‹ Nouveau traité de médicine (volume 3)Chapitre 87 sur 204 · L. — PROPHYLAXIE SPÉCIFIQUE — VACCINATION PREVENTIVE · texte numérisé non relu

L. — PROPHYLAXIE SPÉCIFIQUE — VACCINATION PREVENTIVE

1° Historique. — Le fait qu'il est possible de vacciner préventivement contre l'infection éberthienne par des bacilles morts à été, pour la première fois, établi expérimentalement en 1888, par Chantemesse et Widal. Peu de temps auparavant Toussaint, Salmon, Roux et Chamberland, Charrin, avaient montré qu'on peut vacciner les animaux contre diverses infections à l’aide de cultures microbiennes stérilisées. Chantemesse et Widal établirent que les cultures de bacille typhique, tuées par la chaleur, pouvaient conférer l’immunité. Dans leurs premières expériences, ils immunisèrent des souris par injections sous-cutanées de bacilles tués à 120 degrés; en 1892, ils immunisèrent des cobayes et des lapins avec des cultures stérilisées à 100 degrés. Les animaux qui avaient résisté aux injections vaccinales furent ensuite éprouvés par un virus actif : 16 souris sur 22, à cobayes sur 7, 9 lapins sur 9 résistèrent à une dose de virus qui provoqua la mort de tous les témoins. De plus, le sérum des animaux vaccinés possédait des propriétés immunisantes préventives et curatives, transmissibles aux animaux neufs.

F. Wipaz, À. LEMIERRE el P. ABRaMi.

206 FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES.

Afin de donner à nouveau la preuve de la propriété vaccinante de ces: cultures stérilisées à haute température, l'un de nous('), en 1915, a reprisces recherches. Il a inoculé des lapins, sous la peau, avec des cultures chauffées à 120 et à 100 degrés. Sur 6 animaux vaccinés, un seul succomba après l’inoculation virulente d’épreuve: les 5 autres résistèrent. L’inoculation virulente était pratiquéé avec une culture de 24 heures, à la dose de 2 centimètres cubes, injectée dans la veine; les bacilles avaient eu leur virulence exaltée par des passages en série chez des lapins neufs; 6 témoins imoculés en même temps que les animaux vaccinés, avec la mème dose de la même culture virulente moururent tous, en 24 heures, avec une septicémie à bacilles typhiques. Il était intéressant de chercher si la propriété vaccinale . persiste également dans les cultures de bacilles paratyphiques B chauffées à des températures de 100 et 120 degrés. Ce microbe présente, en effet, une très grande virulence pour le cobaye et la fixité de cette virulence, qui est immuable comme celle de la bactéridie charbonneuse, permet de mesurer avec grande exactitude le degré d’immunité acquise contre lui. Des cobayes, injectés sous la peau, avec 1 centimètre cube de culture chauffée à 120 degrés, résistaient à des doses 20 à 40 fois mortelles. Un cobaye, injecté avec 1/2 centimètre cube a résisté à une dose 20 fois mortelle. Ces résultats, s’ajoutant à ceux obtenus antérieurement par Chantemesse et Widal, prouvaient le pouvoir vaccinant des cultures chauffées à haute température, mjectées à doses suffisantes.

Non seulement ces cultures confèrent limmunité aux animaux en expérience, mais leur inoculation fait apparaître dans leur sang des propriétés humorales qui sont les témoins de la réaction de l'organisme aux microbes qu'on lui injecte. Chez tous les animaux vaccinés avec des cultures tuées aux températures de 120 et de 100 degrés, l’un de nous (?) a récemment vu apparaître la réaction agglutinante, le pouvoir bactéricide et la réaction de fixation. Même les lapins n'ayant reçu que 1 et 2? centimètres cubes de culture stérilisée, dose bien inférieure à celle injectée en 1888 et en 1899, avaient acquis ces propriétés.

La constatation de ces réactions humorales, inconnues lors des premiers travaux de Chantemesse et Widal sur l’immunisation typhique, n'apporte qu'un argument de plus en faveur de l’activité des cultures vaccinales dont ils avaient fait usage à cette époque. Mais la seule preuve valable du pouvoir vaccinal de ces cultures, à savoir la résistance des animaux vaccinés à l'inoculation du virus actif, était fournie dès 1888; elle suffisait à établir le principe expérimental de la vaccination antityphoïdique.

Les expériences de Chantemesse et Widal ne devaient recevoir de consécration pratique que huit ans plus tard. En 1896, Wright, médecin de l’armée britannique, eut l’idée d'appliquer à l’homme la vaccination par les cultures chauffées et il en fit une méthode utilisable pour la pratique. Il a perfectionné le vaccin, en abaïissant la température de stérilisation des culturès d'abord à 60 degrés, puis à 55 degrés, c’est-à-dire jusqu’au degré ther-

1. F, Wipaz. À propos de la vaccination antityphoïdique. Bull. de l'Académie de Médecine, 25 mars 1915.

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