‹ Nouveau traité de médicine (volume 3)Chapitre 63 sur 204 · VI. — COMPLICATIONS DES ORGANES URINAIRES · texte numérisé non relu

VI. — COMPLICATIONS DES ORGANES URINAIRES

1° Néphrites. — Nous avons signalé, en décrivant les symptômes de la fièvre typhoïde, la fréquence avec laquelle se constate l’albuminurie. Elle est le degré le plus atténué de la néphrite typhoïdique, bien connue depuis les premières recherches de Rayer, de Grégory, et de Martin- Solon.

Cette albuminurie, qui, pour certains auteurs comme Gubler et Robin, serait même un symptôme constant de la fièvre typhoïde, si on le recherchait chaque jour, est en tout cas très fréquente : elle existe, cliniquement appréciable, dans tous les cas graves, et dans un bou nombre de cas moyens ou légers. Recherchée pendant la guerre de 1914 sur 600 malades, par M. Jouve Balmelle, elle n’a fait défaut que 15 fois. Elle est habituellement légère et fugace, disparaissant au moment de la convalescence. Dans d’autres cas, elle peut persister, même après la convalescence et devenir le signal d’une néphrite chronique. Une pareille éventualité reste exceptionnelle. |

L’albuminurie est parfois accompagnée de cylindrurie (cylindres hyalins ou granuleux, ou même granulo-graisseux), de leucocyturie, d’hématurie microscopique. Elle est alors l'indice d’une néphrite plus accentuée, à tendance congestive. Mais, même sous cette forme, elle résume habituellement toute la symptomatologie rénale, et ne s'accompagne pas des autres syndromes communément observés dans les néphrites aiguës.

Il existe cependant une autre variété de néphrile typhoïdique, qui constitue une véritable complication, et à laquelle on applique couramment l'expression de néphro-typhus. Elle est caractérisée par l'association à l’'albuminurie, d'hématuries véritables, plus où moins abondantes, souvent récidivantes, et de douleurs lombaires, uni ou bilatérales. Dans les observations nombreuses qui ont été rapportées, ces symptômes représentent les seuls signes de l’altération rénale : l’œdème, de même que les accidents azotémiques font en pareil cas défaut, et c’est là l’une des caractéristiques de cette néphrite typhoïdique.

Cette néphrite typhoïdique survient dans deux conditions.

Tantôt, elle marque le début de la maladie, véritable néphro-typhus. Le tableau clinique est alors celui d’une néphrite hémorragique très grave, avec température élevée, frissons, vomissements, état typhoïde plus ou moins marqué. Dans les thèses d’Amat, de Didion, de Zègre, on trouve cinq observations de ce genre; d’autres ont été rapportées par Bagot, Pissavy et Gauchery, Lesieur, Gouget, Curschmann, Meyer.

Dans ces formes, le diagnostic de néphro-typhus est établi par l'apparition, au bout de quelques jours, des signes typiques de la dothiénen-

F. WipaL, A. LEMIERRE et P. ABRAMI.

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térie. Mais assez souvent (Obs. d’Amat, de Gouget, de Curschmann, de Meyer), les symptômes Lyphoïdiques sont très atténués ou même font complètement défaut, en sorte qu’en présence de toute néphrite hémorragique aiguë, d'apparence primitive, il faut, selon la remarque de Gouget, songer à sa nature éberthienne possible. Dans deux cas de ce genre que nous avons observés, la maladie avait débuté brusquement, par des douleurs lombaires violentes, des hématuries abondantes, accompagnées de fièvre élevée. Ce n’est qu'après quelques jours que les symptômes typhoïdiques se précisèrent, en même temps que la poussée de néphrite aiguë s’atténuait. Le taux de l’urée du sang, qui s'était d’abord montré élevé, revint progressivement à son chiffre normal, comme il est de règle au cours des néphrites aiguës. La fièvre typhoïde guérit, sans autre incident, dans l’un et l’autre cas. De même, dans un cas récent de MM. Achard, Leblanc et Rouillaud, il existait une azotémie très notable, qui atteignit 5 grammes ; cette azotémie fut passagère et disparut complètement avec la guérison.

Le plus souvent la néphrite {yphoïdique survient au cours d’une typhoïde en pleine évolution, soit pendant le stade d'état, soit même pendant la convalescence.

Son pronoslie, qui avait paru très grave à Gubler et à Robin, semble au contraire favorable dans la majorité des cas. La plupart des observations récentes signalent en effet la guérison rapide de la poussée néphrétique, sans persistance de l'albuminurie. Il est vraisemblable d’ailleurs, comme l’a fait remarquer Achard, qu’on a plus d’une fois considéré comme néphrites des accidents liés à un infarctus rénal, ou à une pyélo-néphrile congesfive.

2° Cystites typhoïdiques. — Nous avons vu, à propos de l’étiologie de la fièvre typhoïque, lintérêt pratique considérable présenté par l'élimination fréquente du bacille d’Eberth par les urines, et nous aurons à y revenir en traitant de la prophylaxie de cette maladie.

Mais, pour fréquente que puisse être cette bactériurie, elle ne s’accompagne que très exceptionnellement de lésions vésicales aboutissant à la cystite. Les observations, imprécises d’ailleurs, de Guéneau de Mussy (1884) et de Guinon (1892), les faits bien étudiés de Melchior, Behmer, Horton Smith, Richardson, Curschmann, Vincent, Lévi et Lemierre, Etienne, sont les seuls documents que nous possédions à ce sujet. |

C’est au déclin de la fièvre typhoïde, ou dans les premiers jours de la convalescence, que la cystite apparaît, avec ses douleurs plus ou moins vives, à type terminal, son ténesme, sa pyurie. Les urines sont acides, constamment. L’hématurie, peu abondante, existe quelquefois. |

L'évolution de cette complication est en général très simple. Même dans les cas qui se sont accompagnés de crises de rétention aiguë, les symptômes ont rapidement cédé au traitement. Ces cystites seraient donc très bénignes, si elles ne laissaient fréquemment persister après elles une bactériurie éberthienne de plus ou moins longue durée, qui devient une source permanente de contamination typhoïdique.

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