M. NicoLLE, MLLE A. RAPHAËL et E. DEBaIns. Loc. cit
F. Wipar, À. LEMIERRE et P. ABRrAMI.
12 FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES. È
Mandelbaum (1) et Nieter (?) ont décrit, sous le nom de bacilles mélalyphiques, des bacilles donnant sur gélose additionnée d'acide rosolique des cultures rouges, tandis que le bacille d'Eberth y donne généralement des cultures Jaunes. | à
Malgré leurs anomalies, les bacilles de Sarrailhé et Clunet, de Nicolle, Mile Raphaël et Debains, et les métatyphiques de Mandelbaum et Nieter étaient, en réalité, des bacilles d'Eberth authentiques. C’est l'emploi de la réaction agglutinante qui a permis de létablir. L'identification du bacille d'Eberth, comme celle des bacilles paratyphiques, exige, en effet, qu'on ne se limite pas à leur étude -sur les différents milieux de culture. On doit utiliser, pour cette identification, la propriété que possèdent le bacille. d'Eberth et les bacilles paratyphiques de déterminer, dans le sérum des hommes ou des animaux qu’ils infectent, l'apparition d’agglutinimes spécifiques.
Au chapitre « Diagnostic » où la question de l’agglulination sera traitée dans toute son ampleur, nous verrons comment, pour effectuer le sérociagnostic de la fièvre typhoïde, on part d’une culture authentique et bien connue de bacille d’Eberth, d’une agglutinabihité éprouvée, pour savoir si tel ou tel sérum sanguin provient d’un sujet atteint d’une fièvre typhoïde.
Pour identifier un bacille que l’on soupçonne d’être un bacille d’Eberth ou un bacille paralyphique, on procède d’une façon inverse, Lout en utilisant le même phénomène biologique. On possède, préparés à l'avance dans les laboratoires, des sérums agglutinants spécifiques qu’on obtient en inoculant à des animaux, cobayes, lapins ou mieux encore chevaux (M. Nicolle), des souches bien authentiques de bacille d'Eberth ou de bacilles paratyphiques. On peut utiliser aussi le sérum sanguin de sujets atteints, soit de fièvre typhoïde, soit de fièvre paratyphoïde bactériologiquement démontrées. Le pouvoir agglutinatif de ces sérums humains ou expérimentaux doit être exactement mesuré. Ces sérums spécifiques n’agglutinent naturellement au taux le plus élevé que l'espèce bactérienne avec laquelle ils ont été préparés. Il est donc facile, en les faisant agir successivement sur le bacille à identifier, de diagnostiquer à quelle catégorie de microbes on a affaire.
Souvent les bacilles typhiques ou paratyphiques fraîchement isolés de l'organisme ne se montrent pas ou se montrent peu agglutinables (J. Courmont); mais ils récupèrent cette propriélé après un certain nombre de repiquages et finissent par se comporter, en face des sérums expérimertaux, comme les échantillons souches qui ont servi à préparer ces sérums.
Pour renforcer la valeur de cette première épreuve, il faut inoculer à des animaux le bacille à identifier. On voit, après un nombre variable d’inoculations, apparaître dans le sérum des animaux des propriétés agglutinantes pour des échantillons authentiques de bacilles typhiques ou paratyphiques, suivant que le bacille injecté est un bacille d'Eberth ou un bacille paratyphique.
Enfin, il ne faut jamais négliger, lorsque l’on a isolé de l'organisme d’un
4. M. ManDELBAUM. Ueber den Befund eines weiteren noch nicht beschriebenen
Bakteriums bei klinischen Typhusfällen. Münchener Med. Woch. 1907, n° 56, p. 1766. 2. NieTER. Zur Metatyphusfrage. Münchener Med. Woch., 1908, n° 17, p. 898.
ÉTIOLOGIE DE LA FIÈVRE TYPHOIDE. Fasc. III. — 13
sujet un bacille douteux, de mesurer le pouvoir agglutinant du sérum de ce sujet, non seulement vis-à-vis du bacille douteux, mais surtout vis-à-vis des bacilles typhique et paratyphique authentiques. Là encore c’est la réaction agglutinante qui est le plus à même de renseigner sur la véritable nature de l'infection.
C’est grâce à la mise en pratique de cette série de recherches que les bacilles typhiques anormaux, dont nous avons parlé plus haut, ont pu être identifiés. Nous verrons que, si les anomalies chez les bacilles d’'Eberth sont rares, elles sont, au contraire, assez fréquentes chez les bacilles paratyphiques et notamment chez les bacilles paratyphiques B, surtout quand ils sont isolés depuis peu de temps. La réaction agglutinante est le plus sûr moyen que nous possédions pour classer les bacilles typhiques et paratyphiques dans l'espèce à laquelle ils appartiennent réellement. C'est elle qui sert de fil conducteur à travers les anomalies transitoires ou définitives que peuvent présenter ces bacilles sur les milieux de culture. M. Nicolle, Mlle A. Raphaël el E. Debains(!) ont récemment encore insisté sur la nécessité de cette épreuve pour l'identification des germes typhiques et paratyphiques. Les différences, signalées par ces auteurs, que présentent les divers échantillons de ces germes, soit dans leur agglutinabilité par les sérums expérimentaux, soit dans FOuS pouvoir agglutinogène quand on les injecte aux animaux, ne suffisent pas à diminuer la valeur de cette méthode.
Le bacille d'Eberth ne donne pas de spores. Sa résistance aux agents physiques et chimiques est donc assez faible. Chantemesse et Widal ont vu qu'au-dessus de 90°, une culture de bacille d’'Eberth est immédiatement détruite; Pfühl, que la chaleur humide à 60° tue le germe en 20 minutes; Sternberg et Janowski ont obtenu le même résultat en 10 minutes à 570. En pratique, un chauffage au bain-marie à 55° tue à coup sûr le bacille d'Eberth en une demi-heure, et ce procédé est utilisé pour la préparation des vaccins antityphiques.
Nous aurons à parler plus loin des conditions de survie du bacille d'Eberth dans l’eau et dans le sol. Nous pouvons dire, dès maintenant, que l'agent le plus nocif pour le bacille d'Eberth est la lumière solaire. Gaillard, Janowski ont montré que des cultures de bacille typhique, exposées pendant plusieurs heures aux rayons du soleil, perdent toute vitalité, sans que les propriétés nutritives du milieu de culture aient pourtant disparu. La lumière diffuse, quoique contrariant le développement des cultures, n'exerce pas sur elles une action aussi fâcheuse.
Toxines du bacille d'Eberth. — Bien que Brieger et Fränkel aient de bonne heure isolé des cultures filtrées de bacille d”° Eberth une toxalbumine mortelle pour le lapin en injections sous-cutanées, ces cultures fillrées ne contiennent pas une toxine diffusible comparable par son activité aux toxines diphtérique ou tétanique. Ultérieurement, Sanaralli, Chantemesse, Conradi, après avoir exalté la virulence de certains bacilles d'Eberth et après avoir soumis les cultures ainsi obtenues à diverses manipulations, obtinrent des Loxines très actives, constituées non seulement par les pro-