COMPLICATIONS
Les épidémies récentes ont démontré que les fièvres paratyphoïdes sont loin d’avoir toujours la bénignité que leur avaient attribuée les observations recueillies avant la guerre. En réalité, leur évolution peut être traversée des mêmes complications que la fièvre typhoïde éberthienne.
Complications intestinales. — L'hémorragie intestinale est très fréquente : Carles l’a notée dans 8 pour 100 de ses cas; Étienne, Coyon et Rivet, Grenet et Fortineau, Raymond, Parisot et Orticoni, Minet, Nobécourt et Peyre -ont également insisté sur sa fréquence. Elle a les
1. Giroux. Étude cliniqué des infections paratyphoïdes, in Les grandes questions médicales d'actualité. Vigot frères, Paris, 1918, p. 364.
2. Jos. Note sur un cas de paratyphoïde A compliqué de purpura hémorragique. Soc. méd. des Hôpitaux, 12 novembre 1915. à
F. Wipa, À. LEMIERRE et P. ABRAMI.
172 FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES.
mêmes allures que l'hémorragie typhoïdique; tantôt discrète, éphémère, tantôt profuse, foudroyante (Coyon et Rivel) ou répétée (Gwyn, Minet).
La perforation est beaucoup plus rare que dans la dothiénentérie, et ce fait reste une des caractéristiques importantes des paratyphoïdes. Toutefois, la perforation peut survenir, et plus souvent, semble-t-il, dans le paratyphus A (Carles, Rathery, Coyon et Rivet, Grenet et Fortineau, Ramond et Schutz, Parisot et Orticoni). Elle siège presque constamment sur l’intestin grêle ; le cas de Rathery, concernant une perforation du côlon au cours d’un paratyphus B, est unique jusqu'ici. : |
Complications cardio-vasculaires ('). — Les complications cardiovasculaires, dont il existait fort peu d'exemples avant la guerre, ont au contraire été fréquemment notées depuis 1914 et cela aussi bien dans les paratyphoïdes À que dans les B.
La myocardite, avec sa symptomatologie habituelle, a paru à Minet une des principales complications du paratyphus (19 fois sur 60); Debove, Trémolières et Cain, Trémolières et Touraine, Job et Hirtzmann, Grenet et Fortineau, Nobécourt et Peyre, en ont rapporté de nombreux exemples.
Comme dans la typhoïde, on peut observer des formes latentes, les plus communes, où seul l'examen systématique du cœur et du pouls décèle la lésion; des formes hyposystoliques, avec troubles cireulatoires pulmonaires el généraux; des formes syncopales. Dawson et Wittington ont noté dans un cas, du heart-block, avec pouls alternant.
La péricardile, aussi rare que dans la typhoïde, a été vue par Netter et Ribadeau-Dumas, Rathery, Carles et Marchand.
L'endocardite, aorique, mitrale ou pulmonaire, est plus rare quépée, Burnet et Weissenbach, Trémolières et Cain, Carles, Netter et. Ribadeau-Dumas). |
L'artérile, exceptionnelle, à été notée par Bedos, Babonneix ét Robin () dans un cas de paratyphus À ; elle siégeait au membre inférieur droit.
La phlébite, par contre, s’observe avec une fréquence plus grande : sur un total de 660 cas de paratyphus À et B, rassemblés par Giroux, on la relève 15 fois, soit dans 92,5 pour 100. Nobécourt et Peyre, Rimbaud, Sacquépée, Étienne, Coyon et Rivet, Torrens et Whittington (5), Bergeron et Heuyer, Lenglet(‘), Carles et Marchand l'ont observée. Elle survient tardivement, comme dans la typhoïde, se localise presque toujours à la jambe gauche, bien qu'on ait pu la voir atteindre le membre supérieur et les veines ophtal-. miques (Rathery). Son évolution est identique à celle de la phlébite typhique de forme commune; comme elle, elle se termine le plus souvent par la guérison ; lembolie pulmonaire (Carles, Oppenheim et Nisner, Raymond, Parisot et Orticoni) est exceptionnellement signalée.
1. V. CarLes et MARCHAND. Symptômes et complications cardio-vasculaires dans les infections paratyphoïdes. Arch. des mal. du cœur et des vaisseaux, mars 1916. | 2. BEDoOS, BABONNEIX et RoBin. Un cas d’artérite aiguë chez un sujet atteint de pars typhoïde À. Soc. méd. des Hôpitaux, 12 mars 1915.
3. TORRENS et WuHITTINGTON. Aspects- cliniques de la paraty phoïde. Brit. medic. Journ., 13 novembre 1915.
4. LENGLET. Phlébite légère au cours d’une paratyphoïde A. Réunion médicale de la IVe Armée, 17 juillet 1915; Presse Médicale, 26 août 1915, p. 317.
Complications pleuro-pulmonaires. — Si le laryngo-paratyphus n’a été observé que par Corneloup (!'), et sous une forme bénigne d’ailleurs, par contre, les accidents broncho-pulmonaires sont communs. Bronchites diffuses; congestions aiguës se. localisant fréquemment au sommet, comme dans la typhoïde el pouvant simuler la tuberculose (Minet); pnewmonies (M. Labbé); spléno-pneumonie à évolution torpide (Grenet et Fortineau. Minet) ont été fréquentes. Ces localisations pulmonaires des bacilles paratyphiques peuvent aboutir au ramollissement du parenchyme et même-à la formation d’une caverne [Minet(?), Lemierre et P.-N. Deschamps ()1.
Il en est-de même des pleurésies, absolument calquées sur celles de la fièvre typhoïde; comme elles, peu abondantes, insidieusès, tardives dans leur apparition, et montrant une tendance hémorragique marquée. Sur 910 paratyphoïdes qu'ils ont observées, Joltrain et Petitjean ont rencontré 19 pleurésies (6 p. 100), dont 18 dues au bacille paratyphique B,;-une seule au b. paratyphique À. Quinze fois elles étaient séro-fibrineuses, et présentaient la formule cytologique établie par Widal et Merklen dans la pleurésie typhique; deux fois elles étaient purulentes; deux fois sèches. Giroux (‘) a observé un cas, à bacille paratyphique À, où l’épanchement, d’abord citrin, devint hémorragique, puis purulent.
Complications nerveuses. — La plupart des complicalions nerveuses de la dothiénentérie ont été retrouvées dans le paralyphus. À côté des syndromes méningés, que nous avons déjà signalés, on a observé :
Les paralysies, sous forme d’'hémiplégie (Cas de Raymond, Parisot el Orticoni), de polynévrite curable (Carles et Marclaud, Grenet et Fortineau), de paralysies localisées, au deltoïde (Achard et Bensaude), au moteur oculaire commun |para À: Guillain et Barré ()|.
Les troubles délirants (Merklen, Raymond, Parisot et Orticoni) sont identiques à ceux de la typhoïde, et laissent fréquemment persister, après la convalescence, des séquelles psychopathiques plus ou moins durables.
Complications urinaires. — La néphrite, avec tous les degrés qu'elle présente dans la seplicémie éberthienne, a été retrouvée au cours du paratyphus : néphrite habituellement légère, simplement albuminurique et transitoire (Aubry l’a signalée dans la moitié des cas; Job, Raymond, Parisot et Orticoni à titre plus rare); néphrite aiguë, moins fréquente, avec albuminurie abondante et hématuries (Raymond, Parisot el Orticoni; Nobécourt et Peyre (f); Bensaude).
1. Cornezoup. Deux cas de laryngo-paratyphus bénin. Réunion médic. de la 1" Armée, 16 mars 1916, Presse Médicale, 1916.
2. J. Mixer. Congestions pulmonaires à bacilles paratyphiques. Presse Médicale, 1916, p.141. |
5. À. LEMIERRE et P.-N. Descamps. Les syndromes pulmonaires pseudo-tuberculeux au cours de la fièvre typhoïde et des fièvres paratyphoïdes. Presse Médicale,
4. Giroux. Infection paratyphoïde compliquée de pleurésie purulente à paratyphique A. Soc. méd. des Hôpitaux, 25 novembre 1915.
5. GUILLAIN et Barré. Paralysie du moteur oculaire commun apparue dès le début d’un para A. Annales de Médecine, janvier 1916, n° 1.
6. NogécourrT et PEYRE. Complications observées au cours des fièvres typhoïde et paratyphoïdes. Soc. méd. des Hôpitaux, A1 février 1915.
F. Wipaz, À. LEMIERRE el P,. ABRaAMïI.
174 FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES.
Deux cas de pyélocystite à paratyphique B ont été observés par Coyon et Lemierre (!).
Complications hépato-biliaires. Si l’on exempte les cas d’ictères primitifs à bacilles paratyphiques, qui ne rentrent pas dans le cadre des formes typhoïdes de l'infection, les complications hépato-biliaires sont rare-
ment observées.
La cholécystite, accompagnée ou non d’ictère, a été signalée dans le paratyphus À par Demanche (?) et par Giroux(); dans le paratyphus B par Berg et Libmann, Nobécourt et Peyre, Minet(‘). A
Autres complications. — Enfin, des déterminations ostéo-périostiques (Achard et Bensaude, Cushing), des spondylites sacro-lombaires (Raymond, Parisot et Orticoni), des arthropathies (Grenet et Fortineau, Nobécourt et Peyre, Vincent et Muratet); des parotidites graves (Grenet et Fortineau, Giroux, Carles), des ofites, catarrhales ou suppurées (Ascoli, Carlés, Raymond, Parisot et Orticoni), des thyroïdites suppurées [Widal et Nobécourt (5), Achard (f), Lemierre et Taberlet()|, des abcès sous-cutanés (Pratt), l'orchi-épididymite suppurée (Giroux, Raymond, Parisot et Orticoni), toutes complications attribuables soit au para À, soit au para B, achèvent d'établir la ressemblance clinique entre le paratyphus et la fièvre typhoïde légitime.