. En 1897, Achard et Bensaude, observant deux sujets atteints de fièvre typhoïde, étaient frappés de constater que le sérodiagnostic se montrait chez l’un et chez l’autre, négatif. Ils isolaient de leur organisme un bacille, apparenté au bacille d'Eberth par ses caractères morphologiques, et auquel ils donnèrent le nom de bacille paratyphique. La spécificité de la fièvre typhoïde semblait remise en question. L'étude de ces infections paratyphoïdes, dont les exemples se sont depuis lors multiplhiés, a montré en effel que, si, dans l'immense majorité des cas, le syndrome de la fièvre typhoïde est provoqué: par le bacille d'Eberth, 1l peut être parfois aussi réalisé par des germes différents, qui sont les bacilles paratyphiques. Ce n’est pas un des points les moins intéressants de l’histoire de la fièvre typhoïde que de voir des sermes spécifiquement distincts du bacille typhique, incapables d’immuniser contre lui, déterminer cependant dans l'organisme humain des symptômes et des lésions si semblables, que seuls les procédés de laboratoire sont capables de distinguer les unes des autres ces infections septicémiques. cliniquement identiques.
La fièvre typhoïde possède enfin dans la vaccination cette prophylaxie spé-
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cifique, qui représente pour le médecin le but suprême des recherches bactériologiques. Réalisée expérimentalement en 1888 à l’aide de cultures stérilisées par Chantemesse et l’un de nous, la vaccination antityphique a été, pour la première fois, appliquée à l’homme par Wright en 1896. L'expérience, largement effectuée dans les armées anglaises et américaines, les résultats qu'elle avait fournis en France, sous l'impulsion de Chantemesse ‘et de H. Vincent, faisaient prévoir tout le parti qu'on pouvait en attendre, en cas d’épidémie massive. La guerre de 1914-1919 a permis de consacrer définitivement son efficacité, de même que celle de la vaccination antiparatyphoïdique.
Telles sont les étapes successives par lesquelles ont procédé nos cornaissances sur la fièvre typhoïde. En moins d’un siècle, cette maladie, que l'École française a tiré de toutes pièces du chaos des fièvres, a vu s’éclairer successivement tous les chapitres de son histoire; 1l n’est pas aujourd’hui de maladie mieux connue, il n’en est pas qui, plus qu'elle, ait bénéficié des méthodes scientifiques de recherche. Elle à son agent pathogène spécifique, son éliologie précise, ses sympômes et ses lésions caractéristiques ; son diagnostic est assuré par des procédés d’une rigueur expérimentale et, grâce à la vaccination, nous pouvons être maîtres, désormais, de sa prophylaxie.
F. WipaL, À. LEMIERRE et P. ABRAMr.