LE COLIBACILLE AGENT PATHOGÈNE
Le colhibacille n’est l'agent spécifique d'aucune maladie déterminée; mais il est la cause de toute une série d'états morbides d’aspects divers et diversement localisés. Malheureusement, une partie des documents rapportés à ce sujet ne peut être utilisée, les examens bactériologiques provenant de prélèvements faits à l’autopsie. En effet, surtout lorsqu'il existe des lésions intestinales, le colibacille à envahi tous les organes très peu de temps après la mort (Wurtz et Hermann, Béco, Birsch-Hirschfeld, Menetrier et Macaigne, Marfan et Marot). Les viscères abdominaux et notamment le foie hébergeraient même déjà le colibacille pendant l’agonie (Achard et Phulpin).
En raison de cet envahissement post morlem el de sa vitalité exubérante, le colibacille entrave même, à l’autopsie, la recherche et l'isolement d’autres bactéries qui, avant la mort, existaient seules dans certains foyers morbides inflammatoires ou suppurés.
1. E. WoLLManx. La vie aseptique. Bull. de l’'Inshtut Pasteur, 1914, n° 25 et 2%, p. 922 et 953.
F. Wipaz et À. LEMIERRE.
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C'est ainsi que Charrin et Veillon, examinant une heure après la mort le pus d’une péritonite n’y trouvent que du pneumocoque; 26 heures après la mort, le pus prélevé à nouveau ne donne plus que du cohbacille. Ardin Delteil(‘) ensemence à l’autopsie le foie d’un homme atteint de pneumonie avec ictère, et chez qui le pneumocoque avait été isolé à l’état de pureté par ponction du foie pendant la vie; les cultures faites à l’autopsie ne donnent que du colibacille ; cependant les coupes du foie montrent de très nombreux pneumocoques dans les capillaires sanguins, les parois des canalicules biliaires et jusque dans les cellures hépatiques. Lemierre (), chez un typhique constate la présence du seul bacille d'Eberth dans le sang pendant la vie. Il trouve à l’autopsie des abcès miliaires du rein dont le pus ne donne, au milieu d'innombrables colonies de colibacille, que deux ou trois colonies de bacilles d’Eberth.
On n’est donc autorisé, en clinique, à porter le A d'infection colibacillaire qu'après isolement du colibacille chez Tindtodi vivant. Depuis longtemps déjà, les prélèvements effectués au cours des opérations chirurgicales et les ponctions exploratrices ont mis hors de doute le rôle pathogène du colibacille. Plus récemment, la pratique courante de l'hémoculture a affirmé la réalité des sephicémies cohibacillaires et fourni un nombre d'observations suffisant pour qu'on puisse en esquisser un tableau d'ensemble.
Exceptionnellement, les infections colibacillaires semblent pouvoir être exogènes, c’est-à-dire être dues à des colibacilles venus de l'extérieur. Fischer (5) a incriminé un colibacille donnant une grande quantité de toxines résistant à la chaleur dans certaines intoxications alimentaires par des pâtés et des saucisses, survenues à Grünthal et à Glückstadt. Lemoine et Sacquépée(*), Netter et Ribadeau-Dumas () attribuent la gravité de certaines fièvres typhoïdes d’origine ostréaire à une association du bacille d'Eberth et du colibacille simultanément présents dans les huîtres, et ont isolé ce dernier microbe du sang des malades en même temps que le bacille d'Eberth. Vautrin (5) a vu trois femmes ayant subi une hystérectomie, succomber à une septicémie colibacillaire provoquée par l'usage d’une canule vaginale souillée au contact d’un épithélioma fongueux de l'utérus.
Dans l’immense majorité des cas, l'infection colibacillaire est d’origine endogène. Un colibacille saprophyte devient subitement pathogène pour un individu qui l’a jusque-là hébergé sans inconvénient. Cette exallation de la virulence du germe est très fréquemment en rapport avec des altérations
1. ARDIN-DELTEIL. Pneumonie avec ictère. Bull. de la Soc. Méd. des Hôp. d'Alger, A0 février 1909.
2. À. LEMIERRE. L’ensemencement du sang pendant la vie. Thèse de Paris, 1904, p. 45.
3. FISCHER. Zur Aetiologie der sogenannten Fleischvergiflungen. Zeitschrift fur Hygiene, vol. 39, 1902.
4. LEMOINE et SACQUÉPÉE. Fièvre typhoïde d’origine ostréaire. Infection mixte colibacillaire et éberthienne. Bull. et mém. de la Soc. Méd. des Hôp. de Paris, décembre 1907, p. 1417.
5. NETTER et RIBADEAU-Dumas. Infections mixtes dans les fièvres typhoïdes d’origine ostréaire. Coexistence du bacille d’Eberth et du colibacille dans le sang. Bull. et mém. de la Soc. Méd. des Hôp. de Paris, 1907, p. 1439.
6. VAUTRIN. Sur les infections colibacillaires en chirurgie. Société Médicale de Nancy, 14 juin 1899.
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anatomiques ou des troubles fonctionnels, soit des organes où le colibacille existe normalement, soit de ceux où il peut facilement pénétrer.
Tantôt le colibacille imtervient seul et reste seul en cause; tantôt 1l profite des délabrements provoqués déjà par d’autres germes, et en raison de son rapide développement, il prend une importance considérable dans la marche ultérieure des accidents.
Nous parlerons d’abord des infections locales : intestinales, biliaires, urinaires, génitales, dues au colibacille; nous étudierons ensuite comment, de ces différents points de pullulation, les colibacilles pathogènes peuvent envahir la circulation et nous décrirons les aspects cliniques des septicémies qu'ils provoquent.