F. Wipar. Id
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mique tout juste suffisant pour amener la mort des bacilles. Plus de 100000 vaccinations furent pratiquées sur les troupes anglaises de FInde, d'Égypte, de Chypre et de l'Afrique du Sud.
Dès lors la pratique de la vaccination humaine contre la fièvre typhoïde se généralisa peu à peu, en Allemagne, où sous l'influence des travaux de Pfeiffer et Kolle, les troupes envoyées contre les Herreros furent immunisées : en Autriche, en Italie, au Japon, en Russie, en Amérique, où, comme en Allemagne, la vaccination fut appliquée à l'armée.
En France, où quelques essais de vaccination individuelle avaient été tentés par Chantemesse (1899), par Besredka (1902), Netter (1906) préconisait la généralisation de la méthode. En 1909, sur la proposition de Chantemesse, l’Académie de Médecine nomma une commission pour juger des effets de la vaccination antityphique. A la suite des travaux de cette Commission dont M. Vincent était rapporteur et après avis de la Commission consultative supérieure d'Hygiène et d'Épidémiologie militaires, la vaccination fut appliquée aux troupes de l'Afrique du Nord. Les résultats furent des plus encourageants et les essais furent continués sur les troupes métropolitaines. Dans la marine, le vaccin employé était un vaccin stérilisé par la chaleur, préparé par M. Chantemesse; dans l’armée, c’élait un vaccin stérilisé par l’éther, préparé par M. Vincent. Les résultats de cette vaccination furent si nettement favorables qu’en 1914 la loi Labbé prescrivait la vaccination obligatoire de nos soldats.
Lorsque les hostilités éclatèrent en août 1914, presque tout le contingent actif des combattants, grâce aux efforts de M. Vincent dans l’Armèe et de M. Chantemesse dans la Marine, était donc vacciné contre la fièvre typhoïde : il s'agissait à cette époque d’un vaccin préparé. uniquement avec le bacille d’'Eberth. La guerre allait apporter de précieux enseignements sur la vaccination antityphique. Déjà, après quelques semaines, sous l'influence des grands efforts et de toutes les infractions à l'hygiène habituelles aux troupes en campagne, la fièvre typhoïde éclatait dans l’armée.
Les recherches de laboratoire montrèrent bientôt que la fièvre typhoïde à bacilles d'Eberth, très fréquente parmi les troupes de la réserve et de la territoriale, qui n'avaient pas élé vaccinées, était au contraire tout à fait exceptionnelle parmi les troupes de Pactive, qui avaient été immunisées contre cette maladie. Cependant la morbidité de ces dernières était loin d’être négligeable. Mais les états typhoïdes qui les frappaient étaient dus non pas au bacille d’Eberth contre lequel elles étaient protégées, mais aux bacilles paratyphiques. La fréquence des paratyphoïdes aux armées prit rapidement des proportions inquiétantes : c'était, à cette époque (1915), Le fait épidémiologique saillant de la guerre.
Le 10 août 1915, dans une communication à l’Académie de médecine, lun de nous (‘) fit ressorlir que la vaccination simple antityphique était donc une vaccination incomplète, et que si l’on voulait débarrasser l’armée des infeclions paratyphoïdes en même temps que de l'infection typhique, c'était un vaccin mixte, antityphique etantiparatyphique, qu’il fallait employer. avait
1, F. Wipas. Étude sur les vaccinations mixtes antityphoïdiques et antiparatyphoïdiques. Acad. de Médecine, 10 août 1915 et Presse médicale, 19 août 1915, n° 58, p. 505.
F. Wipa, À. LEMIERRE et P. ABRAMI.
Aus __ FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES.
préparé un vaccin triple chauffé, composé par parties égales de bacilles typhiques, de bacilles paratyphiques À et de bacilles paratyphiques B. Ce vaccin, injecté à des hommes, avait été aussi bien supporté qu'un vaccin simple. Sa puissance immunigène était considérable : les cobayes, injectés avec la dose minime de 1/20° de centimètre cube de ce vaccin, résistaient à l'inoculation d’épreuve d’une dose 50 fois mortelle de bacille paratyphique B, dont nous avons rappelé la virulence fixe pour le cobaye.
Déjà, quelques années avant la guerre, des essais avaient été effectués avec des vaccins mixtes. En 1909, Castellani, se basant sur le fait que linoculation à un organisme, d'espèces microbiennes différentes, fait apparaître dans le sang l’agglutination particulière à chacune des espèces, — fait établi douze ans auparavant par Widal et Sicard — avait eu le premier l'idée d’injecter des vaccins faits du mélange de deux parties de bacilles typhiques pour une partie de bacille paratyphique À el une partie de bacille paratyphique B.— En 1910, Vincent avait ajouté, dans son vaccin antityphique, une proportion de bacille paratyphique A et B inférieure à celle dont faisait usage Castellani. Puis ce vaccin mixte avait été abandonné, et, depuis 1915, l'armée n’était plus vaccinée qu'avec un vaccin simple préparé avec du bacille d’Eberth.
Au lendemain de la communication faite par l’un de nous à l’Académie de médecine, et sur l'avis de la.Commission consultative d'Hygiène et d'Épidémiologie militaires, les essais de vaccin triple furent commencés dans l'armée. À partir de 1916, les troupes ne furent plus vaccinées qu'avec le vaccin triple : les vaccins mis à leur disposition étaient : un vaccin chauffé, préparé à l’Institut Pasteur, sans addition d'aucun antiseptique, suivant la technique Salimbeni, et un vaccin à l'éther, préparé par M. Vincent. A parlir de cette date également, les diverses armées étrangères ne firent plus usage, à leur tour, que d’un vaccin triple. |
La morbidité et la mortalité par états typhoïdes, qui, jusqu’en août 1915, s'étaient maintenues très élevées, ont diminué progressivement depuis lors, pour tomber à un taux extrêmement bas, d'abord par suite de la généralisaion de la vaccination antityphique à tous les hommes mobilisés, et, en second lieu, à cause de la substitution du vaccin triple au vaccin simple antityphique.
2 Les vaccins. — De nombreux vaccins ont été préconisés et appliqués, tant en France qu'à l'étranger, ils se ramènent à deux types principaux : vaccins vivants, d'une part, vaccins stérilisés d'autre part.
Vaccins vivants. — Castellani, le premier, eut l’idée de tenter la vaccination à l’aide de bacilles typhiques vivants. Les cultures en eau peptonée, âgées de 24 heures, étaient d’abord injectées après chauffage d’une heure à 50°, ce qui atténue la virulence du germe, sans en altérer la vitalité; après une première injection de 1/2 centimètre cube de ce vaccin atténué, on pratiquait deux injections de culture non chauffées. |
Nicolle, de Tunis, a employé également un virus vaccinal vivant. Les cultures de bacilles d'Eberth utilisées sont soumises à deux lavages successifs, le premier complet, le second incomplet; l’eau de ce dernier lavage renferme, par centimètre cube, 14 millions de germes; on en injecte dans
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la veine à deux reprises, d'abord 400 millions, puis 1 millard 200 millions.
Enfin, c'est également sur l'emploi de vaccin vivant qu'est fondée l’intéressante méthode de Besredka, à l’aide de virus sensibilisés. Les recherches de Metchnikoff et de Besredka (‘) leur ayant montré que les injections de vaccin stérilisé, de même que celles de vaccin mort sensibilisé, ne parvenaient pas à immuniser les anthropoïdes contre le bacille d’'Eberth, alors que les injections de bacilles d'Eberth vivants leur conféraient au contraire une immumité très rapide et durable, eurent l'idée d'utiliser un vaccin vivant sensibilisé. Des cultures de bacille d'Eberth, développées sur gélose depuis 24heures et émulsionnées dans de l’eau physiologique, sont laissées en contact pendant 12 heures avec un sérum antityphique; à ce moment on lave plusieurs fois les bacilles qui ont été précipités en amas floconneux et on les dilue à 1 pour 100. Ce vaccin a été utilisé par Besredka et Alcok (?), en deux injections faites à huit jours d'intervalle aux doses suivantes : soit un et deux centimètres cubes, soit un et demi et trois, soit deux el trois. Les doses faibles ne provoquent pas de réaction générale, les doses fortes déterminent parfois une faible réaction fébrile, mais provoquent une réaction locale souvent pénible.
Vaccins stérilisés. — L'usage des vaccins vivants s’est peu répandu; dans presque tous les pays on emploie au contraire des vaccins stérilisés, dans lesquels les bacilles sont tués par des procédés très divers. La chaleur (Chantemesse), l'addition d’antiseptiques tels que l’éther (Vincent), l'acide phénique (Semple, Castellani), liode (Ranque et Senez); l'action successive de la chaleur et d’un antiseptique tel que le Iysol (Wright-Leishman) ou le tricrésol (Russell) ; enfin les rayons ultra-violets (Renaud), ont été employés à la stérilisation des cultures vaccinales.
Les vaccins simples, soit antityphiques, soit antiparatyphiques À ou B; autrefois employés communément, ont cédé la place aux vaccins triples, préparés avec des mélanges de chacun des trois germes. En France les plus répandus de ces vaccins sont, à l'heure actuelle, les suivants :
1° Le vaccin triple TAB chauffé n° 2), contenant les trois germes par parties égales, et préparé à l'Institut Pasteur suivant la technique de M. Salimbeni, sans addition d’antiseptiques. C’est une émulsion de bacilles stérilisés par la chaleur : les bacilles typhiques et para À sont chauffés une heure à 56°, le para B, une heure à 57°.
Ce vaccin peut être injecté en deux fois, ou même en une seule fois. Pour l'injection en deux fois, on se sert d’une émulsion contenant, par centimètre cube, 3 milliards 500 millions de germes; les vaccinations sont
4. E. METCaNiIKOFF et À. BEsREDKA. Recherches sur la fièvre typhoïde expérimentale. Annales de l’Institut Pasteur, 1911, n° 3, p. 195. — Id. Des vaccinations antityphiques. Annales de l'Institut Pasteur, 1911, n° 12, p. 869.
2. BesREDKA. De la vaccination par les virus sensibilisés. Bull. de l’Institut Pasteur, 1910/°p. 251 et 1912, p. 529.
3. F. Wipaz et J. Courmonr. Revaccination antityphoïdique et vaccination antiparatyphoïdique. Presse médleale, 10 février 1916, p. 57. — F. Wipaz et A.-T. SALIMBENI. Réduction du nombre des injections employées pour la vaccination mixte antityphoïdique et antiparatyphoïdique A et B. Presse méuicale,4 janvier 1917, n° 1, p. 1. — Id. A propos de la vaccination mixte antityphoïdique et antiparatyphoïdique À et B par une seule injection. Presse médicale, 16 août 1917 p. 475.
F. Wipaz, A. LEMIERRE et P. ABRamMr.
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pratiquées à sept jours d'intervalle, aux doses successives de 1 c. c. et de 2 c, c. Pour la vaccination en une seule fois, on injecte un 1 c. c. 1/2 d'une émulsion contenant six milliards de germes. Cette injection est parfaitement supportée; mais il est probable que limmunité qu'elle confère est moins durable qu'avec les deux vaccinations successives.
2 Le vaccin triple, TAB n° 2 à l’éther (Vincent) (), obtenu de la façon suivante. Des cultures sur gélose, de 24 à 48 heures, de bacilles d'Eberth, de paratyphiques À et B, sont émulsionnées dans l’eau physiologique, après centrifugation, le liquide surnageant est recueilli, additionné d’éther el laissé en contact avec celui-ci pendant vingt-quatre heures ; au bout de ce temps, on évapore l’éther par chauffge à 372-538? .
Ce vaccin contient par centimètre cube, 2 milliards de germes, à savoir : un milliard de b. d'Eberth et 500 millions de chacun des b. paratyphiques À et B. I! en est fait soit deux injections, aux doses de [cc set? 0, soit, lorsqu'il est nécessaire, une seule injection de 2 c. €., 5.
9° Le lipo-vaccin triple de Le Moignic et Pinoy renferme par centimètre cube 3 milliards de germes (parties égales d'Eberth, de para A et de para B), stérilisés par la chaleur et mis en suspension dans l’huile. L'emploi d’une émulsion huileuse aurait l’avantage de permettre une résorption beaucoup plus lente des antigènes et d’atténuer en même temps les réactions locales post-vaccinales. Il est fait de ce vaccin une injection unique, de 2 €. €.
4 Enfin, il y a lieu de signaler le vaccin quadruple uülisé à Ceylan par Castellani (?), et destiné à préserver à la fois contre les infections typhoparatyphiques et contre le choléra. Ce vacein est une émulsion des germes récités dans l’eau phéniquée à 0 gr. 50 pour 100. Il contient par centimètre cube : 509 000 bacilles typhiques, 250 000 para A, 250 000 para B et 1.000 000 de vibrions cholériques. Il en est fait deux, et autant que possible trois injections espacées de 7 jours, aux doses suivantes : 0 ce. €., 6, — ECC detles,
3° La technique de la vaccination est des plus simples. L'injection est faile, avec les précautions aseptiques d'usage, sous la peau, soit dans la région sous-claviculaire, soit dans la région deltoïdienne, soit dans la région sousépineuse. Les sujets doivent, autant que possible, rester au repos le jour et
le lendemain de l'injection; il y a avantage à vacciner le matin à jeun. :
4" Les contre-indications de la vaccination sont en réalité exceptionnelles. Les unes sont temporaires et n’ont d’autre résultat que de faire différer l'injection. Il en est ainsi tout naturellement des maladies aiguës, telles qu'angines, bronchites, fièvres éruptives, rhumatismes, blennorragie en activité. Quant aux contre-indications permanentes, leur importance a été trop souvent exagérée. L'âge ne doit pas s'opposer à la vaccination, car | les enfants supportent celle-ci sans dommage et l’on a, d'autre part, vacciné des sujets de 60 et de70 ans, sans aucun incident particulier. Seules, même d'après Wright, les maladies organiques graves, la tuberculose ouverte, l’emphysème pulmonaire avec dilatation cardiaque, les lésions cardio-arté-
-1. H. VincenT et L. Murarer. Fièvres typhoïde et paratyphoïdes. Paris, 1917. Collection Horizon, Masson et Cie, édit. le 2. CASTELLANI. Il Policlinico, 11 janvier 1913, p. 99.
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rielles non compensées, le diabète, les néphrites chroniques représentent les véritables contre-indications. En ce qui concerne ces dernières affec- Lions, 11 faut, comme l’a montré l’un de nous avec Méry (!), tenir compte avant tout de la valeur fonctionnelle du rein et spécialement de la présence ou de l'absence d’azotémie. Nous avons pratiqué la vaccination mixte, antityphoparalyphoïdique à l’aide du vaccin chauffé, chez 51 sujets atteints d'albumi- nurie, et ne présentant aucun des grands syndromes fonctionnels du mal de Bright. Certains de ces malades avaient eu antérieurement des œdèmes; l’un d’eux avait eu jusqu’à 11 grammes d’albumine dans ses urines. La plupart (58) ont été vaccinés en quatre fois; d’autres (4) en 3 fois; d’autres enfin (9) en deux fois seulement. La vaccination n’a déterminé ni le retour des œdèmes, ni l'augmentation du taux de l'urée sanguine; chez un sujet, l’aclion congestive du vaccin s’est traduite par de l’hématurie, survenue quatre jours après chacune des deux injections. On peut conclure de ces observalions que la vaccination doit être seulement refusée aux albuminuriquesdont l’urée sanguine dépasse 0 gr. 50 par litre, à ceux qui ont une poussée récente de néphrite, de l’hématurie, ou une albuminurie supérieure à 1 gramme.
o° Les réactions consécutives à la vaccination sont les unes locales, se produisant au lieu même de l'injection, les autres générales. Les premières consistent en rougeur, sensibilité plus ou moins vive dans la région inoculée, tuméfaction œdémateuse; cette réaction inflammatoire, très commune apparaît peu de temps après linjection, atteint généralement son maximum en 10 à 12 heures et s’efface au bout de 56 à 48 heures.
Quant aux réactions générales, elles affectent deux types bien différents. Les vaccinations pratiquées en grande masse par l’un de nous pendant la guerre l'ont en effet convaincu que les injections sous-cutanées de bacilles typhiques et paralyphiques morts peuvent provoquer deux variétés de réaclions immédiates, qui, confondues jusqu'ici, doivent être complètement différenciées en raison de leur origine bien distincte (?). L'une de ces réactions, la plus habituelle, est de nature spécifique; elle est occasionnée par les poisons que laisse diffuser le protoplasma des bacilles injectés. C’est un fragment de fièvre typhoïde qui dure ce que dure la résorplion des toxines. Le plus fréquemment, tout se. réduit à un léger malaise, avec céphalalgie, anorexie, courbature, ascension thermique à 38 à 59, survenant quelques heures après l'injection el disparaissant en 2% ou 36 heures. Dans d’autres cas, beaucoup plus rares, l’intoxication typhique post-vaccinale est plus intense et peut se prolonger pendant plusieurs Jours.
L'autre type de réaction, tout à fait exceptionnel, est une réaction de choc albuminoïdique banal; elle résulte de la pénétration, dans lPéconomie, des protéines hétérogènes représentées par les corps bacillaires euxmêmes. C’est elle qui constitue le choc vaccinal, qui survient très peu de temps après l'injection et que caractérisent la dyspnée, la tendance aux
4. F. Wipaz et H. MÉry. Vaccination des albuminuriques par le vaccin chauffé triple, antityphoïdique et antiparatyphoïdique A et B. Presse médicale, 8 juin 1916, n° 59, p. 207. :
2, F, Wipaz, P. Agrami et Er. Brissaup. Etude sur certains phénomènes de choc observés en clinique. Signification de l’hémoclasie. Presse médicale, 3 avril 1920, p. 183.
F. Wipaz, À. LEMIERRE et P. ABrami.
212 FIL: VRES TYPHOIDE. ET PARATYPHOIDES
lipothymies, la cyanose, l’anurie, l’herpès, tous symptômes qui peuvent exister isolés ou associés. Ces phénomènes de choc ne sont pas de l’anaphylaxie, car ils peuvent apparaître dès la première injection; chez des sujets qui n’ont jamais eu la fièvre typhoïde. D'autre part, on les voit survenir indifféremment après l’une quelconque des injections vaccinales, sans que leur apparition lors d’une injection puisse faire redouter leur retour lors des suivantes.
L'herpès, qui fait partie de la symptomatologie de ce choc vaccinal, est assez fréquemment noté. C’est en général un simple herpès labial, mais il revêl, dans certains cas, une intensité et une étendue tout à fait exceptionnelles, pouvant envahir toute la face, gagner le cou et même la parue supérieure du thorax. On aurait pu penser, si cet herpès n'avait élé observé qu’à la suite des injections triples, antitypho-paratyphiques, qu'il relevait de l’intoxication produite par les poisons paraltyphiques, car l’herpès, nous l'avons vu, n’est pas rare au cours des fièvres paratyphoïdes or, on le voit survenir également chez des sujets soumis seulement à la vaccination simple, par le bacille d’Eberth, et son apparition a dans ces conditions, quelque chose de paradoxal, car on sait combien lherpès est exceptionnel dans la fièvre typhoïde légitime. L'herpès, dans ce cas, est une manifestation non d'intoxication, mais de choc protéinique.
L'histoire des réactions post-vaccinales permet, on le voit, de saisir sur le fait la différence des deux processus que peut déclencher lintroduection dans l’économie, d’un même corps bactérien : l’un est un processus spéeifique, d'intoxication; l’autre, un processus banal, de choc albuminoïdique.
6° Les résultats montrent tout ce qu'on est en droit d'attendre de la vaccination, en pratique. Déjà, avant la guerre actuelle, de nombreux exemples, empruntés à l’épidémiologie militaire, atlestaient l'efficacité remarquable de la vaccination. Dans l’armée- coloniale anglaise, alors que la morbidité typhoïdique s'élevait chez les non-vaccinés à 21,5 pour 1000, avec 4,68 pour 1000 de mortalité, elle s'abaissait chez les vaccinés à 7,29 pour 1000, avec. 1,2 pour 1000 de mortalité. Pendant la guerre du Transwaal, on enregistrant à Ladysmith 14.14 pour 100 de cas de fièvre typhoïde chez les non-vaccinés, 2,05 pour 100 seulement chez les vaccinés; la mortalité, chez les premiers, atteignait 3,13 pour 100; elle était de 0,47 pour 100 chez les seconds.
Mêmes résultats étaient enregistrés dans l'armée américaine, où la vaceinalion, en 1910, abaissait la morbidité de 5,05 pour 100 à 0,48 pour 100; dans l'armée japonaise, où elle l’abaissa de 14,52 pour 1000 à 1 pour 1000, et dans l’armée italienne.
Depuis la guerre, les effets de la vaccination antityphique d’abord, puis surtout de la vaccination triple, ont été observés dans toutes les armées belligérantes. Si cette prophylaxie spécifique n’a pas débarrassé complètement les troupes des maladies Lyphoïdes qui l'infestaient pendant la première année de la guerre, elle n'en a pas moins abaissé la morbidité à un niveau tel que l’état sanitaire élait à ce point de vue, dès 1917, bien supérieur à ce qu'il est en temps de paix. Le chiffre des maladies typhoïdes parmi les troupes françaises de la zone des armées qui, pendant les cinq derniers mois de 1914 a été de 45078 cas avec 5479 morts, et en 1915 de 67053 cas
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avec 2924 mortls.-est tombé en 1916 à 12 482 cas avec 501 morts, en 1917 à 1678 cas avec 124 morts et en 1918 à 757 cas avec 111 morts. Ces chiffres sont suffisamment éloquents pour n'avoir pas besoin d’être commentés.
Dans les immenses agglomérations qui constituent les armées modernes, la vaccination est la seule méthôde prophylactique capable d'arrêter rapidement les épidémies d'infections typhoïdes. Son pouvoir est alors comparable à celui de la vaccination jennérienne.
Tout récemment, à la tribune de l’Académie de Médecine, M. Chauffard (1) a porté la question de savoir s'il n’y avait pas lieu d'envisager l'extension de la vaccination, déjà obligatoire dans l’armée, à la population civile tout entière. L'enquête effectuée par lui sur les malades de son service d'hôpital établit en effet que la population masculine, qui a été soumise à la vaccination pendant son séjour aux armées, de 1915 à 1919, est actuellement encore immunisée contre la fièvre typhoïde. Alors que chez les femmes, qui n’ont pas été vaccinées, l’âge moyen auquel elles contractent la maladie reste aujourd’hui ce qu'il était avant la guerre, on ne voit plus au contraire actuellement, dans les services hospitaliers, la fièvre typhoïde que chez des hommes très jeunes qui, n'ayant pas été incorporés, ont échappé à la vaccination. Des constatations analogues ont été rapportées par M. Achard (?), qui a montré en outre que la fièvre typhoïde survenant chez des sujets anciennement vaccinés, comporte une évolution beaucoup plus bénigne ; par M. H. Vincent (), qui a rapporté les résultats démonstratifs obtenus par la vaccination de la population civile dans certaines régions de France et de l'Espagne, et par M. Sergent (*) qui a rapporté des statistiques comparables à celles de M. Chaulffard.
Les documents précis sur la durée de limmunité vaccinale sont encore peu nombreux. Si, pendant la guerre, nos troupes ont été soumises à des revaccinalions très rapprochées, c’est que, dans les conditions très spéciales imposées par la campagne,:et en raison de l’innocuité des revaccinations, il était préférable de pécher par excès de précaution que par défaut. Dans nombre de cas, l’immunité conférée par le vaccin peut avoir une longue durée; ce n’est que par une enquête attentive, à laquelle tous les médecins devraient s'attacher, que l’on pourra être fixé sur ce point. Il serait indispensable à l'heure actuelle, en présence de chaque cas de fièvre typhoïde ou paraltyphoïde soumis à l'observation médicale, de préciser si le sujet à subi ou non la vaccination antérieure, d'en déterminer la nature, simple ou mixte, et d’en fixer la date. On devrait exiger l'insertion de ces renseignements sur les feuilles de déclaration obligatoire que les médecins sont tenus de fournir sur chaque cas de fièvre typhoïde. C’est ainsi que l’on pourrait, avec le temps, recueillir des documents précis sur la durée des
1. Cuaurrarp. La vaccination antityphoïdique préventive de la population civile. Bulletin Acad. de médecine, 18 janvier 1921, p. 84.
2. Ch. Acxarp. La fièvre typhoïde dans les deux sexes depuis la guerre. Influence de la vaccination. /bid., p. 89. ;
3. H. Vincent. Sur la vaccination antityphoïdique de la population civile, avec remarques sur la vaccination obligatoire. Acad. de médecine, 25 janvier 1921, p. 125.
4. SERGENT. Statistique comparée des cas de fièvre typhoïde observés dans les deux sexes avant et après la guerre. Acad. de médecine, 8 février 1921, p. 182.
F. Wipaz, A. LemrEerRE et P. ABrami.
214 FIÈVRES TYPHOIDE ET PARATYPHOIDES.
délais qu'il faut laisser courir entre la vaccimation et les revaccinalions.
Au point de vue de cette prophylaxie des collectivités civiles, la vaccinalion antityphique a déjà, dans des circonstances bien précises, des indications formelles. Elle constitue ainsi, à notre avis, la méthode primordiale à utiliser, dans tous les foyers permanents d’épidémie, où son application systématique arrive, en peu de temps, à limiter et à enrayer l’extension de la maladie. On doit de même la préconiser dans tous les cas où un sujet indemne est appelé par sa profession, à se trouver en contact de foyers de contagion : elle trouve ainsi ses indications dans les milieux hospitaliers parmi le personnel infirmier, dans les familles où se déclare un cas de fièvre typhoïde, dans l'entourage des porteurs de bacilles. Le médecin doit être un agent permanent de propagande et de persuasion en faveur de la vaccination antityphoïdique; c’est lui qui doit s’efforcer de faire comprendre aux populations les bienfaits de son application.
On ne saurait oublier, d'autre part, que, même dans les milieux où elle est appliquée avec le plus de rigueur, la vaccination ne met pas fatalement à l'abri de la contamination : un certain nombre de sujets, même récemment. vaccinés, peuvent, par exception, contracter l’infection typhique ou paratyphique. Malgré leur grande rareté, ces faits montrent que, pour être Ja méthode prophylactique idéale, la vaccination ne saurait cependant prétendre à résumer toute la prophylaxie. Elle doit être associée, le plus étroitement possible, aux autres procédés de préservation; c’est dans ces condi- Lions qu’elle est appelée à fournir ses résultats les meilleurs.